L’équinoxe (littéralement « nuit égale ») correspond à ce moment de l’année où le jour a exactement la même durée que la nuit. Tout au long de l’histoire de l’Humanité, ce phénomène a permis de définir aussi bien le rythme des saisons que les périodes des récoltes et des semis, ou de la pêche et de la chasse.
Début de l’année dans pratiquement tous les calendriers anciens (et toujours dans les calendriers perse et indien), l’arrivée du printemps rime non seulement avec des journées plus longues, des vêtements plus légers et plus courts, des allergies saisonnières mais aussi avec… les pyramides préhispaniques !

Cette année, le 20 mars à 4.29 précises, selon le Service Météorologique Nationale du Mexique, a eu lieu ce phénomène astrologique qui s’accompagnent de sa cohorte de coutumes magiques et de touristes. Depuis quelques années, en effet, des milliers de personnes investissent les constructions préhispaniques pour accueillir le changement de saison.
Au Mexique, les lieux les plus plébiscités par les visiteurs sont la Pyramide du Soleil à Teotihuacan (Etat de Mexico) et le Temple de Kukulkan à Chichén Itzá (Yucatan).

Puisqu’il s’agit de l’un des centres cérémoniaux les plus grands de l’ancien Mexique (vers le sixième siècle il atteignit 23km2), à Téotihuacan n’importe quel lieu -même si ce n’est pas l’emblématique Pyramide du Soleil ou celle de la Lune- est idéal pour entrer en contact avec les rayons de l’astre roi. La « cité des dieux » offre, en effet, un événement solaire peu connu : dans la cour du Temple de Quetzalpapálotl, un jeu d’ombres et de lumières parfait fait que les créneaux de la construction illuminent certaines parties de celle-ci indiquant le début d’un nouveau cycle destiné au semis et à la reprise de la guerre…

Capitale des anciens Mayas Itzas qui vécurent dans la Péninsule du Yucatan pendant la période classique (1200-1521), Chichén Itza est connue pour le spectaculaire jeu d’ombres et de lumières qui envoûte chaque année, lors de l’équinoxe de printemps et d’automne, chacun des coins de l’imposant Temple de Kukulcan ou Le Château. Là, pendant environ 30 minutes, on peut admirer comment le corps du dieu Serpent à Plumes se forme petit à petit, de haut en bas des marches principales du temple, jusqu’à dessiner à partir de sept triangles isocèles, la silhouette complète du dieu. Couronnée d’une énorme tête de reptile qui, puissamment, ressort aux pieds des escaliers de ce temple magnifique, la silhouette rend hommage au dieu Kukulkan, connu sous le nom de Quetzalcoatl (Serpent à Plumes) chez les Aztèques.

C’est également le moment privilégié pour diverses activités mystiques, résultat de ce que Carl Sagan (1934-1996, scientifique et astronome étatsunien) a défini comme « pensée magique » de l’homme, avec diverses activités pour s’assurer des récoltes abondantes et des hivers moins rudes.

La légende raconte, en effet, que les cultures indigènes du pays réalisaient des rituels pour se charger d’énergie. Ainsi, de génération en génération s’habille-t-on de blanc avec une touche de rouge. La tradition veut également que l’on gravisse la pyramide ou le temple, qu’on lève les mains au ciel pour recevoir les rayons du soleil, se connecter avec la terre mère et ainsi faire le plein d’énergie et d’ondes positives.
Cependant, certains archéologues et experts soulignent que les peuples indigènes (aussi bien les Mexicas de Teotihuacan que les Mayas de Chichén Itzá) avaient des connaissances très avancées en astrologie n’accueillaient pas le changement de saison avec quelque cérémonie mystique pas plus qu’ils ne levaient les mains vers le soleil. De plus, selon la Société Astronomique Urania de l’Etat de Morelos, il n’y aurait pas plus d’énergie que celle que produit la radiation solaire le reste de l’année.

Cela ne décourage certainement pas les visiteurs puisque l’an dernier, ce ne sont pas moins de 419.678 personnes qui affluèrent vers les quelques 180 zones archéologiques dont les plus importantes sont Teotihuacan (227.870), Chichén Itzá (30.356) et Tulum (24.244) qui se placent sur le podium, devant El Tajin, Tula, Palenque, le Grand Temple de Mexico, etc.
L’INAH (Institut National d’Anthropologie et d’Histoire) se trouve donc face au défi de surveiller et protéger les zones archéologiques de plus grande affluence du pays lors de « l’Opération Equinoxe de Printemps » (du 17 au 21 mars 2017). L’objectif étant de « sensibiliser le publique à la conservation du patrimoine culturel et à assurer leur sécurité » (INAH). On leur rappelle également que les animaux sont interdits dans l’enceinte des zones archéologiques et on leur recommande de bien s’hydrater.

En marge de ces activités mystiques, d’autres événements culturels et récréatifs sont proposés pour les petits et les grands. A La Quemada (Zacatecas) a eu lieu le Festival Equinoxe de Printemps 2017 comprenant un programme de conférences, dégustations gastronomiques et observation au télescope. De même à Edzna (Campeche), les enfants ont pu participer à divers ateliers de reproduction d’art préhispanique, construction de casse-têtes à partir de photographies historiques ou participation à des fouilles archéologiques.

Epoque d’équilibre par excellence puisque ni la lumière et ni l’obscurité ne prédomine, l’équinoxe était le moment privilégié pour les semis et l’hommage à la nature dans la culture maya (et celte). Aujourd’hui, il s’agit d’obtenir la sérénité spirituelle et semer la paix dans son cœur et la partager avec les autres. Au-delà des croyances, des coutumes et de la connaissance scientifique, l’équinoxe marque, pour l’hémisphère nord, le début du printemps dont les phénomènes météorologiques nous accompagneront pendant les prochains mois, en dépit des changements de plus en plus évidents, générés par le réchauffement climatique…