Venezuela, quartier de Caracas

Un jeune homme de 19 ans a été abattu lors du pillage d’un camion transportant de la farine dans une ville de l’ouest du Venezuela, un nouveau drame qui caractérise la profonde crise économique, sociale et politique que traverse le pays sud-américain.

Selon un rapport de police, José Valero a été blessé au moment d’une confrontation avec la police, après que des habitants aient fermé la route et pillé le véhicule en question. Un autre homme non identifié, qui a également été blessé, a été emmené à l’hôpital, tandis que la police a arrêté quatre personnes en possession de sacs de farine volés.

Plusieurs pillages ont eu lieu dans d’autres parties du pays au milieu d’une pénurie alimentaire constante et d’une inflation galopante, une situation qui provoque l’augmentation presque quotidienne des aliments de base.

Le président Nicolás Maduro justifie la situation désastreuse régnant depuis de longs mois au Venezuela par une « guerre économique » lancée contre son gouvernement et accuse la contrebande vers les pays voisins comme la cause principale de la pénurie.

Les foyers de protestation se multiplient ces derniers jours, la population se rebelle contre le manque de nourriture, dans plusieurs régions du Venezuela et à Ciudad Guayana dans l’État de Bolivar au sud du pays, les émeutes, les pillages et les vols commencent généralement au coucher du soleil jusqu’à l’aube générant un profond climat d’insécurité.

(Vidéo du 10/01/2018)

Selon l’ONG Provea, 44 personnes ont été arrêtées depuis le début de l’année pour avoir exprimé leur mécontentement face à la crise sociale actuelle qui afflige le pays.

« 2018 commence avec une dictature s’attaquant aux pauvres. 44 nouveaux prisonniers politiques qui ont réclamé de la nourriture et ont exprimé leur mécontentement et leur inquiétude au sujet du chaos économique et social », a souligné l’organisation à travers le réseau social Twitter.

La semaine dernière, le gouvernement du président Nicolás Maduro a ordonné aux propriétaires de plus de 200 supermarchés privés de baisser les prix après que des Vénézuéliens soient descendus dans la rue en scandant « nous avons faim, nous voulons manger ».

Le Venezuela a enregistré une grave crise, avec une pénurie marquée de produits de base et de médicaments, Maduro muselant l’opposition invoque une « guerre économique »  menée par ce qu’il qualifie d’« ultra droite et ses alliés internationaux » pour mettre fin à la révolution bolivarienne et le chasser du pouvoir. En plus de la contrebande de produits vers la Colombie, les îles voisines et d’autres territoires voisins, le gouvernement impute la crise sociale à une conspiration fomentée par les États-Unis, l’opposition et les commerçants « spéculateurs » dans le pays.

Les perspectives économiques du Venezuela sont de plus en plus décourageantes, puisque l’hyperinflation, selon le FMI, atteindra 2 350% en 2018. Selon les principales universités vénézuéliennes, la pauvreté a atteint 30,2% en 2016 et l’extrême pauvreté 51,5%, le gouvernement avance de son côté des chiffres respectifs de 18,3% et 4,4%.

Le 6 janvier, l’accès aux chaînes de supermarchés vénézuéliens a été placé sous surveillance policière en charge d’observer la baisse des prix réclamée par les inspecteurs du gouvernement après les pillages qui ont éclaté dans plusieurs régions du pays.

La Surintendance nationale pour la défense des droits sociaux et économiques (SUNDDE) a ordonné l’observation de 26 chaînes de supermarchés afin de baisser les prix de certains produits de consommation qui ont vu leur cout augmenter au cours des deux dernières semaines au milieu d’une inflation galopante.

L’inflation en 2017 a atteint un niveau estimé de 2000% et le président Nicolas Maduro a déclaré le 31 décembre une augmentation de 40% du salaire minimum national, les commerçants décidant alors d’une nouvelle augmentation dans les rayons. Le leader de l’opposition Henrique Capriles a affirmé sur son compte Twitter que les actions du gouvernement allaient contre les Vénézuéliens « l’hyperinflation ne baisse pas malgré les mesures. Le pillage spontané ou provoqué accentuera la crise, en particulier pour les plus pauvres ».

Il a ajouté « Dans la situation actuelle, sans production et sans importations importantes, nous nous dirigeons vers un scénario catastrophe. Jouer à une explosion sociale est une folie ! Il faut empêcher le pays d’exploser et si c’est à quoi joue Maduro, ne le suivez pas dans son jeu ! ».

Le député Omar González Moreno a rapporté que dans les villes d’Anaco et de Cantaura, à Anzoátegui, des tentatives de pillage ont eu lieu en raison du manque de nourriture. « Personne ne peut regarder ce qui se passe à Anzoategui sans avoir peur de ce qui pourrait arriver au Venezuela dans les prochains jours », a-t-il averti sur son compte Twitter. Les médias ont rapporté des tentatives de pillage de magasins, qui ont fait au moins deux blessés.

Le membre de l’opposition, Andrés Velásquez , s’inquiète quant à lui de la situation sanitaire alors que l’absence de médicaments ne permet plus de soigner les malades  :
« Le paludisme fait des centaines de victimes en raison de l’absence de traitement dans les centres de santé », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Caracas, au cours de laquelle il a demandé l’intervention de l’Organisation panaméricaine de la santé.

(vidéo du 25/11/2017)