Au Pérou, territoire d’Amérique du sud,  il y a 212 conflits sociaux qui sont actuellement répertoriés, dont 155 sont actifs et 57 autres considérés comme « endormis », tous sont liés à des problèmes socio-environnementaux. Les conflits sociaux les plus importants se situent à Áncash et dans la zone de l’Apurimac (suivi de Cajamarca), les cas sociaux et environnementaux sont les plus nombreux (66,9%). Parmi ceux-ci, l’activité minière (exploitation du cuivre, de l’argent, du zinc, de l’étain…) engendre les tensions les plus grandes.

La Defensoría del Pueblo met en garde les autorités compétentes afin qu’elles agissent dans les plus brefs délais dans la prise en charge de cinq nouveaux cas avant que la situation ne s’envenime (la communauté Llamac dans la région de Ancash; la communauté native de Meantari et celle de Naranjal, tous deux situés dans la région Junin; la communauté rurale de San Martin de Sechura dans la région de Piura; et la ville de Juliaca dans la région de Puno; tous qualifiés de conflits de type socio-environnemental), mais aussi dans les cas de Las Bambas (l’état d’urgence a été déclaré dans la région), et Coporaque-Hudbay ( avec également une situation d’urgence).

A la fin de l’année 2016, 78 conflits environnementaux actifs impliquant le secteur minier étaient encore enregistrés, la société minière Antamina réunissait le plus grand nombre de conflits, avec sept districts impactés, la plupart d’entre eux concernent la région d’Ancash.

« L’investissement minier s’est accompagné ou pas de conflits depuis 2003. Au cours de l’administration  d’Humala, le Pérou a reçu plus deux fois plus d’investissement minier que lors de la gestion de García, ce qui signifie que le temps et les logiques d’investissements miniers sont bien plus puissants que ces conflits qui se sont produits dans le pays et sur la planète. Nous sommes confrontés à un phénomène mondial », explique Eduardo Ballón, chercheur au DESCO (Centro de Estudios y Promoción del Desarrollo).

Pour Carlos Gálvez, président de la Société nationale des mines, du pétrole et de l’énergie (SNMPE), l’un des facteurs qui expliquent l’apparition de conflits est l’absence d’État, principalement dans son rôle redistributif des bénéfices engendrés par l’exploitation minière. « Cela se traduit par l’appauvrissement de la population, des agitateurs utilisent donc cela », affirme Galvez.

Si l’on prend l’exemple du conflit minier de Las Bambas, il a été à l’origine l’automne dernier, d’une violente confrontation entre les habitants de la région et la police, des affrontements qui ont coûté la vie à une personne dans la communauté rurale de Choquecca appartenant à la ville de Tambobamba. En février dernier, l’exécutif et les autorités de la province de Cotabambas ont convenu de mettre en œuvre des projets et des activités prévues par le plan de développement Cotabambas, une proposition élaborée par les deux parties et qui a pour objectif de mettre fin au conflit social sur la mine Las Bambas. Bien que le document fasse mention de 291 projets prioritaires en matière de santé, d’éducation et d’agriculture, aucune mention n’a été faite en ce qui concerne l’impact environnemental de la mine, raison pour laquelle une partie de la population de Cotabambas continue d’exprimer son inquiétude.

Par ailleurs, la principale voie d’accès à la mine MMG Las Bambas a été rouverte en ce mois d’avril après avoir été bloquée par des villageois de la région depuis octobre 2016, une annonce faite par le ministère des Transports et des Communications (MTC), après qu’il ait signé une série d’accords avec les dirigeants des sociétés minières et des représentants des communautés Quehuira, Pumamarca, Allahua et Choquecca-Antuyo situées dans la province de Cotabambas, Apurimac.

Cette route était bloquée, après que Quintino Cereceda, un habitant du village de Choquecca, ait été tué d’une balle dans la tête lors de ce virulent affrontement avec la police. Les habitants s’opposaient à ce que cette route principale passant par la communauté de Quehuira, soit déclarée « publique » par le décret suprême 011-2016-MTC; alors qu’ils n’avaient pas été consultés sur ce point.

Le PIB du Pérou a progressé de 3,9 % au cours de 2016, mais ce chiffre masque des différences énormes de croissance entre les régions où l’activité minière joue un rôle majeur, l’activité minière à Arequipa et Apurimac explique en effet en grande partie la croissance du pays au cours de l’année 2016. L’économie des deux régions a enregistré une hausse de 46% et représente pas moins de 2,8 points de pourcentage de la croissance nationale totale (3,9 % en 2016). Sans l’apport des régions Apurimac et Arequipa, la croissance du Pérou aurait été amputée d’environ 1,1 %, soit le taux le plus bas au cours des sept dernières années. Paradoxalement, le rapport technique sur l’évolution de la pauvreté monétaire entre 2009-2015, publié par l’Institut national de la statistique et de l’informatique (INEI) montre que la région de Cajamarca, où l’exploitation minière est importante, possède toujours des taux élevés de pauvreté et d’extrême pauvreté.

La région a reçu plus de 418 millions de soles (111,2 millions d’euros) de royalties provenant de l’exploitation minière entre 1996-2011, selon un rapport de 2014, dont les co-auteurs sont la Columbia University Law School Human Rights Clinic et des organisations locales à but non lucratif local. Le rapport mentionnait que plus de la moitié des habitants de Cajamarca vivaient encore dans la pauvreté.

« L’exploitation minière ne sort pas la région de la pauvreté, au lieu de cela, elle engendre des conflits sociaux et environnementaux dans nos collectivités », indique le rapport.

Depuis des siècles, les hauts plateaux des Andes péruviennes suscitent les convoitises en raison de ses richesses naturelles, les conquistadores espagnols ont exploité l’or, l’argent, mais aussi la main-d’oeuvre indigène au bénéfice de la Couronne d’Espagne, et encore aujourd’hui de grandes sociétés minières se disputent la part du gâteau en exploitant les ressources abondantes dissimulées dans les entrailles de la Terre.

Au cours des 20 dernières années, Yanacocha, la deuxième plus grande mine d’or du monde, a opéré sur les hauteurs vertigineuses de la montagne en laissant sur son passage de terribles cicatrices.

Les intervenants comme la Newmont Mining Corporation, basée aux États-Unis, et la société péruvienne Minas Buenaventura, affirment avoir stimulé l’économie de l’une des provinces les plus pauvres du Pérou, mais de nombreux locaux ne partagent pas cet avis.

Le débat, souvent houleux, entre impacts environnementaux et bénéfices sociaux-économiques sous fond de pollution et d’accès à l’eau, dont l’industrie d’extractiviste est friande, alimente toujours et encore le quotidien de ces régions minières avec parfois des situations tendues à l’extrême.

Les communautés paysannes les plus démunies et souvent les plus impactées par ces politiques « extractivistes » utilisées comme moteur de l’économie nationale se demandent si, leurs ressources naturelles ainsi saignées à blanc, leur apportent le moindre bénéfice; eux, ces natifs qui ont grandi dans le culte de la Terre-nourricière, la Pachamama, et qui considèrent l’eau non contaminée capable d’irriguer leurs champs comme un bien plus précieux que les réserves de métaux…