La célébration de la Journée des Morts au Mexique est un événement incontournable, d’ailleurs elle est inscrite sur la liste du patrimoine oral et immatériel de l’UNESCO depuis 2003, entre autres, « parce qu’il s’agit d’une émanation de la religion populaire et des croyances catholiques qui révèle une synergie culturelle entre la pensée indigène et le système idéologique importé au seizième siècle par les Européens ».

La rencontre annuelle entre les vivants et leurs ancêtres, indique l’UNESCO, joue également un rôle social en rappelant « la place de l’individu au sein du groupe et en contribuant à l’affirmation de l’identité et du positionnement politique et social des communautés très concernées pour la préservation de sa tradition ».

Cette célébration vivace n’est pas directement menacée par l’influence des États-Unis qui a propagé hors frontière la tradition d’Halloween sous fond de mercantilisme, quant au Mexique, ce qui est recherché, au-delà de la religion, c’est la préservation d’un héritage ancestral qui a fait le vœu, en ce jour de mémoire, de faciliter le retour des âmes défuntes sur Terre.

La tradition du « Día de Muertos » au Mexique est séculaire selon les historiens, à l’époque préhispanique les communautés natives apportaient des offrandes aux divinités après la période des récoltes. Après la Conquête espagnole et l’imposition du catholicisme par l’évangélisation, le syncrétisme religieux qui en a découlé, a donné une nouvelle dimension à cette cérémonie, désormais les offrandes permettent d’honorer la mémoire des défunts.

Depuis lors, jusqu’à aujourd’hui, des familles entières se préparent pendant plusieurs jours pour dresser des autels en l’honneur de leurs défunts, les bougies, l’eau et de l’encens rythment les préparatifs et le chemin de la rue à l’intérieur de la maison est signalé avec des fleurs d’œillets d’Inde aux tons orangés. Ceux qui en ont les moyens déposent des offrandes sur l’autel, elles se composent de fruits, des mets et boissons que le défunt appréciait de son vivant.

Les morts sont répartis en plusieurs catégories en fonction de la cause du décès, de l’âge, du sexe et, dans certains cas, de la profession. Un jour de culte est attribué à chacune de ces catégories.

En ce mois d’octobre 2017, une semaine avant le défilé du Jour des Morts organisé par le Gouvernement de Mexico (il se tiendra le 28 octobre), des centaines de personnes ont été maquillées sous les traits de squelettes et parées des costumes typiques des Catrinas (il s’agit d’un élégant squelette féminin vêtu de riches habits et portant généralement un chapeau) dans les rues de Mexico pour prendre part à la Mega Procession des Catrinas 2017 qui s’est tenue pour la quatrième année consécutive. Cet évènement a été organisé par l’Association d’artistes Mega Body Paint México une procession qui avait pour point de départ l’Ange de l’indépendance.

La Catrina est une figure créée par l’illustrateur et caricaturiste mexicain Jose Guadalupe Posada (1852-1913), qui avec son image de Calaca ou Calavera (un crâne humain ou  tête de mort),  habillée d’une manière très raffinée, représente la mort.

Le grand défilé du Jour des Morts qui aura lieu le 28 octobre à Mexico débutera par un hommage aux victimes des récents séismes (369 personnes sont mortes dans le pays, dont 228 dans la capitale) et à tous ceux qui ont participé aux efforts de secours après les tremblements de terre des 7 et 19 septembre, une information donnée par Beatriz Astec, productrice associée du défilé.

Le défilé sera divisé en deux segments: « La vie dans la mort » qui représente le monde préhispanique, le Mexique colonial, révolutionnaire, mais aussi le monde actuel. Ce défilé mexicain traditionnel cherche à créer une cohésion sociale et à réaffirmer les valeurs culturelles, artistiques, traditionnelles et familiales des peuples autochtones et de leurs concitoyens. Dans un deuxième temps, « Le Carnaval de Calaveras » qui est produit par Alley Salao et Anima Inc., comprendra une reconnaissance des secouristes et des volontaires mobilisés après les catastrophes.

Pour cette édition, l’image de la célébration de la ville de Mexico comprendra des éléments traditionnels de la Journée des Morts, une vision du monde intégrant des rites préhispaniques et des éléments catholiques, un syncrétisme religieux qui s’exprime plus que jamais les 1er et 2 novembre en ces jours du souvenir.