Le président bolivien, Evo Morales, s’est réuni avec des cultivateurs de coca pour défendre la nouvelle loi augmentant les surfaces légales dédiées à la culture de la feuille de coca, de 12 000 hectares autorisés, cette surface passe à 22 000 hectares avec l’adoption d’une nouvelle disposition.

« Tous là pour défendre notre loi, notre Loi est le produit de la lutte du peuple bolivien », a déclaré le président d’origine aymara lors d’un récent rassemblement devant des milliers de partisans dans la ville de Chimoré, dans la zone du tropique de Cochabamba, où symboliquement la loi générale sur la coca a été entérinée.

La nouvelle législation, adoptée la semaine dernière, autorise donc la culture de coca sur 22 000 hectares, 14 300 dans la région des Yungas de La Paz et 7700 dans la région de Cochabamba, bastion politique du président Morales, lui-même ancien cocalero (producteur de coca).
Morales a souligné que la nouvelle règle « a enterré » la loi dite 1008, qui réglemente depuis 1988 la production de coca en Bolivie et qui définit les paramètres pour la guerre contre le trafic de drogue.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2006, le président bolivien a souhaité légiférer séparément pour planifier la production de coca d’un côté et définir les politiques de lutte contre la drogue de l’autre.
Pour le parti au pouvoir, l’augmentation de la production de la fameuse feuille verte, dont l’usage est ancestral à l’état brut, couvrira la consommation légale de coca sur le marché intérieur et servira aussi à la production de produits légaux, ainsi qu’à l’exportation vers les pays voisins, bien que l’ONU ait interdit la commercialisation de la plante.
Morales a d’ailleurs souligné que la communauté internationale « doit comprendre » que son pays a le droit de prendre ses propres décisions « sans consultation préalable avec les États-Unis ou l’Europe.

« Pour développer le marché intérieur et les marchés étrangers, nous avons décidé avec dignité et souveraineté de légaliser un maximum de 22 000 hectares de coca, 14 300 pour La Paz et 7700 pour Cochabamba, et la communauté internationale doit comprendre que cette décision a été prise sans consulter les États-Unis ou l’Europe, nous avons le droit de décider pour la Bolivie souverainement et dignement », a-t-il affirmé depuis Chimoré.

Une surface légale de 14 000 hectares jugée suffisante par les experts internationaux

Toutefois, l’Union européenne (UE) a exprimé sa préoccupation au sujet des nouvelles règles et a examiné si l’aide fournie au pays devait être « recentrée », en effet concernant l’utilisation de la coca en Bolivie, une étude financée pour cinq ans par l’UE a estimé qu’une production de 14 000 hectares était suffisante pour approvisionner le marché interne. La dernière étude sur l’utilisation de la coca a été publiée en 2013, 14 705 hectares étaient nécessaires selon les experts pour satisfaire la demande intérieure.

Le ministre du Développement rural et des terres, César Cocarico, a affirmé que la Bolivie consomme 25 000 tonnes de coca à usage traditionnel, dans le cadre de l »acullicu » (mastication de la feuille), de la préparation d’infusions et de rituels, Cocarico a ajouté que la nouvelle loi laissera un excédent d’environ 6000 tonnes de coca, qui seront destinés à l’exportation vers les pays industrialisés tels que l’Équateur et de l’Argentine. Cet excédent de production a généré des critiques de l’opposition.
« Nous ne sommes pas d’accord avec cette hausse de la production. Selon les études, avec 14 000 hectares, c’est suffisant. Nous ne sommes pas seulement un pays de transit, mais aussi un pays producteur (de cocaïne), par conséquent, la question doit être traitée plus sérieusement », des propos tenus par le député de l’opposition Wilson Santamaría.

Evo Morales,  défenseur de la consommation traditionnelle de la feuille de coca

Alors que la feuille de coca est l’ingrédient principal de la cocaïne, les habitants de la région andine mâchent ses feuilles depuis des siècles pour ses vertus tonifiantes et coupe-faim, ou la consomment encore sous forme de maté pour ses propriétés médicinales. En fait, la plante est considérée comme sacrée par de nombreux natifs, à l’instar des précolombiens, et fait encore aujourd’hui l’objet d’offrandes lors de rituels par exemple consacrés à la Pachamama (la Terre-Mère).

Un excédant destiné au trafic de drogue ? La crainte des opposants à cette nouvelle loi

La Bolivie produit 15 % des cultures de coca dans le monde. La Colombie arrive en tête avec 52 %, suivie par le Pérou avec 32 %, selon l’UNODC.

Le 9 mars, l’Union européenne a exprimé sa préoccupation concernant son choix d’adopter la nouvelle loi générale sur la coca augmentant l’étendue des cultures légales en Bolivie et a soulevé la nécessité de recentrer la coopération internationale pour rendre plus efficace la lutte contre le trafic de drogue.
La feuille de coca en Bolivie possède des fonctions rituelles et des usages médicinaux reconnus dans la Constitution, mais une partie de la production est détournée par les trafiquants de drogue qui, après de nombreux procédés de transformation chimiques, obtiennent de la cocaïne. L’opposition bolivienne s’inquiète d’ailleurs de ce détournement en remettant en question la nouvelle loi qui pourrait servir le trafic de drogue.

« Tout le monde sait que la majeure partie de la coca du Chapare ne passe pas par le marché légal« , a jugé l’analyste politique Franklin Alcaraz.

En outre, une Loi pour lutter plus efficacement contre le trafic de drogue a été adoptée, elle autorise la mise sur écoute et la mise en place de juges et de procureurs pour traiter spécifiquement les crimes liés au narcotrafic.
L’approbation de cette loi permet aussi d’apaiser les tensions et la mobilisation des « cocaleros » de La Paz qui exigeaient plus d’hectares autorisés pour la culture de la coca.

La Loi générale de Coca reconnaît la feuille de coca comme « patrimoine culturel ancestral et natif et » et souligne que la feuille dans son état naturel n’est pas un stupéfiant et qu’ en Bolivie, elle sert à l’acullico (mastication), aux rituels, à la médecine , à la nourriture, à l’industrie et à la recherche ».

La Commission bolivienne, dirigée par le ministre de l’Intérieur Carlos Romero, a exposé à Vienne le 13 mars le contenu de la nouvelle loi Coca et le projet de loi « de substances contrôlées ».
Romero a déclaré que le pays partage pleinement la préoccupation mondiale à propos de l’évolution du problème du trafic de drogue et a souligné que l’usage de drogues a augmenté au cours des dernières années, malgré la « guerre » déclarée contre ce problème, faisant mention d’une mauvaise stratégie.

L’année dernière, les autorités boliviennes ont saisi environ 148 tonnes de cocaïne et de marijuana et les dommages causés aux bandes criminelles ont été estimés à 43 millions de dollars, comme rapporté par le sous-ministre de la Défense sociale et des substances contrôlées, Felipe Caceres.