colombie03102016

Le Gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie-Armée populaire (FARC-EP) ont exprimé leur volonté de continuer à chercher des options pour parvenir à la paix, en dépit des résultats du référendum d’hier, dimanche 2 octobre, où les votants ont exprimé leurs désaccords envers le contenu des négociations conclues après presque quatre ans de pourparlers.

35 millions de Colombiens ont été appelés aux urnes hier pour répondre « oui » ou « non » à la question suivante : « Etes-vous favorables à l’accord final pour la fin du conflit et la construction d’une paix stable et durable? »

Avec un taux d’abstention proche de 63%, le rejet des accords a gagné avec 50,22% contre 49,78% de « oui », selon le registre colombien après comptabilisation de 99,96% des droits de vote .

Le président Juan Manuel Santos a reconnu les résultats, mais a déclaré conserver le pouvoir de maintenir l’ordre public et de poursuivre la recherche de la paix.

« Le cessez-le-feu bilatéral et définitif reste en vigueur et restera en vigueur », a déclaré Santos dans un discours depuis le palais présidentiel, en évoquant le silence des armes dans le pays depuis le 29 août.

Le président a dit qu’il n’envisageait pas de « reddition » et qu’il continuerait à rechercher la paix jusqu’à « la dernière minute de son mandat ».

Pendant ce temps, le leader des FARC-EP, Timoléon Jimenez, s’est exprimé depuis La Havane, à Cuba, lieu qui a accueilli le dialogue entre autorités et guérilleros,  et a ratifié la volonté de paix de la guérilla et leur volonté d’ « utiliser les mots comme armes de construction dans l’avenir ».

Les analystes conviennent que ce résultat inattendu oblige à repenser la stratégie, le résultat du plébiscite dessine un avenir incertain pour l’accord de paix signé il y a une semaine devant les dirigeants régionaux et le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon.

« Ceci est un coup dur pour la gouvernance du président », a déclaré Hector Riveros, un expert et avocat dans les commentaires à la chaîne Caracol.

L’accord actuel stipulait la réinsertion des FARC comme parti politique. L’accord comprend également 297 pages évoquant une meilleure répartition des terres, la lutte contre les stupéfiants avec une politique de substitution des cultures illicites, la participation politique des organisations de base et l’indemnisation aux victimes, entre autres points.

Créée en 1964, la guérilla des FARC est la plus ancienne guérilla active dans le continent et réunit environ 7000 insurgés.

La Table ronde des accords, initiée en 2012, à Cuba,  et  comme geste de bonne volonté, la veille du référendum les FARC ont détruit plus de 600 kilos d’explosifs et ont promis de déclarer leurs actifs monétaires pour dédommager les victimes de la guerre. Le conflit armé avec les FARC a fait au moins 220 000 morts et près de 8 millions déplacés.

Les opposants à l’accord soutiennent que le gouvernement donne un mauvais exemple qui pourrait bénéficier à d’autres groupes criminels en octroyant de nombreux privilèges aux rebelles qui retournent à la vie civile.

Les partisans du «non» ont célébré cette victoire-surprise, alors que le plus fervent défenseur du « No », l’ancien président Alvaro Uribe, a appelé les Colombiens à se mobiliser pour un « grand pacte national » afin de procéder aux ajustements nécessaires à l’accord.

La première chose à préciser néanmoins, c’est que le plébiscite était politiquement valide, mais pas d’un point de vue strictement légal. La décision de la Cour constitutionnelle sur le référendum relève qu' »avec le rejet du peuple » (lors du référendum), il est possible de faire un nouvel appel aux urnes « avec des conditions différentes ».

Cela veut dire pour les opposants que l’accord devrait être renégocié, une option rejetée avant même les résultats par le président. En aucun cas le Président,  an tant que plus haute autorité en matière de paix et de l’ordre public dans le pays, ne peut pas proposer une nouvelle approche.

Ce résultat populaire peut avoir un impact important sur le soutien international qu’avait reçu la table du dialogue. Les accords de la mission de vérification des Nations Unies sont gelés. Le financement des plans pour mettre en œuvre le postconflit est également suspendu.

Le traitement spécial des projets de loi et les réformes constitutionnelles sont en pause parce qu’il était soumis à l’approbation populaire. Le rejet de l’accord de paix au référendum de ce dimanche en Colombie « est une occasion manquée pour le pays de se déplacer et de sortir enfin d’une guerre tragique de 50 ans », a déclaré dimanche Amnesty International (AI).

« Aujourd’hui cette journée restera dans l’histoire comme celle où la Colombie a tourné le dos à ce qui aurait pu être la fin d’un long conflit de 50 ans qui a dévasté des millions de vies », a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice pour les Amériques d’Amnesty International.

Les États les plus durement touchés par les effets du conflit armé et social en Colombie ont ratifié leur désir de paix dans le pays et ont donné leur soutien dimanche à l’accord signé entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires – Armée du peuple (FARC- EP).

Les résultats du référendum montrent une différence marquée entre les populations rurales qui ont vécu le conflit et le reste de la population qui a manifesté son soutien au « non ».

L’avenir de la Colombie, avec ce résultat, est incertain, car l’accord de paix signé avec les FARC ne peut visiblement pas être mis en œuvre tel qu’il est au vu de l’opinion publique (60 000 votes de plus en faveur du « non » avec une abstention de 63%).