Désert Fleuri, Atacama
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Tapis de fleurs, explosion de couleurs, splendeur bariolée, mystère, magie, miracle même ! Les expressions ne manquent pas pour décrire l’indescriptible : à perte de vue, des plaines et des collines entièrement moirées de blanc, de rose, de violet alors que nous nous trouvons dans l’un des déserts les plus arides et les plus ensoleillés du monde.
Les Chiliens appellent ce phénomène « le désert fleuri ». La dernière fois que cela s’est produit, c’était il y a à peine deux ans alors qu’avant 2015 (http://www.actulatino.com/2016/10/24/chili-2015-une-annee-exceptionnelle-pour-le-desierto-florido-d-atacama-qui-a-connu-une-floraison-record/), il avait fallu attendre 18 longues années avant d’assister de nouveau à ce spectacle stupéfiant.

Comment peut-on donc expliquer que ce coin reculé du monde, d’ordinaire plus semblable à la planète Mars qu’au reste de la Terre, donne à voir maintenant ses plantes endémiques ? C’est le phénomène d’El Niño qui est à l’origine de ce spectacle. En chauffant les eaux du Pacifique oriental, l’évaporation de ces courants chauds sur les côtes du Chili provoque, en plein hiver austral, des précipitations abondantes sur le désert d’Atacama, qui entraînent la germination et le fleurissement de plus de 200 espèces de fleurs, cachées pendant des années dans le sol gris en attendant quelques gouttes de pluie.

« Le phénomène du désert fleuri a lieu depuis au moins quelques millénaires », explique le paléo-climatologue Antonio Maldonado, du Centre d’Etudes Avancées en Zones Arides, pour qui l’origine de l’intensité du phénomène de cette année n’est pas à chercher dans le réchauffement climatique. « Rien de concret ne permet d’établir un lien entre le changement climatique et ce désert fleuri, si ce n’est que l’on attend davantage de phénomènes météorologiques extrêmes, comme des pluies torrentielles », précise-t-il. Cependant, il est indéniable qu’avant les fleurs apparaissaient tous les cinq ou dix ans, alors qu’aujourd’hui c’est beaucoup plus récurrent.

Cette année, on a dû attendre fin août pour voir exploser de couleurs le désert de l’Atacama, envahi de fleurs qui ont en commun d’être très courtes mais dont chaque teinte est spécifique et dont les noms sont si exotiques : « larmes de vierge » (grandes brizes ou grandes amourettes), « pattes de guanaco », du nom de ce camélidé andin (cisthantes grandiflora), griffes du lion, « crânes du moine » (turbiths), oreilles de renard, « tabac du diable » (lobelias tupa), « manteau de soupir » (belles de nuit), « añañucas » (Rhodophialas rhodolirion)…

Ces fleurs multicolores apparaissent généralement près du Pacifique et se concentrent surtout sur les presque 150 kilomètres qui séparent les villes de Copiapo et de Vallenar. Les experts recommandent d’ailleurs de gagner le Parc National Llanos de Challe pour apprécier le désert dans toute sa splendeur. Cette année, on va même jusqu’à dire qu’il s’agit de la floraison la plus spectaculaire des dernières décennies, dû aux grandes précipitations qui ont permis un développement intense et dense de la végétation.

Accompagnant ce tapis multicolore, apparaît également une faune d’ordinaire absente, comme les insectes (papillons, « petites vaches du désert » ou coléoptères) indispensables à la pollinisation et qui attirent les reptiles, les oiseaux et les rongeurs, à leur tour proies du renard. Et au-dessus de ce tableau, paît majestueusement le guanaco, un camélidé sauvage de la famille du lama.
On n’a pas manqué d’immortaliser le phénomène et les photos se sont multipliées sur Instagram, Pinterest, Twitter… transformant le désert fleuri en carte postale très appréciée des touristes.

Des Chiliens, mais aussi beaucoup d’étrangers : Allemands, Français, Espagnols. Selon le Service National du Tourisme, ce sont environ 25.000 personnes qui ont pour l’occasion envahi la région d’Atacama, les hôtels faisant le plein.
Le revers de la médaille étant sans doute les déchets qui se multiplient malgré les appels insistants à préserver et maintenir propre ce lieu unique. Mais ce n’est pas tout… c’est là que la Nasa teste ses prototypes de robots, c’est là que le Chili puise l’énergie solaire et c’est là également qu’a été installé l’un des radiotélescopes les plus puissants du monde.

On peut malheureusement s’inquiéter de ce type d’invasion ainsi que des différents projets miniers, touristiques ou thermoélectriques en cours qui mettent en péril cette énorme mine de graines qui attend patiemment le retour de la pluie pour accomplir ce splendide miracle.