chili08032017

Avec les incendies qui sévissent au Chili depuis presque trois mois maintenant dans le centre et le sud du pays, ce sont 500 000 hectares de nature qui ont disparu et 347 millions de dollars qui sont aussi partis en fumée par la même occasion, lourd bilan matériel de cette catastrophe qui a définitivement un coût. Le ministre des Finances, Rodrigo Valdes, a déclaré que « d’un point de vue financier », le coût de la catastrophe initialement estimé à 333 millions s’élève à 347 millions de dollars en prenant en compte les dommages sur le secteur agricole fortement impacté.
De son côté, le 6 février dernier, la Société nationale de l’agriculture (SNA) a estimé à plus de 400 millions de dollars les pertes causées par les incendies dans le secteur agricole et forestier.

Valdes a déclaré dans un communiqué publié lundi que le gouvernement a approuvé un ensemble de mesures visant à venir en aide aux agriculteurs, les petites et moyennes entreprises et les propriétaires de scieries, qui ont été particulièrement touchés par les incendies qui ont frappé le pays sud-américain durant l’été austral.

Les flammes, nous le rappelons, ont ravagé, selon un dernier bilan 500 000 hectares d’arbres, de forêts et de prairies, et des centaines de maisons, ce sont onze personnes qui ont perdu la vie et des milliers de familles qui restent sans-abri, une véritable tragédie humaine et… écologique. Selon un bilan délivré par le ministère de l’Environnement, dirigé par Paul Badenier, les pertes comprennent un total de 597 242 hectares, dont 55 % de terres forestières; environ 36 % de prairies et 9 % de terres agricoles.

Pour la biologiste titulaire d’un doctorat en zoologie à l’Université de Liverpool, Maria Isabel Manzur, « la nécessité d’une norme sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité est impérative et urgente. Tout d’abord, parce que le pays a ratifié la Convention sur la diversité biologique en 1995, souscrite en 1992 par la communauté internationale- n’ayant pas été ratifié par les États-Unis- cela fait donc déjà plus de 20 ans que nous n’avons pas établi une norme nationale pour conserver notre biodiversité . En second lieu, parce que la diversité biologique du Chili est unique dans le monde ».

La puissance destructrice des flammes a profondément endommagé la faune de la zone centre-sud du pays, bien qu’il n’y ait toujours pas de recensement officiel des espèces et des spécimens touchés par la situation d’urgence, les projections ne s’avèrent pas très encourageantes en ce qui concerne la récupération des écosystèmes considérablement touchés par le feu.

(Vidéo du 23/02/2017)

Des espèces endémiques touchées par les flammes : une tragédie pour la faune locale !

« Il y a beaucoup de victimes silencieuses. Dans les incendies de cette ampleur, la majeure partie de la faune indigène est brûlée immédiatement parce que ce sont des espèces à faible mobilité. Et celles-là, nous les avons déjà perdues », des propos peu rassurants tenus par la directrice du  zoo national, Alejandra Montalva, dans une interview avec les médias locaux de la région de Maule.

Montalva se réfère à plusieurs espèces de reptiles et d’amphibiens, des groupes dont la capacité de déplacement est inférieure à la vitesse atteinte par les flammes dans un endroit sec et qui se retrouvent donc à la merci des fortes rafales de vent, littéralement pris au piège.
Pour la médecin-vétérinaire et directrice de l’Unité de réadaptation de la faune sylvestre Buin Zoo – UNAB (UFAS), Nicole Sallaberry, la situation pour la faune et la flore locale est tragique : « Ceci est un scénario dévastateur, une catastrophe environnementale majeure pour tous. »

Des pans entiers de prairies et de buissons épineux ont été détruits par le feu, or, ils abritent des espèces comme le renard, « le yaca »  (Thylamys elegans), des rongeurs et marsupiaux endémiques menacés, comme le « monito del monte » (Dromiciops gliroides).

L’une des principales difficultés à gérer des situations extrêmes est l’absence de protocoles pour le traitement de la faune dans un contexte de mega-incendie dévastateur. « Il y a d’autres pays comme l’Australie, où les incendies d’eucalyptus sont plus fréquents, et ils savent comment faire face, par exemple, aux brûlures des koalas. Nous utilisons ces procédures », expliquent les experts de l’UFAS.

Au centre de réadaptation, les vétérinaires ont accueilli  de nombreux patients qui ont fui le feu pour les périphéries urbaines, « avec des lésions plus ou mois graves » , mais aussi des signes cliniques d’intoxications à la fumée.

« Le Chili fonctionne comme une île écologique. Nous sommes séparés du continent par la mer, les montagnes et un grand désert dans le nord. Cela signifie que beaucoup de nos espèces sont indigènes ou endémiques au Chili. Par exemple, le Chili Continental abrite 5105 espèces de plantes vasculaires. Parmi celles-ci, 88,5 % proviennent du pays, dont 45,8 % sont endémiques, c’est-à-dire seulement présentes au Chili, et 42,7 % sont originaires du Chili et d’autres pays », a confié le Dr. Manzur, coordinatrice au programme de biodiversité du Comité national pour la défense de la flore et la faune (CODEFF).

(Vidéo du 31/01/2017)