Le Rapporteur spécial de l’ONU sur l’exploitation sexuelle des enfants, Maud de Boer-Buquicchio, a recommandé au Congrès de la République dominicaine d’instaurer « l’interdiction absolue du mariage infantile, sans exception », l’objectif étant d’éradiquer cette pratique dans le pays des Caraïbes et concernant souvent les jeunes filles.

Lors d’une conférence de presse à la fin de sa visite de huit jours en République dominicaine, Boer-Buquicchio a indiqué que le pays a une occasion unique de lutter contre cette pratique dans le cadre de la réforme du Code civil. Le Rapporteur spécial de l’ONU a souligné que, selon certaines études, la République dominicaine enregistre le taux le plus élevé de mariages d’enfants en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Cette réforme du Code civil doit être accompagnée par des campagnes de sensibilisation destinées aux familles, aux communautés, aux institutions religieuses et aux autorités locales selon la responsable.

En République dominicaine, selon la loi, un garçon avant l’âge de 16 ans et les jeunes filles avant 15 ans ne peuvent pas se marier, mais le juge peut, pour des raisons justifiées, accorder la dispense de l’âge, ce qui dans le fait est souvent monnaie courante.

Un groupe de 32 organisations dominicaines et étrangères, des ONG de défense de droits des enfants ont demandé le 26 avril dernier au Congrès de porter à 18 ans, sans exception, l’âge minimum pour le mariage et les unions de fait afin de mettre fin à une pratique quotidienne sur le territoire.

Selon le rapporteur de l’ONU, le mariage des enfants constitue une violation des droits des filles qui inclut leur droit à l’éducation, à la santé et à leur développement, une pratique qui induit, par ailleurs, souvent des grossesses précoces. Lors de sa visite, le Rapporteur spécial a rencontré plusieurs autorités dominicaines à Saint-Domingue, Dajabón, Puerto Plata, Sosua et Boca Chica Santiago.

Boer-Buquicchio présentera un rapport complet sur sa visite au Conseil des droits de l’homme d’ici mars 2018.

Un autre point alarmant concernant la protection des mineurs dans le pays a été pointé du doigt, il s’agit des abus sexuels dont sont victimes les enfants et adolescents, le rapport a souligné l’importance de faciliter la libération de la parole des jeunes victimes en mettant à disposition des numéros verts d’aide pour offrir une écoute, des lignes téléphoniques facilement accessibles pour les enfants.

En ce qui concerne l’exploitation sexuelle dans le cadre du tourisme, le Rapporteur spécial a également noté qu’elle ne dispose pas de données officielles sur l’ampleur de ce fléau, mais de nombreuses plages du pays abritent ce trafic sordide, dans un pays où le tourisme constitue l’un des principaux secteurs de son économie.

Boer-Buquicchio a noté que de nombreux tour-opérateurs ont signé le Code de conduite pour la protection des enfants contre l’exploitation sexuelle, une initiative dirigée par l’industrie touristique qui vise à accroître la protection des enfants grâce à la formation du personnel pour détecter et signaler les cas, entre autres mesures.

Mais selon le Rapporteur spécial de l’ONU, les efforts de prévention ne seront efficaces que s’ils s’inscrivent dans une stratégie globale menée par le gouvernement, par le ministère du Tourisme.

Le Rapporteur spécial des Nations Unies a recommandé de mettre les moyens suffisants pour faire en sorte que la police nationale soit pleinement impliquée dans les enquêtes liés aux mauvais traitements contre mineurs et à l’exploitation sexuelle.

Maud de Boer-Buquicchio a déclaré que les touristes voyageant dans le pays afin d’abuser d’enfants doivent savoir qu’ils seront sévèrement punis pour leurs crimes.

La diplomate a noté que l’objectif fixé par la République dominicaine d’accueillir près de 10 millions de touristes en 2022 doit s’accompagner d’une politique efficace pour assurer la protection des droits des enfants.

« Souvent, on blâme les familles ou les enfants qui sont exploités, alors que les auteurs – principalement des hommes de pays occidentaux – circulent en toute impunité », a déclaré l’experte.

Une étude de l’organisation Tú Mujer et du Fonds des Nations Unies pour la population, publiée en 2013, a révélé que la République dominicaine occupait la quatrième place en tant que pays abritant des femmes prostituées, dont de nombreuses adolescentes.

Les lois dominicaines n’interdisent pas un adulte de se prostituer, mais punit l’exploitation sexuelle quel que soit l’âge de la victime. Selon les données les plus récentes de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, 10 à 12 pour cent des victimes étrangères de la traite en Amérique du nord et du sud viennent de ces sous-régions, en particulier de la République dominicaine, de Cuba et d’Haïti.