Après Tauramena (département de Casanare) contre l’exploitation pétrolière ou Monterrey (Casanare) pour sauver le fleuve Tua, à Cajamarca, le verdict fut sans appel ce 26 mars 2017 puisque les citoyens ont exprimé leur choix de rejeter le projet d’exploitation minière de l’entreprise sud-africaine AngloGold Ashanti.

Après huit années de combat juridique, de menaces, d’obstacles, de débat contradictoire, ce ne sont pas moins de 6.165 personnes qui votèrent contre le projet dans cette localité d’à peine 22.000 habitants, considérée comme le grenier agricole de la Colombie.
Avec environ 97% des votes exprimés, le « non » l’emporta haut la main et est en passe de marquer l’histoire environnementale et démocratique du pays en freinant La Colosa, l’un des plus grands projets d’exploitation d’or avec des réserves estimées à environ 28 millions d’onces du précieux métal. Selon Robinson Mejia, leader de la campagne en faveur du « non », « cette décision ne va pas seulement transformer le futur de la commune, mais aussi le futur des politiques publiques de tout le pays ».

« Nous voulons de l’eau, nous voulons du maïs, AngloGold hors du pays ! » fut la consigne de centaines d’étudiants, de paysans et de travailleurs de Tolima (l’un des 32 départements de Colombie situé au centre-ouest du pays, dans la région andine) en faveur de la défense de l’eau, de la terre, des forêts, des oiseaux et du paramo colombien. Ce sont bien la culture et l’histoire ancestrale de la communauté et le respect de l’environnement qui remportèrent ce combat…

Face à eux, le gouvernement, l’entreprise AngloGold et l’Association Colombienne de l’Exploitation Minière insistaient sur les rapports établissant la durabilité du projet et la création de milliers d’emplois, parmi lesquels quelques 1.100 emplois directs et 5.000 emplois indirects. Ce rejet populaire et l’incertitude juridique pour les projets à venir seront donc la cause, selon eux, de la perte d’investissements étrangers dont a tant besoin le pays pour développer des projets sociaux dans la région.

De l’autre côté, en s’appuyant sur des expertises d’ONG et de comités environnementaux, les détracteurs du projet avertirent sur les conséquences néfastes sur les sols, les fleuves et l’air puisque l’industrie minière utilisent des explosifs ainsi que des éléments toxiques comme l’arsenic, le mercure, le plomb, le soufre et un long etcétéra dans les différentes phases d’extraction, de traitement et de lavage de l’or. Julio Fierro, géologue et chercheur du Groupe Terrae, dit à ce propos : « Cajamarca ne mérite pas de devenir la grande décharge de résidus toxiques, résultat de l’exploitation minière de métaux ». Sans parler des problèmes d’érosion, d’altérations de la topographie, de glissements de terrain.

L’avenir est cependant incertain puisque bien que l’Article 297 de la Constitution octroie aux communautés le droit de prendre une décision sur les questions qui portent atteintes à leurs droits collectifs et que, dans ce cas, le résultat a été sans appel et a obtenu le taux de participation suffisant, l’entreprise sud-africaine a finis par annoncer que le résultat de la consultation populaire n’aurait aucune incidence sur son projet d’exploitation et le Gouvernement, par le vice-ministre des Mines, Carlos Cante, a insisté sur le « manque de clarté » juridique.

Pour Helena Duran, chercheuse au centre d’études juridiques et sociales DeJusticia, il n’y a aucun doute : le respect de la voix du peuple peut se transformer en symbole du respect de la démocratie.
Tel David contre Goliath, c’est l’eau qui a prévalu sur l’or ! Le fleuve Coello pourra donc continuer à fournir en eau 27 communes de Tolima par ses 161 fleuves et environ 6% de la population du département, soit environ 800.000 personnes. Comme si le pouvoir de la vie l’emportait sur la soif de l’or… Mais pour combien de temps ?

Hasard du calendrier, la même semaine, le Salvador a fait un grand pas puisque l’Assemblée a interdit l’exploitation de mines de métaux dans tout le pays. Un petit pas législatif… un grand pas pour l’Humanité.