La captivité des animaux reste un sujet polémique pour beaucoup de personnes, surtout pour les protecteurs de l’environnement qui insistent pour que les espèces vivent dans leur habitat naturel, seul endroit, selon eux, pour que les animaux puissent avoir un comportement naturel et évoluer librement sans présence humaine.

Le récent scandale autour de la mort de Gustavito survenue le 26 février dans le Zoo national du Salvador relance le débat. En effet, les quatre versions contradictoires ne font qu’alimenter le doute sur la véritable cause de la mort du seul hippopotame du pays.
Véritable fierté nationale depuis son arrivée en 2004 et son baptême devant 26000 personnes, Gustavito, nom donné à l’animal après une consultation nationale, était l’animal chéri des Salvadoriens qui mourut telle une star trop chérie d’Hollywood.

Tout commença lorsque, le dimanche 26 février, le Secrétariat d’Etat à la Culture annonça et attribua la mort de l’animal à une attaque « lâche et inhumaine » de délinquants munis de pics à glace, de barres de fer et de pierres. Le lendemain, Silvia Regalado, en charge du portefeuille de la Culture, a insisté sur le fait que les complications suite à la violente attaque avec les objets contondants et tranchants furent à l’origine du drame. Mme Regalado précisa que l’attaque eut lieu le 22 février et ajouta avoir observé elle-même, deux jours avant sa mort, des hématomes sur le corps de l’animal.

Le mardi 28, la Ministre de l’environnement, Lina Pohl, contredit la version jusque-là officielle : « Gustavito n’est pas mort à cause de ses blessures, mais à cause du stress ».
Et Vladlen Henriquez, directeur du zoo, d’ajouter que « l’animal fut victime d’une occlusion intestinale dix-sept jours auparavant ». Il serait ensuite apparu dans son enclos couvert de plusieurs lésions et dans un état de nervosité mais M. Henriquez insista sur la présence d’individus qui entrèrent dans l’enclos attaquant l’animal.

Le lendemain, mercredi 1er mars, et après avoir interrogé M. Henriquez, le Procureur Général, assura que les résultats de la nécropsie déterminent que la cause de la mort fut une hémorragie pulmonaire ainsi que la négligence de laquelle fut victime Gustavito. Les blessures et les lacérations n’apparaissent pas dans le rapport des experts vétérinaires indépendants.
Le mammifère fut enterré rapidement sans que quiconque étranger au zoo ne puisse voir l’animal « pour des raisons de propreté », selon les autorités.
Cette décision laisse encore planer le doute sur les véritables raisons et ne fait qu’attiser le mécontentement des Salvadoriens.
Les spécialistes du zoo avaient d’ailleurs précisé en 2004, lors de l’arrivée de Gustavito, qu’ils ne conseillaient pas l’installation de l’animal dans le Zoo national. C’est dans ce sens que le secrétaire général de Sitramec, syndicat des travailleurs du Secrétariat d’Etat à la Culture, Ricardo Apaya, apporta un éclairage édifiant sur les conditions de vie de l’animal préféré des Salvadoriens : « Selon les travailleurs eux-mêmes, l’enclos dans lequel vivait l’hippopotame n’était pas conçu de manière adéquate : il y avait des morceaux de fer qui dépassaient et sur lesquels l’animal se blessait. De plus, il tombait tout seul et se cognait ».

Les réactions ne se sont pas faites attendre et l’émoi fut tel que dès le lendemain de l’annonce de la mort de Gustavito, des dizaines de Salvadoriens manifestèrent aux portes du zoo pour en demander la fermeture définitive. De même, l’hashtag #noussommestousgustavito inonda les réseaux sociaux et de nombreux fonctionnaires, artistes et collectifs citoyens condamnèrent ce qu’ils considèrent être un acte « criminel » non seulement au Salvador mais aussi dans toute l’Amérique Latine. Il s’agirait, pour certains, d’un drame qui n’est que le reflet de la violence omniprésente dans le pays et dans cette région du monde.

Rappelons pour la seule année 2016 qu’un cheval noir, d’abord porté disparu au Zoo de Caricuao (Vénézuéla), fut retrouvé tué et découpé en morceaux en juillet 2016 au même moment où, au zoo de Mendoza (Argentine) Arturo, « l’ours le plus triste du monde », mourait après vingt-deux ans passées à des milliers de kilomètres de son habitat naturel dans une ville très chaude, confiné dans un espace très petit avec une unique piscine très peu profonde.

Pour la protectrice de l’environnement, María Carlota Guevara, peu importe quelles furent les causes de la mort de l’hippopotame, c’est bel et bien « la négligence » qui définit le panorama de la situation des animaux au Salvador.
Selon Mme Regalado, le parc aura dorénavant pour mission d’« éduquer, conserver et protéger les espèces en voie d’extinction et sensibiliser la population » et ne recevra, donc, pas d’autre animal pour remplacer le mammifère, préférant que le lieu soit consacré à la conservation d’animaux tropicaux de la région.

Dans des sociétés où la violence est omniprésente, la sensibilisation aux droits des animaux est encore un long chemin semé d’embûches et les drames, comme celui de Gustavito, apparaissent malheureusement comme une opportunité pour repenser le rôle des parcs zoologiques.