continent01022017

Greenpeace, grâce à l’usage d’un robot aquatique, a immortalisé les premières images d’un récif de corail caché en Amazonie, il a été découvert par des chercheurs il y a quelques mois, mais l’ONG alerte d’ores et déjà quant à sa pérennité, car il est menacé par une éventuelle exploration pétrolière.

Selon les chercheurs, il s’agit de la première découverte d’un corail réussissant à vivre dans des eaux saumâtres. Le récif a été découvert il y a quelques mois et Greenpeace a pris la direction de la zone concernée d’Amérique du Sud avec son navire Esperanza pour photographier le corail et recueillir des données. La première observation fait mention d’un récif situé à une profondeur de 220 mètres et à 100 kilomètres de la côte brésilienne.

Le récif se compose de 9 500 kilomètres carrés de coraux, éponges et rhodolithes situées en un point de confluence entre le fleuve Amazone et l’océan Atlantique, une zone que le gouvernement brésilien a ouverte à l’exploration pétrolière. Le biome mis au jour s’étend de la Guyane française à l’État brésilien de Maranhao, soit une zone plus étendue que les villes de Sao Paulo (Brésil) et Londres (Royaume-Uni).

Malgré le caractère exceptionnel de la découverte, l’ONG s’inquiète sérieusement, car le récif est menacé parce que les entreprises d’exploitation et d’extraction Total et BP qui ont sollicité l’autorisation du gouvernement du Brésil pour perforer dans la région.

Nils Asp, chercheur à l’Université fédérale de Pará (Brésil), a évoqué l’importance du récif, car il s’agit d’un système « unique », à « grand potentiel » pour accueillir de nouvelles espèces et s’avère aussi être un lieu d’exception pour l’économie des communautés locales de pêcheurs.

Il a également ajouté la nécessité pour les scientifiques d’obtenir une meilleure compréhension de la façon dont le récif fonctionne pour résoudre les « grandes inconnues » quant à son mécanisme photosynthétique dans un contexte de lumière très réduite. La plupart des recherches scientifiques sur les récifs coralliens jugeaient impossible le développement de coraux dans des rivières troubles qui réduisent considérablement la pénétration solaire. L’embouchure de la rivière Amazone reçoit 300 000 m3 d’eau par seconde, rempli de sédiments et de nutriments organiques de la jungle qui rendent ses eaux troubles et sombres.

« Nous espérons augmenter la surface cartographiée du récif. Jusqu’à présent on a répertorié seulement 5 % », a précisé le scientifique.

Ces espoirs d’études scientifiques émergent alors que Total et BP aspirent à explorer la région avec des réserves de pétrole estimées à environ 15 000 à 20 000 millions de barils.

La responsable de Greenpeace Océans, Elvira Jimenez, réclame à ce que le récif de l’embouchure du bassin de l’Amazone soit protégé « de la cupidité des entreprises qui privilégient les avantages économiques à l’environnement et aux gens. »

« L’un des domaines que pourrait explorer la compagnie pétrolière Total est à seulement 8 kilomètres de la barrière et le processus d’autorisation environnementale a déjà commencé », a averti Jimenez qui exhorte le Gouvernement du Brésil, qui a déjà ratifié l’Accord Paris, à montrer son engagement en matière de protection de l’environnement en laissant les combustibles fossiles sous les fonds marins.

L’embouchure de l’Amazone sert de refuge au lamantin des Caraïbes, à la tortue terecay et à la loutre géante, une espèce menacée, il accueille également des populations de poissons fournissant des ressources alimentaires majeures aux populations quilombolas, 80 communautés autochtones dépendantes de ce secteur d’activité économique.

« Une équipe d’experts, dont plusieurs océanographes, a annoncé la découverte du récif à la mi-2016, ils se sont joints à l’expédition Greenpeace au bord du navire Esperanza pour documenter ce nouveau biome […] », a déclaré l’organisation environnementale.

« Je me sens comme quelqu’un qui est revenu d’une autre planète », a déclaré le professeur Ronaldo Francini Filho de l’Université fédérale de Paraiba, après avoir effectué une plongée inédite.

Encore une fois, nous réalisons, en contemplant les photos de cette plongée spectaculaire, que la magie et le mystère qui entourent le fleuve Amazone est sans fin, reste à savoir si ce patrimoine unique pourra échapper à l’impact négatif de certaines actions humaines ô combien destructrices. Rappelons que le fleuve Amazone représente près de 20 % de l’eau douce du monde, il est le plus grand fleuve du monde et son débit enregistre aussi tous les records.

Dans les années 70, les scientifiques ont averti de la possibilité de l’existence de coraux dans cette région. Depuis 2010, une équipe de biologistes a commencé à inspecter la zone pour corroborer la théorie, qui a obtenu une confirmation officielle qu’en avril 2016, quand les experts ont révélé cette présence.