Conséquences de la déforestation en Colombie, l’Institut d’Humboldt a rapporté que près de 2 700 espèces de plantes et d’animaux sont en voie de disparition dans le pays sud-américain, une estimation que les scientifiques estiment même en dessous de la réalité faute d’informations suffisantes. Les régions les plus en proie au déboisement sont l’Amazonie occidentale (Caqueta, Guaviare et Meta), Catatumbo (Norte de Santander), la région de Paramillo (Córdoba) et les zones du Choco qui abritent une grande diversité de flore et de faune.

La Colombie, qui occupe la huitième plus grande couverture forestière du monde, s’est pourtant engagée dans le cadre des accords climatiques de Paris à atteindre une déforestation nette nulle d’ici 2020 et d’arrêter la perte de toutes les forêts naturelles d’ici 2030.
Dans ces zones fortement impactées, ce sont au moins 2697 espèces, dont 503 espèces d’animaux, qui sont menacées, dont certaines sont endémiques à ce pays.
En Amazonie occidentale (Caqueta, Guaviare et à l’ouest de Meta), l’Institut s’intéresse particulièrement aux espèces d’amphibiens qui s’avèrent vulnérables, y compris les grenouilles arboricoles (Boana nympha) ou les amphibiens de la famille Ameerega hahneli.
Selon l’Institut d’hydrologie, de météorologie et d’études environnementales (IDEAM), la Colombie a sept zones de destruction forestière massive, elles sont situées dans le Chocó, Meta, Antioquia, Caqueta, Norte de Santander, Putumayo et Guaviare.

86 pour cent de ces foyers de déforestation se localisent, selon l’Institut d’Humboldt dans des zones identifiées par le gouvernement comme prioritaires dans la gestion postconflit avec les FARC. Chaque heure, 20,6 hectares de forêt naturelle sont ainsi perdus en Colombie. Au cours de ces 25 dernières années, les Colombiens ont perdu près de six millions d’hectares de couverture végétale, ce qui a récemment changé c’est l’accélération du phénomène, atteignant en 2016 20,4 hectares par heure, le rythme le plus élevé enregistré depuis ces cinq dernières années.

La fragmentation des habitats provoque l’extinction des mammifères comme le constate José Miguel Orozco, expert en matière de politique environnementale et éducative, il a déclaré que, bien que les négociations à La Havane aient augmenté la déforestation durant la période postconflit ; un phénomène qui a été déjà enregistré dans des pays qui ont vécu des processus de la paix, « les autorités environnementales n’étaient pas prêtes à faire face aux conséquences d’une démobilisation massive de la guérilla sur des zones aussi grandes qu’elle contrôlait ».
La guérilla rebelle avait imposé des limites strictes à l’exploitation forestière des civils, en partie pour se protéger contre les raids aériens menés par les avions de guerre du gouvernement, la terreur régnait et tristement la forêt abritait les méfaits des FARC.

Mais il ne faut pas se méprendre, au cours des 53 années de conflit, les FARC étaient loin d’être des protecteurs de l’environnement. Alors que dans certaines régions, la présence de la guérilla a aidé à maintenir les forêts, dans d’autres, les rebelles ont promu des activités de déboisement pour la culture de la coca, la matière première utilisée dans la production de cocaïne ou encore pour procéder à l’extraction illégale d’or, des sources de revenus pour le groupe illégal.
Les attentats à l’explosif de pipelines ont souillé les cours d’eau et les forêts. Entre 1991 et 2013, 58 % de la déforestation en Colombie a été observée dans les zones de conflit, selon un rapport de 2016 émanant du ministère de la Planification en Colombie.
« Ils n’étaient pas des écologistes, mais ils ont réglementé l’activité, et puisqu’ils avaient les armes, les gens se sont conformés », a déclaré Susana Muhamad, militante écologiste qui a mené une étude diagnostique sur les risques environnementaux liés au cessez-le-feu définitif des rebelles.

« Les trafiquants de bois ne s’y aventuraient pas par crainte de se retrouver au milieu d’un feu croisé », a expliqué Ofer Sánchez, un fermier de Cubarral, bénéficiaire du programme BanCO2 de Cormacarena, qui lui permet de recevoir une aide économique, en contrepartie il veille à la protection de la forêt. Près de 2 000 hectares de forêts sont protégés dans le département de Meta avec cette stratégie de protection environnementale.
La déforestation dans le pays est passée de 124 035 ha en 2015 à 178 597 hectares en 2016, soit une augmentation de 44 %, une hausse inquiétante parce que l’objectif national pour 2020 est d’atteindre un niveau de déforestation de 50 000 hectares, un but qu’il faut atteindre en seulement trois ans.

Parmi les animaux emblématiques qui pourraient disparaître en raison de l’avancée de la déforestation, selon José Ochoa de l’Institut Humboldt, on retrouve l’Hocco d’Albert (Crax alberti), une espèce d’oiseau de la famille des Cracidae : « Il est classé comme étant danger critique d’extinction par l’UICN, c’est un oiseau endémique. Source de nourriture pour les communautés locales, il a également une valeur culturelle parce qu’il vit historiquement depuis toujours en harmonie avec les gens, cependant, son habitat est détruit », a déclaré Ochoa Quintero.

Sur la base de ce qui est arrivé l’an dernier, l’IDEAM a établi que les principales causes de la déforestation actuelle sont le développement agricole, les cultures illégales, la construction d’infrastructures, l’élevage, les incendies de forêt et de l’exploitation minière, dans cet ordre d’importance.

Tous ces facteurs doivent être lus à la lumière du moment historique vécu dans le pays, alors que des milliers de personnes commencent à revenir sur des terres qu’elles avaient dû quitter pour fuir la violence et les pressions.