Le parc national Tunari situé en Bolivie dans le département central de Cochabamba est frappé (encore une fois) par un incendie depuis samedi, les flammes ont déjà consumé cent hectares d’arbres et le feu pourrait se propager en raison de vents violents. L’incendie a pris naissance dans l’après-midi de samedi dans la région d’Andrada, à cinq kilomètres de la ville de Cochabamba avalant une centaine d’hectares d’eucalyptus, de pins et d’arbustes de cette zone protégée.

Le feu menace de s’étendre aux zones urbaines telles que la localité d’Andrada et le quartier de Lomas de Aranjuez (ville de Cochabamba), a rapporté dimanche le coordinateur national de la SAR-Bolivie, Bernardo Aranibar.

« Les flammes se situent à deux kilomètres environ de zones habitées où se trouve la zone d’Andrada, où vivent des gens pauvres, et Lomas de Aranjuez, une zone résidentielle », a-t-il dit à l’Agence bolivienne d’information.

Aranibar a souligné que plus de 50 sapeurs pompiers volontaires de la SAR-Bolivia et des représentants du gouvernement provincial de Cochabamba et de la Croix-Rouge travaillent pour essayer d’éteindre l’incendie.

Les causes de l’incendie ne sont pas encore établies, mais les autorités pensent davantage à un incendie volontaire, en effet au moment où l’incendie a commencé, la température avait chuté et il était impossible qu’il ait pris sans une intervention extérieure selon les premières expertises.

Le parc Tunari comprend une superficie globale d’environ 300 000 hectares, au sein duquel se trouve une zone boisée de pins et d’eucalyptus où évoluent une trentaine d’espèces de mammifères et plus d’une centaine d’espèces d’oiseaux. À ce jour, 30 espèces de mammifères, 163 espèces d’oiseaux, deux espèces de reptiles et deux espèces d’amphibiens ont été enregistrées sur cette zone naturelle.

Le biologiste José Balderrama a déclaré que lorsque la végétation est perdue, les racines cessent d’absorber l’eau et le liquide s’évacue. Pendant ce temps, les animaux qui perdent leur habitat migrent vers de nouveaux espaces avec le risque de mourir dans leur tentative de trouver de la nourriture. 47 incendies ont déjà été enregistrés en 2017, tous causés par la négligence de l’homme.

Face à la fréquence des incendies dans le Parc national de Tunari (PNT), la Secrétaire aux droits de la Terre mère, Soledad Delgadillo, a rapporté qu’une intense campagne de reboisement était coordonnée avec le Service national des aires protégées (Sernap) dans la réserve naturelle de La Llajta.

« Cela va être une mission particulière durant la prochaine campagne: le reboisement du parc Tunari sur les zones brûlées et cette campagne, nous l’espérons, sera reproduite toutes les années suivantes », a-t-elle déclaré.

Le parc national de Tunari est l’une des zones protégées les plus touchées par la déforestation à l’échelle nationale, selon une étude menée par le chercheur Daniel Larrea.

Dans son étude intitulée « La realidad de las áreas protegidas en la conservación de la biodiversidad », l’expert de l’Université Mayor de San Simón a indiqué qu’au cours des trois dernières années il y a eu déboisement estimé entre 2 et 4% dans les parcs nationaux.

Parmi les plus touchés, on peut citer le Parc National d’Amboró, le Parc National de Tunari et le TIPNIS qui, en plus d’être un parc national, est une zone protégée. Larrea a indiqué que le pourcentage le plus élevé de déforestation est précisément sur cette zone où se développe la construction d’une autoroute entre Cochabamba et Santa Cruz.

Le chercheur a déclaré que parmi les causes les plus importantes de la déforestation, il y a la proximité des zones habitées.

Par exemple, dans le cas du parc Tunari, la réserve traverse des communes où la population a commencé à s’établir en plus grand nombre et où il y a aussi de plus en plus de zones de cultures.

Larrea a déclaré que bien que le pourcentage de déforestation ne soit plus aussi élevé que celui subi par plusieurs parcs dans les années 90, les autorités se doivent de prendre des mesures pour sensibiliser à l’importance de ces réserves pour l’équilibre de l’écosystème.

Le polylepis appelé localement « Kewiña » (un genre d’arbres et d’arbrisseaux que l’on retrouve dans les Andes en Amérique du Sud) est particulièrement impacté par les feux de forêt de Tunari.

Le Kewiña est protégé, il a été déclaré patrimoine et emblème autochtone des hauteurs de Cochabamba. L’espèce prend environ 50 ans à se développer et dans les endroits où elle n’a pas de conditions adéquates, son évolution est beaucoup plus lente.

L’arbre Kewiña pousse à des altitudes comprises entre 2 800 et 5 000 mètres au-dessus du niveau de la mer dans la Cordillère des Andes. Ces parcelles de polylepsis constituent des centres de grande biodiversité et d’endémisme, principalement pour les plantes, les oiseaux, les mammifères, les reptiles et les amphibiens.

Le Kewiña est protégé, il a ainsi été déclaré patrimoine et emblème autochtone des hauteurs de Cochabamba. L’espèce prend environ 50 ans à se développer et dans les endroits où elle ne bénéficie pas de conditions adéquates, son évolution est beaucoup plus lente…