Le bilan ne cesse de s’alourdir depuis mercredi dernier, une journée tragique marquée par un incendie survenu dans un foyer pour mineurs placé sous la responsabilité du Ministère de la Protection sociale (SBS) de la présidence, au Guatemala (Amérique Centrale). Ce sont 40 adolescentes qui ont péri par les flammes à la maison de la Vierge de l’Assomption ou suite à leurs blessures, selon un dernier rapport des autorités (en date du 13 mars). 19 jeunes filles sont mortes mercredi dernier par intoxication au monoxyde de carbone à l’intérieur de la maison, d’autres sont décédées plus tard en raison de la gravité de leurs brûlures au centre hospitalier San Juan de Dios.

Le président du Guatemala, Jimmy Morales, a assumé la responsabilité de l’État dans cette tragédie, à l’heure où plusieurs secteurs de la société, en quête de justice pour la mort des jeunes filles, réclament justice.

Morales en personne a reconnu, samedi, que les jeunes victimes auraient subi des sévices physiques et sexuels, et qu’elles se trouvaient enfermées quand le feu s’est déclaré. « La décision de séparer tous les enfants et les adolescents a été prise afin que les filles et garçons ne soient pas en contact […] et éviter ainsi toute forme d’agressions les uns envers les autres […]. Il a fallu prendre des mesures de sécurité nécessaires, y compris la mise sous clé », a admis le président, dans une interview accordée à CNN en espagnol.

Le foyer réunit environ 748 enfants, bien que sa capacité est de seulement 400 places selon les premières indications, les jeunes filles seraient elles-mêmes à l’origine du feu, elles souhaitaient protester contre leurs conditions de vie alors même que le monde célébrait la Journée internationale de la femme le 8 mars, une façon pour elles de s’opposer à la maltraitance dont elles ont souffert, alors qu’elles avaient tenté de s’échapper de l’établissement la veille de la tragédie.

Plusieurs témoins ont dit que les filles ont été enfermées dans une salle de classe verrouillée au moment de l’incident, le foyer social dirigé par le ministère des Affaires sociales accueillait des orphelins, des enfants en difficulté, des enfants victimes de violence, des enfants handicapés et d’autres qui prétendument avaient été internés pour avoir commis des crimes.

Dans une interview, Morales a annoncé que Carlos Rodas, à la tête du Ministère de la Protection sociale, dépendant du ministère des Travaux publics, a présenté sa démission devant la gravité des faits reprochés, mais il a ajouté qu’il sera toutefois dans la position de répondre à la situation d’urgence jusqu’à ce qu’il soit remplacé.

Pendant des années, le centre a été mêlé à plusieurs polémiques. Des dizaines de plaintes pour agressions physiques et abus sexuels ont été rendues publiques à plusieurs reprises, mais ces plaintes n’ont jamais reçu une réponse.

(Vidéo du 12/03/2017)

Les premières victimes ont été enterrées dès vendredi au milieu de larmes, de cris et d’un profond désespoir mêlé de colère, le Pape François a déploré dimanche cette tragédie qui a coûté la vie à 40 jeunes filles :

« J’exprime ma proximité avec le peuple du Guatemala qui vit le deuil de ce grave et triste incendie à l’intérieur de la maison Refuge Notre-Dame de l’Assomption, faisant des victimes et des blessures chez les jeunes filles qui y résidaient », a déclaré le pape lors de la prière de l’Angélus dimanche.

Le Pape François a également consacré la prière à tous les « filles et garçons victimes de violence, d’abus, d’exploitation et de guerres ». Quatre des adolescentes ayant survécu à l’accident ont été transportées dans la nuit de samedi en avion-ambulance à un hôpital de Galveston, au Texas, États-Unis pour recevoir des soins.

Sur la Plaza de la Constitution, les Guatémaltèques ont déposé des messages de solidarité pour les victimes et leurs familles, et réclament également la démission du président et vice-président dans un climat de colère profond.

La Justice du Guatemala a émis une interdiction de quitter le pays à plusieurs responsables alors que de nouvelles manifestations dans la capitale ont lieu pour exiger la justice. Des militants et étudiants impliqués dans les protestations ont dit qu’ils allaient continuer à manifester pour que ces décès ne restent pas impunis.

Morales a appelé les autres pouvoirs de l’État de prendre un engagement en faveur de réformes dans le système des soins pour les enfants placés sous la protection de l’État, une nécessité décrite comme « évidente et urgente ».

(Vidéo du 12/03/2017)