Dans le contexte tendu que l’on connaît et qui a marqué, depuis 2015, la campagne électorale présidentielle des Etats-Unis ainsi que les premiers mois du mandat de Donald Trump, la Chancellerie mexicaine a offert son aide à son voisin du nord à la suite de la tempête « Harvey » qui n’en finit pas de frapper le Texas.
Comme le rappellent les réseaux sociaux, ce ne serait pas la première fois que le Mexique aide son voisin. En 2005, quand l’ouragan Katrina a dévasté la Nouvelle Orléans en provoquant la mort d’environ 2000 personnes entre la Floride et le Texas, le président d’alors Vicente Fox a offert son aide à son homologue George W. Bush.

« Le Mexique se moque qu’on le critique, il a un cœur si grand qu’il est prêt à aider le pays qui apparemment le hait », a-t-on pu lire sur le compte Twitter de Samantha Diaz ce 28 août. Cette habitante de Houston a posté des images d’un convoi de 45 véhicules de l’armée mexicaine entrant aux Etats-Unis ainsi que des forces armées mexicaines reçues par George Bush. 29.600 retweets et 60.000 « j’aime » plus tard, Samantha a dû effacer son message à la suite d’un grand nombre de commentaires de haine reçus. Dans le même temps, Mara McEwin de New York a twitté que Trump n’avait rien donné aux Etats-Unis lors de l’ouragan Katrina « alors que le Mexique, à cette époque et maintenant, est en train d’aider les victimes. Qui est le méchant ? ».

Le Washington Post a également rappelé que « l’aide envoyée par le Mexique n’a pas du tout été surprenant, il s’est agi d’un geste extraordinaire qui a aidé à sauver de nombreuses vies ». Et le quotidien de rappeler qu’en quelques jours 200 soldats, marines et médecins ainsi que des ingénieurs et des membres d’organisations humanitaires sont venus en aide à des centaines d’étatsuniens qui avaient tout perdu dans les inondations. A la fin de l’opération qui a duré trois semaines, ces personnes avaient servi 170.000 repas, distribué plus de 184.000 tonnes de denrées et réalisé plus de 500 consultations médicales.

L’offre se répète aujourd’hui par l’intermédiaire du Secrétaire aux Affaires Etrangères du Mexique, Luis Videgaray Caso, qui a posté sur son compte Twitter que son pays avait offert son soutien au gouverneur du Texas, Greg Abbott, après que l’ouragan Harvey a atteint la catégorie 4 et a causé des dommages sans précédents à Houston.

« Nous avons offert au gouvernement des Etats-Unis toute l’aide et la collaboration que pourra offrir le gouvernement mexicain pour répondre aux impacts de ce désastre naturel, comme doivent toujours le faire les bons voisins dans des moments difficiles », a-t-il posté le 28 août. Le sous-secrétaire pour l’Amérique du nord de la chancellerie, Carlos Sada a, quant à lui, dit à BBC Mundo, qu’il s’est agi d’un processus « normal » : « On offre de l’aide à l’autorité qui est dans une situation critique ».

L’ambassadrice des Etats-Unis au Mexique, Roberta Jacobson, salua « le soutien et la solidarité du peuple mexicain face au passage destructeur de l’ouragan Harvey » mais le gouvernement souligna qu’il demandera de l’aide quand il en aura besoin. En effet, pour que l’aide prenne corps, elle doit obtenir l’autorisation du gouvernement de Trump, qui a le dernier mot à ce sujet. Et n’oublions pas que Trump est plutôt occupé à attaquer l’ALENA et à humilier son voisin du sud.

En effet, alors même que Harvey avait déjà causé 8 morts et touché environ 30.000 personnes, le président étatsunien a insisté sur son compte Twitter sur le fait que le Mexique paiera le mur qu’il veut construire à la frontière : « Le Mexique étant l’une des nations les plus criminelles au monde, nous devons avoir LE MUR. Le Mexique paiera par un remboursement/ou autre ».

Certains se demandent donc si le geste du chancelier mexicain peut avoir une influence sur la relation compliquée qui existe actuellement entre les deux pays. On croit même que le message va au-delà de l’aide humanitaire. El Semanario, quotidien mexicain, titrait ce lundi : « Le Mexique donne une leçon d’éthique à Trump après avoir reçu des menaces sur le mur ».

Malgré tout, la sénatrice Gabriela Cuevas doute de l’amélioration des relations entre les deux pays : « Avec Trump, même face à des gestes positifs, on ne se sait pas quelle réaction il va avoir. Espérons qu’il comprenne qu’il s’agit d’une aide pour soutenir les familles nord-américaines qui ont subi des dommages, et que la relation Mexique-Etats-Unis va au-delà de ses tweets ».
Le 30 août, le Secrétaire d’Etat étatsunien, Rex Tillerson, a fait l’éloge de la générosité mexicaine lors d’une rencontre avec son homologue mexicain, et a souligné que bien que son pays n’ait pas dit formellement s’il acceptera ou non l’aide, il tenait à remercier son voisin du Sud pour son offre. En tout cas, après 30 victimes mortelles, Donald Trump n’a toujours pas accepté l’aide offerte par le gouvernement mexicain. On peut se demander pourquoi… Peut-être cela a-t-il un lien avec l’entrée en vigueur en septembre de la norme SB4 qui permettrait la chasse aux migrants sans-papiers au Texas, où un fort pourcentage de la population est d’origine mexicaine.

Pendant ce temps, la Croix Rouge mexicaine a pris la route vers Houston pour participer aux travaux de sauvetage. Des secours venus du Chihuahua, des personnels de la Délégation de Ciudad Madero, ainsi que 33 volontaires arriveront à la zone de la catastrophe pour porter main forte à la Croix Rouge des Etats-Unis.
Parmi les volontaires originaires de Tamaulipas, la Basse Californie, Chihuahua, Colima, Michoacan et Mexico, le coordinateur des secours de la Croix Rouge de Tamaulipas, Hugo Velazquez, a dit à la chaîne Univisión qu’« à chaque fois qu’il y a ce genre de désastres, en parallèle à la logique gouvernementale, la Croix Rouge a ses propres initiatives » dans le cadre du principe d’universalité qui établit le devoir d’aide entre les différentes délégations de la Croix Rouge.
Sur son site web, la Croix Rouge mexicaine a publié un compte sur lequel on peut faire des donc financiers pour faciliter la réactivité et l’efficacité des secours.

Certains peuvent se demander si dans le contexte de conflit binational actuel, il convient d’apporter cette aide humanitaire. En revanche, les Mexicains démontrent qu’ils peuvent faire abstraction de Trump et de ses menaces, qu’ils ne pensent pas seulement à leur famille qui habite juste de l’autre côté de la frontière. La réconciliation et la solidarité à l’épreuve des discours de haine.

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