Le Paraguay est confronté à une crise politique majeure marquée par des actes de violence, ce sont 211 personnes qui ont été arrêtées dans le cadre d’une vague protestataire enregistrée dans le pays, des opposants qui se mobilisent contre la volonté de 25 sénateurs de permettre au président de se représenter aux élections en faisant fi de l’actuelle Constitution. Un jeune homme a été abattu d’une balle dans la tête par les forces de police, visiblement au siège du Parti libéral situé à Asunción.

La victime âgée de 25 ans a été identifiée comme Rodrigo Quintana, le ministère public a annoncé samedi l’ouverture d’une enquête pour déterminer les circonstances exactes de son décès.
Le ministère de l’Intérieur, Tadeo Rojas, a confirmé qu’une enquête avait été ouverte « sur les circonstances de la mort qui serait due à un agent de la police nationale ».
Des dizaines de partisans se sont alors regroupées au siège pour rendre hommage à la jeune victime, leader de la jeunesse du parti libéral dans la localité de Colmena (dans le département de Paraguarí).

(Vidéo du 01/04/2017)

Ce décès survient dans un contexte de profonde tension et agitation, alors que 25 sénateurs (sur un total de 45) ont voté en faveur d’un projet d’amendement constitutionnel visant à habiliter la réélection d’un ancien chef de l’État, tout cela sans la présence du président du Sénat.  Roberto Acevedo, le président actuel du Sénat, a dénoncé « un coup d’Etat », car la manœuvre des 25 sénateurs s’est faite « hors de toute légalité constitutionnelle »; « On est la majorité, on représente donc le peuple légitimement », lui a rétorqué le sénateur Julio César Velazquez.

Des heurts ont éclaté devant le Congrès paraguayen, l’édifice a été pris d’assaut et incendié par les manifestants, les pompiers sont parvenus à maîtriser le feu, mais ont pu observer d’importants dégâts matériels .
Les partisans du président en place, Horacio Cartes, ont approuvé un projet d’amendement constitutionnel permettant la réélection présidentielle, interdite au Paraguay depuis 1992. Le vote a eu lieu en privé dans un bureau du Front Guasu de l’ancien président Fernando Lugo, sans la présence d’autres législateurs, ni celle du président de cette Chambre.
Le parti libéral et d’autres forces d’opposition au rejeté cet amendement en faisant mention d’un acte anticonstitutionnel visant à favoriser un second mandat présidentiel.

(Vidéo du 01/04/2017)

La modification constitutionnelle avait déjà été rejetée par le Parlement paraguayen en 2016. Toutefois, en dépit d’une règle interdisant de discuter de la même question dans l’année, les législateurs du gouvernement ont pu modifier ce règlement la semaine dernière.
Les protestations ont commencé presque immédiatement, et jeudi dernier l’opposition a réussi à rassembler quelque 3000 personnes dans les rues d’Asuncion. Les événements ont fait au moins trente blessés.

Depuis la chute de la dictature, qui a laissé au pouvoir pendant 35 ans le général Alfredo Stroessner et de profonds stigmates au sein de la population qui craint toute forme de despotisme, la nouvelle Constitution interdit la réélection immédiate ou en alternance d’un homme politique ayant déjà exercé un mandat présidentiel de cinq ans. L’amendement promu par le parti au pouvoir du président Cartes et de l’ancien président Lugo, tente de mettre fin à cette loi du mandat présidentiel unique.

La proposition désormais approuvée de façon polémique par le Sénat a été envoyée à la Chambre des députés où le gouvernement possède une large majorité. Si l’accord est donné, un référendum national sur la question de l’amendement controversé devrait être envisagé dans un délai de 3 mois.

Samedi soir, le président conservateur Horacio Cartes a lancé un appel au calme et n’a pas hésité à tacler les manifestants de « barbares ». Sur son compte Twitter, il a affirmé que « la démocratie ne se conquiert pas et ne se défend pas avec la violence ».

Le chef de l’État Cartes, au pouvoir depuis 2013, a attribué les affrontements à « un groupe de Paraguayens, appartenant à la sphère politique et aux médias, et dont l’objectif est de détruire la démocratie et déstabiliser la politique et l’économie ».

(Vidéo du 01/04/2017)