colombie02032017

Barranquilla est une ville du nord de la Colombie et la capitale du département d’Atlántico, elle se situe sur la rive occidentale du río Magdalena, le fleuve le plus important de Colombie, à 7,5 km de son embouchure sur la mer des Caraïbes. Tous les ans, entre février et mars (pendant les quatre jours qui précèdent le carême), période des carnavals, la cité sud-américaine s’anime plus que jamais et offre l’une des plus belles manifestations festives du continent sud-américain. Une tradition qui puise ses racines en Espagne, pays à l’origine de la Conquête et de la colonisation, le premier carnaval organisé dans la ville se perd d’ailleurs dans l’histoire, il y a plus d’un siècle quand Barranquilla était encore embryonnaire.

Le Carnaval de Barranquilla a été inscrit en 2003 au patrimoine oral et immatériel de l’humanité, puis inscrit, en 2008, au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Depuis sa consécration, le Carnaval de Barranquilla s’est doté du slogan : « Quien lo vive es quien lo goza », évocateur quant à l’état d’esprit qui règne (« Celui qui le vit est celui qui en jouit »).

Lors de cette manifestation populaire, de multiples coutumes locales témoignant des empreintes multiculturelles de la société fusionnent et s’affirment dans de nombreux aspects du carnaval comme les danses qui y sont pratiquées parmi lesquelles le mico et micas, originaire des Amériques, le congo africain ou encore le paloteo d’origine espagnole, mais également dans les styles musicaux (principalement la cumbia et des variantes comme la puya et le porro, et l’usage d’instruments populaires (tambora et tambours alegre, maracas, claves…).

L’expression de ce métissage culturel s’explique par la situation géographique de la ville sur la côte caraïbe et de la prospérité de son économie durant la période coloniale, Barranquilla s’est ainsi convertie en l’un des premiers centres d’activité mercantile du pays devenant par la même occasion un lieu de rencontre pour différents peuples et cultures natives.

De nos jours, le carnaval de Barranquilla est devenu la fête folklorique et culturelle la plus importante et la plus emblématique de Colombie, cette célébration est perçue comme un chef-d’œuvre du génie créateur humain, car il est le seul endroit dans le pays où les manifestations culturelles reflètent l’hybridation des cultures entre rites indigènes et imprégnation africaine, fruit de la présence d’esclaves noirs venus du Vieux Continent. Le carnaval témoigne ainsi d’une forme de résistance à la perte des mythes, croyances et expressions culturelles des populations indigènes et africaines imposée par l’acculturation espagnole sous la période coloniale.

Actuellement ce lieu de rassemblement majeur est une source d’inspiration et d’échanges culturels qui marque la permanence des expressions ancestrales pourtant vulnérables, un témoignage vivant de la tradition culturelle populaire de la région des Caraïbes.

Durant les journées de carnaval, des groupes de danseurs masqués, des acteurs, chanteurs et instrumentistes délectent les foules de représentations théâtrales et musicales basées sur des événements historiques, le carnaval de Barranquilla est devenu un événement professionnel qui bénéficie d’une large couverture médiatique. Bien que cette évolution génère des retombées économiques pour de nombreuses familles à faible revenu, la commercialisation croissante constitue néanmoins une menace potentielle, en effet les aspects traditionnels pourraient s’effacer derrière des intérêts économiques grandissants, mettant en péril l’essence et l’âme de cet événement identitaire.

Cependant, appartenir au patrimoine oral et immatériel de l’humanité motive les efforts des autorités visant à la diffusion et à la durabilité de l’expression culturelle dans le monde. À l’heure actuelle, l’engagement est de sauvegarder le Carnaval avec des acteurs pédagogiques identifiés, avec des missions culturelles, des partenariats et des événements en Colombie et à l’étranger; avec des actions centrées sur l’artisanat et la préservation de la tradition; avec des programmes de préservation au moyen de plans spécifiques qui préservent la mémoire du Carnaval de Barranquilla.

(Vidéo du 10/02/2013)

En 2014, Carla Celia, directrice du carnaval avait eu ces mots pour décrire cette manifestation haute en couleurs et en différentes formes d’expressions artistiques « c’est un symbole de la Colombie dans le monde, un chef-d’œuvre peint par des millions de mains ».
Au-delà de l’importance pour l’économie de la région avec, pour l’édition 2017, près de 1 800 000 participants attendus à ce carnaval (le deuxième d’Amérique latine, après Rio de Janeiro), c’est également l’occasion de réunir les gens sans distinction sociale ou encore ethnique (la division sociale est toujours en vigueur en Colombie, entre les plus modestes et les classes supérieures), les festivités se déroulent toujours dans la bonne humeur avec un esprit de cohésion.

https://twitter.com/ELTIEMPO/status/835587960208785408

Quatre jours d’une déferlante festive qui peut s’avérer épuisante pour les non-initiés, Barranquilla, dans son exubérance, peut devenir la ville de tous les excès durant ces journées de réjouissances !

(Vidéo du 03/03/2014)