Alors que 96,94 % des bulletins de vote ont été dépouillés après le processus électoral qui s’est déroulé dimanche 2 avril en Equateur pour élire le nouveau président de la République, il semblerait que le candidat du parti au pouvoir, le socialiste, Lenín Moreno, ait remporté la victoire.

Ce sont 12,8 millions d’électeurs qui étaient appelés aux urnes pour désigner leur nouveau chef de l’État lors de ce second tour, puisqu’aucun candidat n’était parvenu à s’imposer dès le premier tour organisé le 19 février dernier conformément à la législation en place.

Le dauphin du président sortant, Rafael Correa, aurait réuni 51,12 % des suffrages devant le candidat de l’opposition, ancien banquier à droite de l’échiquier politique, Guillermo Lasso, ce dernier a récolté 48,88 % des bulletins de vote. Le candidat donné perdant, Guillermo Lasso, a d’ores et déjà fait part de ses soupçons de fraude électorale et s’oppose aux résultats. Lasso a déclaré: « Nous ne pouvons pas permettre qu’ils cherchent à violer la volonté populaire » et a averti que son équipe « travaillait à fournir dans les plus brefs délais toutes les objections, ce dans les délais fixés par la loi » ajoutant « nous agissons de la manière pacifique, mais nous sommes fermes dans nos protestations, qui sont légitimes dans une démocratie ».

Lasso a ajouté que des délégués de son parti présenteraient des objections dans toutes les provinces du pays en affirmant que les chiffres du Conseil électoral ne correspondent pas avec les actes originaux, une requête adressée au Secrétaire de l’Organisation des États américains (OEA), Luis Almagro.

Le candidat de CREO a exprimé sa méfiance au vu de la différence de huit points entre les sondages à sortie des urnes et les résultats du dépouillement, Il a également rappelé que, lors du premier tour des élections, il a fallu « quatre jours pour obtenir les résultats officiels », alors que là « en 20 minutes », la messe était dite. Les partisans du candidat de l’opposition ont exprimé leur malaise dans les rues et se sont rassemblés à proximité des bureaux de la CNE dans plusieurs villes, dont Quito, Guayaquil et Cuenca, entre autres, afin d’exprimer leur mécontentement à l’égard des résultats. La manifestation a duré jusqu’à minuit, avec quelques moments de tension, mais aucun incident grave n’est survenu.

(Vidéo du 03/04/2017)

Moreno qui a obtenu une majorité absolue à l’Assemblée nationale lors du premier tour du 19 février va néanmoins hériter d’un pays profondément divisé d’un point de vue politique, l’Équateur est frappé par la chute cours du brut engendrée par la crise du prix du pétrole, par un taux de chômage croissant et il est également en proie à des scandales de corruption.

Rafael Correa a condamné les protestations « Quel dommage! Des explosions de violence à Quito, Esmeraldas, Ibarra et Azogues. Ce qu’ils n’obtiennent pas dans les urnes, ils veulent l’obtenir par la force », a-t-il publié sur son compte du réseau social Twitter.

Le président Correa n’a pas caché sa joie de voir son parti donné vainqueur et a félicité son successeur en brandissant le poing de la victoire devant un public conquis, il a alors déclaré  » le pays reste entre de bonnes mains ».

À l’international, les présidents de gauche de Bolivie et du Venezuela, respectivement Evo Morales et Nicolás Maduro, tout comme l’ex-présidente d’Argentine, Cristina Fernández, ont félicité Lenín Moreno avant même l’officialisation de sa victoire, une réussite électorale qui intervient alors que le socialisme latino-américain était quelque peu en perdition au cours des derniers mois après que le mouvement ait subi de sérieux revers l’année dernière au Brésil, en Argentine et au Pérou.

Le nouveau président, qui sera investi à partir du 24 mai pour une période de quatre ans, aura la lourde tâche de créer des emplois, de faire face à une dette lourde et de soutenir les multiples plans sociaux accumulés au cours d’une décennie de gouvernement socialiste.

Moreno, qui revendique clairement sa victoire, a déclaré la presse équatorienne qu’il sera le président de tous les Équatoriens « et vous allez m’aider », a-t-il dit en ajoutant « quand mon mandat expirera, on pourra dire, on a mis fin à la malnutrition infantile, à la crise du logement, l’extrême pauvreté a été éradiquée ainsi que la corruption ».

Singularité du prochain président équatorien, Lenín Moreno se déplace en fauteuil roulant, paraplégique, suite à une agression par balle en 1998, il va devenir le premier Équatorien handicapé à assumer la présidence. Marié et père de trois filles, originaire de la province amazonienne de Orellana (Est), il a été nominé pour le Prix Nobel de la Paix en 2012 et en 2013 et nommé secrétaire général adjoint de l’ONU sur la question du handicap.

La victoire binomiale de Lenín Moreno-Jorge Glas, pour Alianza PAIS, représente la continuité de la révolution citoyenne, le processus de révolution citoyenne revendiqué depuis 2007 par Correa.

Comme points forts de son plan gouvernemental, Moreno propose de renforcer l’enseignement supérieur en proposant de plus grandes opportunités pour les citoyens qui cherchent à entrer dans le système éducatif.

Le CNE n’a pas déclaré jusqu’à présent aucun vainqueur officiel du second tour, il faudra donc suivre l’évolution au cours des prochaines heures, en particulier concernant le recours du candidat vaincu auprès de l’OEA (Organisation des États américains).

(Vidéo du 03/04/2017)