L’arme fécale, voilà le dernier instrument de rébellion de ceux qui se révoltent dans la rue contre la politique de Nicolas Maduro, de jeunes manifestants se sont armés de pompes à excréments, appelées « puputov » pour riposter aux forces de sécurité une nouvelle fois déployées mercredi pour contenir le flot de protestataires en marche à Caracas contre le président socialiste Nicolás Maduro. Des manifestations durement réprimées qui ont fait 38 morts en 40 jours, parmi lesquels de nombreux jeunes.

Des groupe de jeunes ont ainsi lancé des bombes à excréments qu’ils avaient mises dans des sacs à dos alors que 3000 manifestants s’apprêtaient à quitter la Plaza Altamira à Caracas, bastion de l’opposition, pour se rendre vers le siège du Tribunal suprême de justice (TSJ) dans le centre de la capitale.

« Couvrez-vous le visage », a crié un au groupe, également équipé de pierres et de cocktails Molotov, prêts à en découdre avec les forces de sécurité. Certains jeunes ont expliqué qu’ils ont décidé d’utiliser cette nouvelle tactique pour répondre à la « répression » croissante de la police et de l’armée, qui ont dispersé les groupes de manifestants qui se forment depuis le 1er avril à coup de gaz lacrymogènes protégées dans des camions blindés.

Les cocktails « puputov » (« puputov », dérive de la combinaison de « caca », et du suffixe tov, en référence aux cocktails Molotov) avaient déjà été utilisés le week-end dernier lors d’une manifestation à Los Teques, à la périphérie de Caracas, après quoi ce recours est devenu viral sur les réseaux sociaux.

L’idée de jeter des excréments, à la fois d’animaux et humains, a été critiquée par certains opposants qui considèrent que cela représente un risque sanitaire dans un pays où même un simple savon est devenu une denrée rare.

(Vidéo du 10/05/2017)

« Ils veulent rester au pouvoir et continuer à voler, c’est pourquoi il faut descendre dans la rue. Les gens meurent de faim. Je ne suis pas un bourgeois, je vis dans un quartier (humble) de Caracas », a déclaré un physiothérapeute de 38 ans à la presse paré d’un drapeau vénézuélien attaché autour de son cou.

Les opposants se mobilisent pour exiger des élections générales anticipées et rejettent également l’appel à une assemblée « populaire » constituante voulue par Maduro. L’opposition a affirmé refuser de participer à l’Assemblée constituante parce que la moitié des membres de l’assemblée devrait être choisie parmi les zones contrôlées par le chavisme (du nom du président défunt Hugo Chavez, 1999-2013), Maduro évoque lui une assemblée « populaire » et non « élitiste ».

« C’est une fraude pour ne pas organiser des élections, afin que rien ne change, et que le Venezuela continue à s’enfoncer avec Maduro, qui termine son mandat en janvier 2019 vissé au pouvoir », a déclaré Henrique Capriles, principal chef de file de l’opposition.

Dans ce contexte, l’Assemblée nationale, contrôlée par la MUD, a déclaré inconstitutionnelle et non avenue l’appel à Maduro à une Assemblée nationale constituante. À son tour, le Parlement a rejeté la mise en œuvre du soi-disant plan Zamora du gouvernement, qui est décrit comme répressif, ainsi que la mise en place de tribunaux militaires pour juger des civils impliqués dans les manifestations en évoquant « une usurpation des fonctions des tribunaux civils violant les droits de l’homme ».

(Vidéo du 11/05/2017)

Les manifestations ont éclaté après des mois d’un profond mécontentement populaire engendrée par la crise économique qui frappe le pays riche en pétrole (dont le cours du brut à chuter dans un pays contraint aux importations) avec une grave pénurie de nourriture et de médicaments et une l’inflation considérée comme la plus élevée du monde, le FMI l’estimant à 720 % cette année.

Les protestations ont commencé le 1er avril après que la Cour suprême (TSJ) ait tenté d’annihiler les pouvoirs du Parlement aux mains des adversaires de Maduro.

Le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Luis Almagro, a alors qualifié cette décision de pratique digne d’une « dictature », devant les critiques multiples de l’Organisation des États Américains s’inquiétant des dérives et des violences, le gouvernement a initié le retrait du Venezuela de l’OEA, Nicolas Maduro dénonçant de son côté la promotion d’un coup d’État et l’interventionnisme des États-Unis, un complot extérieur visant à s’approprier la richesse du pays qui possède l’une des plus grandes réserves de pétrole dans le monde.

Henrique Capriles, chef de l’opposition au Venezuela et ancien candidat à la présidentielle, a également dénoncé sur son compte Twitter l’arrestation de 85 officiers des Forces armées nationales bolivariennes (FANB) qui ont exprimé leur mécontentement envers le régime de Maduro.

« Ils devront arrêter tout le pays « , a déclaré le gouverneur de l’État de Miranda sur le réseau social en faisait référence à un malaise généralisée au sein de la société vénézuélienne.

(Vidéo du 10/05/2017)