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Début 2016 a été une véritable plaie pour les pisciculteurs chiliens, des millions de saumons d’élevage ont péri, la cause de cette hécatombe, la prolifération d’algues toxiques, un phénomène en partie expliqué par la présence d’El Niño l’an passé, qui réchauffe les eaux de l’océan Pacifique. Des tonnes de poissons dans un état de putréfaction ont ensuite été jetées dans la mer, à environ 130 kilomètres au large de la côte de Ancud, la deuxième plus grande ville de Chiloé, un fléau écologique.

Le chili a connu ces derniers mois de nombreuses catastrophes maritimes, en 2015, après la découverte de plus de 300 baleines Balaenoptera boreal échouées dans des endroits éloignés de la Patagonie, à la pointe sud du pays. Ces cétacés auraient été contaminés par la marée rouge, une concentration excessive d’organismes unicellulaires et d’algues microscopiques qui produisent un poison paralysant. Les experts pensent que les animaux sont morts en mer et que leurs corps ont été rejetés sur le rivage par les courants océaniques, selon certaines des hypothèses à l’étude à ce jour.

Des organisations environnementales, comme Greenpeace, soutiennent que, bien qu’il ne soit pas facile d’établir un lien de causalité entre les saumons versés dans l’océan et l’augmentation de la marée rouge, on peut difficilement remettre en question l’impact néfaste sur la vie marine.

(vidéo du 2 décembre 2015)

Le Chili est le deuxième plus grand exportateur de saumon après la Norvège, mais le problème des algues aurait déjà induit la perte de 100 000 tonnes de produits, selon Greenpeace il existe des preuves de dommages multiples causés par l’élevage du saumon en raison de la forte présence d’antibiotiques et de produits chimiques parmi lesquels des changements dans l’écosystème marin par l’évasion de salmonidés, l’évacuation des déchets et des résidus dans la mer, entre autres conséquences dramatiques pour les océans.

Élevés dans les eaux au sud du pays, les saumons ont été introduits artificiellement depuis des décennies, le saumon chilien parvient à survivre avec l’utilisation massive d’antibiotiques contre la bactérie ‘Piscirickettsia salmonis’, donnant vie à la deuxième production à l’échelle mondiale, juste derrière la Norvège.

« Nous avons utilisé au Chili 500 fois plus d’antibiotiques qu’en Norvège. Et cela essentiellement parce que la Norvège est parvenue à contrôler leur maladie », a souligné Liesbeth van der Meer, directrice de l’organisation environnementale Oceana-Chili à la presse.

Implanté au Chili, où il n’y a pas de salmoniculture sauvage, l’élevage de poissons a grimpé comme industrie de production, les exportations atteignant 3 526 millions de dollars l’année dernière, avec les principaux envois destinés aux marchés américains et au Japon.

A la demande de l’organisation Oceana, les tribunaux chiliens ont ordonné de rendre publics le nombre et le type d’antibiotiques utilisés pour l’élevage du saumon au cours de la dernière année, une première étape pour rendre l’industrie plus transparente et propre.

Si les antibiotiques permettent de contrôler la propagation des agents pathogènes, leur utilisation intensive pourrait conduire à l’émergence de « superbactéries » capable de déclencher des infections incurables.

En 2015, 557,2 tonnes de médicaments ont été utilisées pour une production de 846,163 tonnes de poissons selon le rapport publié par Sernapesca. En 2011, 2012, 2013 et 2014, ce sont 206, 337, 450 et 563 tonnes d’antibiotiques qui ont respectivement été administrés.

Christine Bornes, conseillère de l’Autorité norvégienne de sécurité des aliments (FSA pour son sigle en anglais), affirme qu’il est important de réduire la consommation en raison de la résistance aux médicaments qui peuvent être transférés à l’homme.

Dans le cadre du projet « Pincoy », les entreprises productrices de saumon et pharmaceutiques se sont engagées à réduire les niveaux d’utilisation des antibiotiques : « L’industrie chilienne est convaincu que des mesures concrètes doivent être prises pour faire des réductions drastiques dans l’utilisation d’antibiotiques », peut-on lire dans le communiqué de Pincoy.

Pour Alicia Gallardo, directrice adjointe de l’aquaculture nationale des pêches service (Sernapesca), le Projet Pincoy « répond à une approche globale qui prend en compte les aspects préventifs, ainsi que des facteurs génétiques et des aliments fonctionnels qui renforcent la santé des poissons ».