Le Bureau régional pour l’Amérique du Sud du Haut Commissaire de l’Organisation des Nations Unies (HCR) a déploré que l’actuel chef d’État péruvien ait accordé à l’ancien président du pays sud-américain, Alberto Fujimori, une grâce lui permettant d’échapper à sa peine de prison de 25 ans.

L’ancien président d’origine japonaise, A.Fujimori, avait pourtant été condamné en 2009 à une lourde peine pour avoir été reconnu coupable de crimes contre l’humanité, il avait été jugé responsable de l’enlèvement d’un journaliste et d’un homme d’affaires en 1992, et jugé coupable du massacre de 25 personnes à Barrios Altos (1991) et à La Cantuta (1992), des assassinats perpétrés par le groupe militaire Colina.

La décision du président Pedro Pablo Kuczynski est d’autant plus mal perçue que la population considère cette grâce comme une monnaie d’échange personnelle, en effet trois jours avant cette annonce controversée, Pedro Pablo Kuczynski avait échappé à une procédure de destitution pour ses liens supposés avec la société de construction brésilienne Odebrecht (liée à un immense scandale de corruption) en recevant au Parlement le soutien de 10 députés, parmi lesquels Kenji Fujimori, fils cadet d’Alberto Fujimori.

À cet égard, le représentant du Haut-Commissariat, Amerigo Incalcaterra, a estimé que « l’octroi de grâces est une prérogative qui exige une analyse rigoureuse pour chaque cas » rappelant la nécessité absolue de punir les violations des droits de l’homme pour « éviter toute situation qui pourrait conduire à l’impunité ».

« La peine prononcée contre Fujimori il y a près de 10 ans a marqué une étape historique pour le Pérou et la région latino-américaine dans la lutte contre l’impunité relative aux cas graves de violations des droits de l’homme », a rappelé M. Incalcaterra.

Le président Pedro Pablo Kuczynski, a accordé une « grâce humanitaire » à Fujimori condamné en 2009 à 25 ans de prison pour violation des droits de l’homme, quelques heures avant Noël, ce qui a suscité une vague de colère et d’indignation parmi la grande majorité des habitants de ce pays à jamais marqués par l’ère fujimoriste.

(Vidéo du 26/12/2017)

Le Haut Commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, qui s’est rendu au Pérou en octobre dernier avait souligné que les crimes commis par Fujimori  « concernaient la communauté internationale dans son ensemble », de sorte que’elle devait « être impliquée dans cette question importante. « 

Dans un message télévisé adressé à la nation, Kuczynski a affirmé que prendre la décision de « pardonner » à son prédécesseur a sans doute été « la chose la plus difficile de son existence » et a précisé pour justifier son choix que « la justice n’était pas la vengeance » et qu’à ce titre un mourant ne pouvait pas demeurer en prison.

Fujimori a, quant à lui, demandé « pardon » pour avoir  « abusé » une partie de ses compatriotes au cours de son gouvernement et a remercié l’exécutif pour l’obtention de cette grâce dans un message vidéo publié sur les réseaux sociaux.

(Vidéo du 26/12/2017)

Les proches des victimes assassinées sous le mandat d’Alberto Fujimori ont d’ores et déjà affirmé qu’ils feraient appel devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CorteIDH) de la grâce accordée à l’ancien président.

L’état de santé de l’ancien chef d’État de 79 ans lui a valu de passer sa première nuit de liberté dans une unité de soins intensifs à l’hôpital de Lima où il est pris en charge pour une hypotension et une arythmie cardiaque, Fujimori doit rester hospitalisé pendant plusieurs jours pour passer une série d’examens médicaux, selon son médecin, Alejandro Aguinaga.

Un rapport médical controversé « a déterminé que M. Fujimori souffre d’une maladie progressive, dégénérative et incurable et que les conditions de détention représentaient un risque sérieux pour sa vie, sa santé et son intégrité ».

L’ancien juge péruvien de la Cour interaméricaine des droits de l’homme, Diego Garcia-Sayan a souligné que ce tribunal était en mesure d’annuler la décision du président péruvien en invoquant des irrégularités ajoutant que cette décision malvenue accentuait la crise politique au sein d’une Nation où l’on note un profond désaccord entre l’Exécutif et le Législatif.

José Miguel Vivanco, directeur de l’ONG Human Rights Watch pour les Amériques, a également remis en question le choix du président au pouvoir sur les réseaux sociaux, il a posté le message suivant sur Twitter: « Je regrette la grâce humanitaire de Fujimori.
Au lieu de réaffirmer que dans un État de droit il n’y a pas de traitement spécial pour qui que ce soit. L’idée demeurera pour toujours que sa libération a été une vulgaire négociation politique en échange du maintien de Pedro Pablo Kuczynski au pouvoir ».

(Vidéo du 22/12/2017)