colombie13112016

Le gouvernement colombien et les guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont signé samedi un nouvel accord de paix, le texte complet sera publié ce dimanche. Le document remplace un précédent accord signé par les autorités du pays sud-américain et les membres de la guérilla marxiste le 26 septembre, mais qui a finalement été rejeté par les électeurs colombiens lors d’un référendum organisé le 2 octobre dernier.

« Compte tenu de la volonté des Colombiens de concrétiser leur désir de paix et de réconciliation, nous avons conclu une nouvelle entente définitive », voici les mots prononcés dans un communiqué lu à La Havane, où les pourparlers de paix se sont tenus durant quatre ans.

Le nouveau texte intègre des éléments proposés par les secteurs du pays qui se sont opposés à l’accord initial et qui ont fait campagne pour un « non » afin d’imposer des changements aux modalités de l’accord de paix. Le président de la Colombie, Juan Manuel Santos, a livré un message publié après l’annonce du nouvel accord: « Nous avons travaillé judicieusement et j’espère que ce travail satisfera les Non et la Nation », a-t-il dit.

Santos a appelé à une nouvelle opportunité pour la paix avec l’approbation de cet accord remodelé, dont il a reconnu,« avec humilité »,  la pertinence.

L’un des changements les plus importants consiste à ce que les FARC-EP livrent tous leurs actifs pour indemniser les victimes, une plainte répandue parmi les porte-parole du « No ». Le président Juan Manuel Santos a remercié hier les efforts de tous les secteurs de la société colombienne pour parvenir à un accord de paix : « Les résultats du plébiscite ne pouvaient pas enterrer la paix de la Colombie ».

Il a ajouté que cet accord doit aussi être fait rapidement parce que les déclarations de cessez-le-feu sont fragiles et pourrait manquer les années de pourparlers à La Havane.

Le président a souligné que son gouvernement et que les FARC ont accepté d’opérer des changements sur 56 des 57 articles proposés par les secteurs favorables au rejet de l’accord de paix entre les parties du « non ».

Santos a affirmé à la radio et la télévision prévoit que les changements annoncés à La Havane soient acceptés par ceux qui ont promu le « contre » lors du plébiscite. Selon le président, la seule proposition qui n’a pas été acceptée était l’incapacité des dirigeants de la guérilla à aspirer à une charge élective publique :

« Sur 56 des 57 sujets, il y a eu des changements et des améliorations. Un point qui était à l’origine du « non » était que les dirigeants de la guérilla ne pouvaient pas être élus. Je comprends que c’est difficile pour de nombreux citoyens. À la table des négociations de La Havane les négociateurs gouvernementaux ont beaucoup insisté pour répondre à cette préoccupation, je dois le dire franchement. Sur ce point aucun progrès n’a été fait », a déclaré Santos. Cependant, le chef de l’État a déclaré que les Colombiens doivent comprendre que « la raison d’être de tout processus de paix dans le monde est précisément que la guérilla dépose leurs armes afin de faire de la politique dans le cadre de la loi ».

L’autre point majeur parmi les opposants au premier accord était de définir plus clairement « quelles étaient les modalités de restriction effective à la liberté des guérilleros ». Le tribunal doit maintenant définir pour chaque cas « des espaces concrets où ils devraient être sanctionnés au cours de l’exécution de leur peine, » qui ne sera jamais plus grande que les Zonas Veredales Transitorias de Normalización (ZVTN), les points où doivent se rencontrer les FARC comme une étape préalable à la démobilisation.

Le nouvel accord apporte des changements importants depuis la défaite du Oui qui rendent l’accord très robuste et suscite moins de doutes parmi les partisans du « No ».

Le président colombien a rencontré plus tôt le sénateur Alvaro Uribe, qui a dirigé la campagne de «non» lors du plébiscite afin qu’il approuve l’accord de paix et de présenter les points de l’accord renégocié.

Les présidents Andrés Pastrana (1998-2002) et Alvaro Uribe (de 2002 à 2010), étaient les principaux détracteurs de l’accord de paix, Santos a présenté un document avec 500 amendements proposés après le plébiscite, pour lesquels les équipes de négociation ont travaillé à La Havane les neuf derniers jours.

CLe président de la Colombie a reçu cet automne le Prix Nobel de la Paix pour son engagement en faveur de la réconciliation et a accepté le prix avec émotion « au nom de tous les Colombiens » et « surtout, au nom des victimes de la guerre prolongée ». Selon le jury, le prix est aussi « un hommage à la population de Colombie qui, malgré les grandes difficultés et abus, n’a pas perdu espoir en une paix juste, et pour toutes les parties qui ont contribué au processus de paix » et à toutes les victimes d’une guerre qui a coûté la vie à près de 220 000 Colombiens et qui a contraint plus de six millions de personnes à se déplacer sur le territoire.

On ignore encore si cet accord de paix remodelé demandant davantage d’efforts aux FARC pour réintégrer la société civile alors que ces années de violence ont meurtri une génération d’habitants emplie d’amertume sera soumis à un nouveau référendum populaire.