Le secrétaire général de l’Organisation des États américains, Luis Almagro, a condamné dans un message publié il y a quelques jours « l’escalade autoritaire », voie dans laquelle « s’obstine » le gouvernement du Venezuela, des propos tenus après la répression d’une manifestation qui a eu lieu à l’appel d’une opposition plus muselée que jamais après la décision de rendre inéligible pour 15 ans le gouverneur de Miranda, Henrique Capriles, principal opposant au parti au pouvoir.

« Utiliser la répression, l’intimidation et la terreur comme instrument d’imposition du pouvoir est le symptôme le plus évident d’une faiblesse du régime », a ajouté Almagro, qui a aussi affirmé « admirer le courage du peuple dans la rue qui a décidé de faire entendre leur voix ».

Les autorités vénézuéliennes ont eu recours à des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc pour disperser les opposants de Maduro samedi, des milliers de personnes ont envahi les rues de Caracas pour manifester leur mécontentement dans un contexte de profonde crise sociale, économique et politique.

Le secrétaire de l’OEA a souligné que « l’autorité légitime démocratique a été perdue », le gouvernement a décidé d’opter pour « l’autoritarisme et la répression pour conserver un pouvoir qui ne lui appartient pas, qui appartient aux Vénézuéliens » précisant « l’autorité doit revenir aux Vénézuéliens ».

L’Organisation des Nations Unies (ONU), par la voix du Haut-Commissariat aux droits de l’homme a demandé, mardi, au gouvernement du Venezuela de respecter le droit des citoyens à manifester et à exprimer librement leurs opinions et a appelé « tous les parties » à renoncer à la violence.

« Nous sommes préoccupés par les rapports (d’actes de) violence lors de manifestations. Nous demandons au gouvernement du Venezuela à veiller à ce que soient respectés le droit à manifester pacifiquement, ainsi que la liberté d’opinion », a affirmé le haut commissaire, Elizabeth Throssell.

L’Union européenne a lancé une mise en garde similaire concernant les dérives du pouvoir chaviste et a exhorté les autorités à cesser d’utiliser la violence contre les adversaires de Maduro.

« La violence et l’utilisation de la force ne résoudront pas la crise actuelle », a déclaré dans un communiqué le chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini.

« La décision d’empêcher le chef de l’opposition Henrique Capriles à se présenter aux présidentielles pour les 15 prochaines années  ne contribue pas à réduire les troubles et les tensions dans le pays », affirme par ailleurs le diplomate.

(vidéo du 11/04/2017)

Nicolas Maduro brime de plus en plus l’opposition pour se maintenir à la tête du pays sud-américain alors que sa cote de popularité est très largement entamée par une crise sans précédent marquée par une inflation galopante, des pénuries de médicaments et de nourriture, et un accès aux soins médicaux totalement limité en raison d’un manque de moyens dramatique.

Une large partie de la population, excédée par les privations dans un pays fragilisé économiquement par la chute du prix du pétrole, a manifesté pour dénoncer une tentative de « coup d’État » opérée par l’exécutif, lorsque la Cour suprême, acquise au pouvoir en place s’est arrogé les pouvoirs du Parlement aux mains de l’opposition, avant de revenir en arrière devant le tollé suscité par cette tentative anti-constitutionnelle.

Nicolas Maduro, dont l’impopularité est flagrante, se refuse à répondre aux exigences de l’opposition, à savoir l’organisation d’élections anticipées et s’acharne à rester au pouvoir jusqu’au prochain scrutin, prévu en décembre 2018.

A l’exception de l’Assemblée, le mouvement chaviste domine toutes les institutions au Venezuela. Et depuis janvier 2016, la Cour suprême est parvenue à faire annuler toutes les décisions parlementaires.

Les protestations de l’opposition vénézuélienne perdurent depuis une semaine avec un solde d’au moins un mort, des dizaines de blessés et de nombreuses arrestations.

Une personne, dont l’identité a été confirmée aujourd’hui, Daniel Alejandro Queliz Araca, a été tuée selon le ministère public vénézuélien lors d’une manifestation d’opposition dans la ville de Valencia, dans l’état central de Carabobo. Les manifestations de la semaine dernière auraient fait plus de 200 blessés selon l’opposition, et l’ONG Penal Venezolano Foro évoque 297 arrestations.

Ces manifestations ont également conduit à plusieurs affrontements avec les forces de l’ordre, des groupes masqués se sont ainsi livrés à des actes de vandalisme.

De son côté, Nicolas Maduro, a assisté lundi, à La Havane, à une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique (ALBA), bloc de gauche dirigé par Cuba, ce dernier a reçu le soutien des pays membres et, comme à son habitude, il a dénoncé un plan diligenté par l’opposition pour le renverser avec l’appui de l’Organisation des États américains (OEA) et des États-Unis.

La situation au Venezuela est critique depuis de nombreux mois maintenant, le Fonds monétaire international (FMI) a estimé que l’inflation dans le pays des Caraïbes devrait atteindre 724 %. Les habitants sont confrontés à une pénurie d’environ 74 % dans le secteur de l’alimentation et de 76 % en ce qui concerne les médicaments.

La pauvreté selon l’ ENCOVI 2016 a touché 30,2% de la population et l’extrême pauvreté 51,5 %, ce sont 93,3 % des sondés pour cette enquête intitulée ‘Condiciones de Vida’ ont indiqué que leur revenu est insuffisant pour acheter de la nourriture.