bolivie01122016

Une étude menée par des spécialistes de la Bolivie et du Royaume-Uni révèle que les anciens glaciers de ce pays ont été réduits de 40 % au cours de la dernière décennie.

La Bolivie possède environ 20 % des « glaciers tropicaux » dans le monde avec la cordillère des Andes. Mais ces zones gelées ont tendance à être beaucoup plus sensibles au changement climatique et leur fonte est capable de changer complètement le paysage.

Cette étude récente précise que les glaciers ont fondu jusqu’à 43 % entre 1986 et 2014 et ils vont continuer à baisser si les températures de la région continuent de croître. Comme si cela ne suffisait pas, le recul des glaciers peut engendrer des accumulations en eau potentiellement dangereuses pour les populations ou les infrastructures se situant en contrebas, telles sont les conclusions qui ont été dévoilées dans The Cryosphere, une revue spécialisée en géosciences.

Le recul des glaciers compromet également l’approvisionnement en eau douce dans la région. L’eau de fonte des glaciers s’avère essentielle pour l’irrigation, l’accès à l’eau potable et l’énergie hydroélectrique aussi bien pour les villages de montagne et les grandes villes comme La Paz et El Alto. Le recul des glaciers signifie, par conséquent, moins d’eau disponible pour les grandes rivières ou des lacs, comme le lac Poopo dans le sud de la Bolivie, qui d’ailleurs s’est asséché cette année.

Tout au long de l’année, les glaciers approvisionnent environ 15 % de l’eau potable, mais cette quantité est presque doublée au cours de la saison sèche, entre mai et octobre. Les glaciers ne peuvent pas continuer à « recharger » un approvisionnement en eau non durable comme cela. On constate déjà que les périodes de sécheresse vont devenir un problème en ce qui concerne les ressources en eau à long terme.

Le chercheur de l’Institut d’hydrologie de l’Université Mayor de San Andrés (CESU), Edson Ramirez, a révélé qu’entre novembre 2015 et mars 2016, les glaciers du pays sud-américain ont perdu 4 mètres de glace entre le phénomène météorologique El Niño particulièrement fort l’an dernier et le réchauffement global.

Le recul des glaciers pourrait avoir des conséquences catastrophiques, 25 lacs glaciaires sont potentiellement dangereux, l’augmentation de leur niveau pourrait causer des inondations avec un impact grave sur les populations locales. Si le plus petit d’entre eux venait à se vider, il provoquerait une inondation avec un débit maximum de 600 mètres cubes par seconde, tandis que le plus grand menacerait les habitants avec 125 000 mètres cubes d’eau par seconde, environ 50 fois le volume d’une piscine olympique.

Un chercheur de l’Instituto Boliviano de la Montaña, Dirk Hoffmann, a livré un exemple, en 2009 une inondation dans la région montagneuse de Apolobamba liée à ce phénomène a causé la mort du bétail, la destruction des cultures et  l’isolement d’un village pendant des mois  en raison de la destruction d’une route.  « Du fait que ce sont des communautés isolées loin des villes, les autorités nationales et la population en général ne sont pas
conscientes des dangers auxquels ces communautés des Andes sont confrontées en raison du changement climatique et elles ne prennent pas les
mesures appropriées », a déploré Hoffman.

« La plupart des glaciers auront disparu ou fortement diminué à la fin du siècle. Alors d’où viendra l’eau pendant la saison sèche? Les grandes villes comme La Paz sont partiellement dépendantes de l’eau de fonte des glaciers », révèle le spécialiste Simon Cook, profesor de la Universidad Metropolitana de Manchester (Reino Unido).

Environ 2,3 millions de personnes vivant entre La Paz et El Alto, par exemple, reçoivent environ 15 pour cent de l’eau des glaciers, selon cette étude.

En 2009, un article publié par le New York Times sur le changement climatique en Bolivie faisait mention que El Alto, la deuxième ville du pays, « pourrait devenir la première victime du changement climatique à grande échelle ».

Le glacier le plus emblématique du pays, le Chacaltaya, a occupé les unes des journaux en 2009, après que les scientifiques aient révélé que 80 pour cent de sa surface avait considérablement reculé depuis 1982.

Les géologues ont mesuré la superficie des glaciers de la région en utilisant des images prises par le satellite Landsat du programme d’observation de la Terre du service géologique de la NASA. Ainsi, ils ont conclu que la zone occupée par les glaciers boliviens est passée de 530 kilomètres carrés en 1986 à 300 kilomètres carrés en 2014.

La santé des glaciers boliviens a été plus ou moins ignorée par le monde scientifique, souligne Cook, mais Bolivie est l’un des pays les plus pauvres d’Amérique du Sud, et en tant que pays en développement, il est particulièrement vulnérable aux effets dévastateurs du changement climatique. On estime que 60 pour cent des Boliviens vivent en dessous du seuil de pauvreté.

D’autres pays répondent déjà des menaces climatiques similaires et ont déjà adopté des mesures pratiques telles que la vidange manuelle des lacs glaciaires. Le Pérou a œuvré de la sorte ainsi qu’au Népal. Dans le cas de la Bolivie, c’est « un problème urgent et la population et le gouvernement doivent agir », a déclaré Cook.

Les scientifiques espèrent que leur travail de sensibilisation au sujet de la perte de glaciers en Bolivie, permettra de réveiller les consciences en évoquant la cruelle incidence sur l’approvisionnement en eau et sur d’éventuelles inondations catastrophiques. « Enfin, je souhaite que nos résultats soient utiles pour les gouvernements boliviens, les organismes et les personnes dans les zones rurales et les villes », a conclu Cook.