Le Congrès du Honduras a approuvé hier lors d’un débat parlementaire qui s’est prolongé tard dans la nuit un décret visant à modifier le Code de la famille afin d’interdire le mariage des enfants et adolescentes dans ce pays d’Amérique centrale.

Le Parlement du Honduras a abrogé l’alinéa 3 de l’article 16 du Code de la famille, qui autorisait les unions de mineures, une législation qui rendait possible l’union d’une jeune fille de 16 ans avec l’autorisation de ses parents, aujourd’hui les moins de 18 ans ne peuvent tout simplement plus se marier.

L’initiative a été promue par la députée Mena Fátima du Parti anti-corruption (PAC), et la Commission sur les enfants, les adolescents, la famille et personnes âgées du Honduras, il faut savoir que dans ce pays une adolescente sur quatre entre 14 et 19 ans est déjà tombée enceinte une fois, alors que 7 jeunes filles sur 10 sont victimes de violence familiale, selon un rapport du Fonds des Nations Unies (FNUAP). Le taux de féminicide au Honduras est de 14,6 par 100 000 habitants, selon l’Université nationale autonome du Honduras (UNAH). La plupart des victimes sont des enfants, des adolescentes et des jeunes filles.

Belinda Portillo, directrice de l’ONG Plan Internacional Honduras, a remercié l’Assemblée législative pour cette mesure visant à protéger les adolescentes et fillettes. : « Je vous remercie messieurs les députés, aujourd’hui l’histoire s’écrit, aujourd’hui une graine a été plantée pour un Honduras nouveau, un Honduras capable, un Honduras qui se remet en question, un Honduras dont nos ancêtres ont rêvé, un Honduras différent, aujourd’hui vous avez légiféré par ceux qui ne votent, pour ceux qui n’ont pas de parti politique, pour les sans-voix, pour les filles du Honduras et pour cela je vous dis merci ».

 « La lutte contre le mariage des enfants est un moyen stratégique de promouvoir les droits et l’indépendance des femmes dans divers domaines tels que la santé, l’éducation, le travail, et de se libérer de la violence »,  a ajouté Belinda Portillo. Elle a ajouté que la mise en application sera plus difficile parmi les communautés autochtones et dans les zones rurales pauvres du Honduras, où le mariage des enfants est plus courant.

Souvent motivé par des conditions de vie précaires et par une transmission culturelle, le mariage des enfants implique généralement qu’une très jeune fille se marie avec un homme plus âgé la privant d’éducation et de l’opportunité de s’élever dans la société.

Chaque année, plus de 15 millions de filles dans le monde sont mariées avant l’âge de 18 ans selon différentes ONG, les experts disent que les adolescentes mariées sont plus susceptibles d’être victimes d’abus sexuels et domestiques, par ailleurs les complications liées à des grossesses précoces sont connues et l’accouchement constitue l’une des principales causes de décès chez les filles âgées de 15 à 19 ans dans le monde entier.

Le Honduras possédait à ce jour le deuxième taux le plus élevé de mariages concernant des mineures en Amérique (il concerne 34 % des filles de moins de 18 ans), le Nicaragua (autre pays d’Amérique centrale) occupe la première place avec 41 %.

Une enquête nationale de 2012 effectuée par l’Institut national de statistiques du Honduras faisait mention de 22 % d’unions parmi des jeunes filles de moins de 18 ans avec des hommes adultes; avec cette modification de la loi approuvée hier, plus aucune jeune fille de moins de 18 ans ne pourra se marier même si elle porte un enfant ou bénéficie encore de l’aval parental.