argentine23022017

La déforestation se poursuit sur le territoire argentin, c’est le constat qui ressort du rapport annuel de l’ONG Greenpeace qui déplore une perte des forêts dans le nord du pays en 2016 à hauteur de 40 000 hectares détruits sur des zones pourtant protégées, une surface équivalente à deux fois la ville-capitale de Buenos Aires.

Les provinces les plus impactées sont celles de Santiago del Estero, du Chaco, de Salta et de Formosa : « Ce rapport prouve la nécessité urgente d’une loi criminalisant la déforestation là où elle est interdite. Ceux qui détruisent les forêts ne sont pas des entrepreneurs, ce sont des criminels », tels sont les mots sans concession d’un porte-parole de l’organisation.
En effet, il est à noter qu’un tiers de la déforestation a eu lieu dans des zones pourtant protégées par la loi, une déforestation illégale atteignant 41 595 hectares.
Le document publié par l’organisation environnementale précise que 80 % de la déforestation dans le pays est concentrée sur ces quatre provinces, et la principale cause de ce véritable drame écologique est l’avancée de la frontière agricole, les cultures de soja transgénique et l’agriculture intensive menaçant ces zones naturelles.

« Depuis la promulgation de la Loi sur les forêts, la déforestation a été réduite, mais il y a de nombreux cas de déforestation au sein de forêts protégées, parfois avec la complicité des gouvernements provinciaux. Nous avons besoin du Congrès pour adopter le plus rapidement possible la loi sur le Délit de déforestation présentée l’année dernière », a déclaré Greenpeace Argentine.
En 2014, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a informé qu’au cours de la dernière décennie, les clairières étaient « la principale source d’émissions de carbone dans le nord de l’Argentine » et qu’en Argentine se produit « 4,3 % de la déforestation mondiale ».

Le rapport Greenpeace 2016 indique que, certes la déforestation a été beaucoup plus faible en 2016, environ 50 pour cent de moins que la moyenne annuelle dans ces provinces, mais que’elle a encore lieu pour un tiers sur des zones protégées.
« La situation à Santiago est particulièrement grave, car elle est en constante progression. De plus, il y a beaucoup de zones où vivent des communautés rurales, ce qui aggrave également les conflits sociaux, car il y a des bandes armées pour mener à bien le déboisage ». La destruction des forêts va de pair avec la recrudescence de conflits territoriaux générés par les expulsions forcées, les promoteurs n’hésitant pas à avoir recours à des hommes de main pour chasser les natifs de leurs territoires ancestraux.
Greenpeace rappelle que la destruction de ces forêts « aura un impact significatif sur l’environnement et affectera gravement de nombreuses communautés ».

En 2015, l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a placé l’Argentine à la neuvième place de la liste des pays se préoccupant le moins des forêts primaires. Selon les chiffres officiels cités par Greenpeace, en sept ans, depuis la promulgation de la loi 2014 sur les zones boisées en Argentine, 2 107 208 hectares ont été perdus dont 626 244 étaient des forêts protégées.

Rappelons que parmi les effets pernicieux de la déforestation, on retrouve une augmentation de la pluviométrie et une plus grande vulnérabilité des sols, ce qui favorise les inondations, la terre ne remplissant plus son rôle essentiel d’éponge naturelle, or l’Argentine est confrontée à des épisodes pluvieux intenses pouvant être à l’origine de catastrophes. Les experts évoquent un chiffre éloquent, un hectare de forêt absorbe 300 millimètres d’eau par heure, tandis qu’un champ de soja ne filtre que 30 millimètres.
Au cours des 25 dernières années, 7,8 millions d’hectares de forêts natives ont été rasés, ce qui équivaut à la surface de la province d’Entre Rios.