Natif d’Amazonie péruvienne

Le pape François a veillé pendant son passage en Amérique du Sud, et plus précisément au Chili et au Pérou, à évoquer les conditions de vie des peuples natifs qui subissent au quotidien de nombreuses discriminations.

Depuis la ville de Temuco, au sud du Chili, le chef de l’Eglise Catholique a appelé à une plus grande inclusion sociale des peuples autochtones, en faisant plus particulièrement référence au peuple mapuche, qui est parmi les plus pauvres du pays et qui mène, depuis de longues décennies, un bras de fer musclé avec l’État pour revendiquer ses droits.

L’ethnie mapuche revendique le droit à occuper ses terres ancestrales et certains groupes appellent même à la rébellion et à la sécession.

Le Souverain Pontife a demandé plus de tolérance pour préserver la richesse de chaque peuple. « L’unité dont notre peuple a besoin exige que nous nous écoutions les uns les autres, mais surtout que nous nous reconnaissions … nous avons besoin les uns des autres de nos différences », a-t-il dit.

À cette occasion, il a salué les fidèles dans la langue Mapudungun (langue amérindienne parlée par la communauté Mapuche au Chili et en Argentine). Cependant, le pape François a également condamné les actes de violence menés par les natifs en guerre contre les autorités,  soupçonnés, par ailleurs, d’avoir mis le feu à deux églises dans la période qui a précédé son arrivée.

(Vidéo du 17/01/2018)

Quelque 600 000 Mapuches vivent au Chili, principalement en Araucanie et à Biobío. Au cours d’une messe dédiée aux victimes de la dictature d’Augusto Pinochet, le Pape a déclaré: « Vous ne pouvez pas demander la reconnaissance en annihilant l’autre, car cela ne fait qu’éveiller plus de violence et de divisions » ajoutant « la violence appelle à la violence. La destruction augmente la fracture et l’éloignement. La violence finit par discréditer la cause plus juste . C’est pourquoi nous disons non à la violence qui est destructrice sous toutes ses formes ».

Dans son homélie, le pape argentin a salué « d’une manière spéciale » les membres du peuple mapuche, ainsi que les autres peuples indigènes qui évoluent dans le pays sud-américain, tels que les Rapanui (l’île de Pâques), les Aymaras, les Quechuas et les Atacameños.

En terre mapuche, le Saint-Père rappelle que la violence engendre la violence

La région de La Araucanía, dont Temuco est la capitale, est le théâtre de la lutte menée par les Mapuches, le groupe ethnique le plus important du Chili, qui dénonce les formes de discrimination et d’abus en exigeant la restitution des territoires ancestraux ( qui sont devenus aujourd’hui privés).

Le pape François, qui est un grand connaisseur du problème Mapuche en tant qu’Argentin, a choisi de visiter Temuco (800 km au sud de Santiago) pour établir un contact direct avec cette population.

(Vidéo du 17/01/2018)

Le pape a déjeuné à Temuco avec huit représentants de la communauté mapuche pour entendre la voix de tous les protagonistes. Célèbres pour être des guerriers tenaces, les Mapuches ont tenu à distance les conquérants espagnols pendant des siècles et n’ont été vaincus que par l’armée chilienne entre 1860 et 1870. Les relations avec l’État ont été difficiles et tendues depuis lors.

Depuis une vingtaine d’années, des groupes d’activistes mapuches incendient des camions et du matériel appartenant à des entreprises forestières et prennent à parti les forces de police.

Les natifs qui commettent ce type d’actes dans le cadre de leur lutte pour la restitution des terres sont visés par la loi antiterroriste, une législation dont l’application, pour cette ethnie, a notamment été remise en question par les Nations Unies.

« À notre avis, cette visite ne représente aucun avantage (…) Avant, ils venaient avec la Bible et l’épée, maintenant ils viennent avec la Bible et le fusil, c’est une zone de guerre », a déclaré Daniel Ancavil, chef du Conseil Mapuche Maquehue en référence à l’opération de sécurité générale menée dans la zone.

François a ainsi  dédié la «Messe pour l’intégration des peuples», donnée à l’aérodrome de Maquehue (lieu qui a servi de centre de détention et de torture pendant la dictature militaire), à laquelle ont participé 150 000 personnes, aux victimes de la dictature de Pinochet (1973-1990).

Le pape François au chevet des natifs d’Amazonie qui réclament son aide face aux multiples dangers qui les entourent

Après avoir séjourné au Chili du 15 au 18 janvier, le pape François a pris la direction du Pérou où la question des peuples indigènes a encore été au centre de ses préoccupations.

En visite pour la première fois en Amazonie, le pape François a appelé la communauté internationale à se mobiliser pour défendre et préserver cet écosystème privilégié et fragile répondant ainsi aux sollicitations de milliers d’indigènes venus à sa rencontre.

« Probablement, les peuples autochtones amazoniens n’ont jamais été autant menacés sur leurs territoires », a lancé François évoquant  « les blessures profondes que portent en eux l’Amazonie et ses peuples ».

(Vidéo du 20/01/2018)

Au fait des grands défis imposés à la région amazonienne et aux communautés natives qui peuplent ce poumon vert, il a fait mention d’une forêt persécutée et de peuples plus vulnérables évoquant :

« La forte pression des grands intérêts économiques qui convoitent le pétrole, le gaz, le bois, l’or, les monocultures agro-industrielles », mais aussi la politique de protection de certains Etats qui « monopolisent de grandes superficies de terre et en font un moyen de négociation », le pape s’en est pris à « l’exploitation minière illégale » d’or, particulièrement forte dans la région de Madre de Dios, dont Puerto Maldonado est la capitale, et à ses conséquences désastreuses, « la traite de personnes: la main-d’oeuvre esclave ou l’abus sexuel ».

« Nos frères indigènes de diverses régions d’Amazonie souffrent de l’exploitation de nos ressources naturelles, et aujourd’hui de nombreux étrangers envahissent nos territoires: les coupeurs d’arbres, les prospecteurs d’or, les compagnies pétrolières », a prévenu un représentant du peuple Harakbut.

« Les peuples d’Amazonie veulent dire à l’humanité que nous sommes aussi inquiets parce que la terre est en train de se mourir; le nombre d’animaux est en baisse, les arbres disparaissent, l’eau douce s’amenuise », a-t-il ajouté afin d’alerter le monde.

Le Souverain Pontife a également mis en garde contre le fait de ne pas se laisser happer par « des colonialismes idéologiques déguisés en progrès qui, peu à peu, pénètrent dans les identités culturelles délétères et établissent une pensée uniforme, unique … et faible ». Face à cette situation, il a appelé à écouter les personnes âgées et à apprendre de leur sagesse, car « la disparition d’une culture peut être tout aussi ou plus grave que la disparition d’une espèce animale ou végétale », a-t-il déclaré.

S’adressant aux évêques, il les a invités la promotion continue des espaces éducatifs interculturels et bilingues dans les écoles, les instituts pédagogiques et les universités, estimant que « l’école et l’éducation des peuples autochtones devraient être une priorité et un engagement de l’État ».

(Vidéo du 22/01/2018)