L’Argentine confirme la pire inflation de ces 25 dernières années lors de la première année de mandat de Mauricio Macri, qui a succédé à Cristina Fernández de Kirchner, le 10 décembre 2015. Malgré les prédictions positives de l’Exécutif qui a fait annoncer au précédent ministre de l’économie, Alfonso Prat-Gay, que l’inflation « n’est plus un sujet », la défaite du gouvernement lors de cette première année de mandat a été évidente en la matière.

L’Argentine a confirmé officiellement qu’en 2016, l’inflation a été de 41% à Buenos Aires. Cette ville représente une tendance généralisée dans tout le pays, bien que M. Macri ait promis une inflation à 25% maximum à son arrivée au pouvoir. La bataille de la communication entre l’opposition et l’Exécutif s’est alors mis en place : faut-il remonter à 13 ans ou à 25 ans pour voir une inflation aussi importante ? Ce qui est certain c’est qu’actuellement, seul le Venezuela, avec une économie complètement décontrôlée, dépasse le pays austral dans cette lutte des chiffres qu’aucun pays ne voudrait remporter.

C’est également une guerre des prix qui se joue. Une guerre contre la population, d’autant plus inquiétante que l’on sait que l’Argentine était l’un des pays les plus chers d’Amérique Latine avant ces hausses des prix. En effet, selon les chiffres officiels, les produits alimentaires à Buenos Aires ont augmenté de 33% en un an, ce qui a entraîné une chute de la consommation dans les supermarchés d’environ 5%. C’est alors que, pour attirer les clients, ont commencé à apparaître des remises : selon le jour de la semaine, selon le type de carte de paiement, selon les produits… Un système chaotique qui ne cache pas l’augmentation généralisée : plus 76% sur les boissons alcoolisées et le tabac, par exemple.

Mais c’est dans le domaine du logement, de l’eau, de l’électricité et autres combustibles que le bât blesse davantage. Plus 8% sur le prix de l’essence, plus 120% sur celui des péages, plus 300% sur les factures d’eau, plus 400% sur le gaz par exemple lorsque le gouvernement a décidé de réduire les aides mises en place par les Kirchner. Pour ce qui est de santé et l’éducation l’inflation a atteint également 40%.
Les syndicats se sont donc préparés et ont fait entendre leur voix lors de la rentrée australe du mois de mars. Les organisations de travailleurs les plus fortes (les routiers, les travailleurs portuaires, les ouvriers de la métallurgie, les enseignants) ont exigé une hausse des salaires de 30% pour faire face à l’inflation ainsi qu’à l’augmentation de la pauvreté qui touche 35% des Argentins.

Mais tous les Argentins n’ont pas la chance de pouvoir faire entendre leur voix puisque 35% de la population travaille dans l’économie informelle. L’inflation bouillonnante les touche donc de plein fouet et ne fait qu’aggraver le malaise social.
Malgré tout, le gouvernement semble être confiant dans le fait que l’escalade des prix se ralentisse mais 2017 début avec des augmentations généralisées. Les analystes se mettent d’accord pour dire que l’Argentine retrouvera la croissance en 2017 après plusieurs années de stagnation et une année de récession. Ils s’appuient, tout comme le gouvernement, sur le fait que les prix augmentèrent de seulement 1.2% au mois de décembre 2016, chiffre en deçà de l’augmentation annuelle.

Le gouvernement a, d’autre part, mis en place une politique réformiste « ambitieuse », dont fit l’éloge M. Rajoy, président du gouvernement espagnol, lors de la visite de M. Macri en février, qui portera rapidement ses fruits. Et M. Rajoy d’ajouter : « Il faut persévérer dans cette voie, même si elle est difficile, car sur le long terme les gens en tireront profit ». L’autre versant de l’action gouvernementale consiste à relancer une industrie nationale en crise touchée par l’inflation importante, un dollar faible et des taux d’intérêt à la hausse, en préparant une loi « achetez argentin » couplée d’une politique d’investissements de 200 milliards de dollar sur 8 ans dans les secteurs des infrastructures, l’énergie, l’agro-industrie, les services et la technologie.

Entre protectionnisme et ouverture au monde après des années de repli sur soi lors des gouvernements Kirchner, le macrisme est confronté à la lourde tâche d’améliorer les résultats économiques du pays pour que la grogne sociale n’éclate pas et ne réédite le traumatisme d’un « corralito » que tous les Argentins gardent encore en mémoire.

(Vidéo du 06/04/2017)