L’Armée de libération nationale (ELN), ultime guérilla active de Colombie, a admis dimanche le récent assassinat d’un leader indigène, un acte criminel qui constitue la première violation du cessez-le-feu bilatéral instauré le 1er octobre et convenu dans le cadre de pourparlers de paix menés avec le gouvernement depuis la ville de Quito située en Équateur.

« Nous regrettons sincèrement et nous nous excusons pour cet acte douloureux auprès des familles et de leurs proches », a affirmé dans un communiqué l’Armée de libération nationale en évoquant la mort du gouverneur indigène Aulio Isarama Forastero dans le département de la selva du Choco (nord-ouest).

Le natif a été tué mardi dernier après que cinq guérilleros colombiens de l’ELN l’aient enlevé, des informations données par l’Organisation nationale indigène de Colombie (ONIC).

Selon l’ONIC, le gouverneur menait des activités pour sa communauté quand « environ 5 hommes armés portant des uniformes de l’ELN, le Front de Résistance Cimarron, l’ont menacé et l’ont emmené sous le prétexte de parler avec leurs dirigeants ».

« Environ deux heures plus tard, deux coups de feu ont été entendus et nous pensons qu’il a été abattu à ce moment-là. Plus tard, le groupe armé a averti les membres de la communauté d’aller enlever le corps », ont déclaré des porte-parole autochtones.

Pour sa part, l’ELN a donné sa version des faits. Les rebelles ont déclaré qu’ils avaient interrogé le leader Forastero sur ses liens présumés avec les « renseignements militaires colombiens ».

Selon les propos de la guérilla, lorsque le groupe était « sur le chemin de l’interrogatoire », le gouverneur a refusé d’avancer et « s’est rué sur les membres de nos troupes, avec le résultat tragique que nous connaissons ».

Le négociateur en chef du gouvernement, Juan Camilo Restrepo a qualifié ce meurtre de « déplorable à tout point de vue ». La guérilla guévariste avait fait savoir dans un message audio envoyé aux journalistes qu’elle examinait en interne les faits pour en déterminer les auteurs.

L’ELN et a exhorté ses membres à prendre des mesures pour éviter ces événements tragiques à l’avenir et a ajouté que « les responsables de l’assassinat du gouverneur Isaramá Forastero seraient mis à la disposition des autorités ».

Le Haut Commissariat à la Paix souligne que « le gouvernement rejette l’assassinat des dirigeants, en l’occurrence le gouverneur Isaramá Forastero; nous espérons que la communication de l’ELN permettra aux autorités de faire des progrès rapides dans leurs enquêtes afin que des mesures judiciaires soient prises rapidement et que les responsables soient condamnés ».

 

Le Bureau a déclaré lundi dans un communiqué que « le gouvernement national condamne l’assassinat du gouverneur indigène Aulio Isarama Forastero, de la réserve indigène Catru, Dubaza, Ancoso, de la municipalité d’Alto Baudo-Chocó, et appartenant au peuple Embera Dóbida, aux mains des membres de l’ELN « . Le bureau officiel a déclaré qu« aucun incident en soi ne provoquera une rupture unilatérale et automatique du cessez-le-feu. Le Bureau des négociations évaluera toutes les informations objectives qu’il reçoit afin que les décisions correspondantes soient prises concernant la poursuite du cessez-le-feu ».

Vendredi, le président colombien Juan Manuel Santos avait déclaré que s’il était prouvé que l’ELN avait assassiné Isarama, cela constituerait une violation du cessez-le-feu. Le Bureau du Haut-Commissariat pour la paix a également déclaré que les faits doivent être analysés dans le cadre des tables de négociation,  » l’ELN devra mettre en œuvre des actions concrètes pour faire en sorte que les faits aussi douloureux ne se répètent pas ».

La mort de cet homme survient au milieu d’une vague de crimes menés contre les activistes sociaux dans le pays, des violences qui ont coûté la vie à 199 militants au cours des 22 derniers mois.

Le gouvernement de Juan Manuel Santos et l’ELN, qui réunirait environ 1500 combattants selon des chiffres officiels, négocient actuellement pour surmonter un conflit armé vieux de plus de cinquante ans.

Avec ces pourparlers, le gouvernement colombien cherche à obtenir une « paix complète » sur le territoire après avoir signé un accord avec les FARC, la guérilla la plus puissante d’Amérique du sud qui a, après moult négociations, rendu les armes pour défendre ses idées par la voie politique. 

Parmi les défis du gouvernement colombien pour assurer la sécurité de ses concitoyens, il lui faut combattre des bandes criminelles d’origine paramilitaire, des dissidents des FARC et des trafiquants de drogue opérant sur le territoire national.