Vue aérienne de Barranquilla, Wikipédia

En Colombie, l’ELN a revendiqué la responsabilité de l’attentat commis samedi à Barranquilla à l’encontre des forces de l’ordre. Au cours d’un week-end sanglant, sept personnes ont perdu la vie et plusieurs personnes ont été blessées au cours de plusieurs attaques. Dans un premier temps, les autorités colombiennes ont pensé que ces actes terroristes étaient le fruit de bandes criminelles liées au narcotrafic, mais finalement c’est vers la guérilla que les soupçons se sont rapidement tournés.

« Je peux dire que la paternité de ces terribles actes de terrorisme revient à l’Armée de libération nationale (ELN) », a déclaré le ministre de la Défense, Luis Carlos Villegas, dans un entretien accordé à Caracol Radio.

Trois attaques à l’explosif ont eu lieu ces derniers jours en Colombie à proximité de postes de police, les attaques ont fait au moins sept morts parmi les forces de l’ordre et plus de quarante blessés. L’attaque la plus récente a eu lieu le dimanche vers 4 heures, quand une explosion a eu lieu aux abords d’un poste de police situé dans la municipalité de Soledad (Barranquilla) faisant sept blessés, dont deux civils, selon la police.

La première des trois attaques s’est produite peu après 6 heures samedi. Cinq policiers ont été tués et 41 autres blessés lorsqu’un engin artisanal a explosé devant un poste de police de la ville de Barranquilla, capitale du département de l’Atlántico, également dans les Caraïbes colombiennes. Puis c’est lors d’une seconde attaque que deux officiers ont été tués lorsqu’un engin explosif a été activé vers minuit, samedi, sur un terrain vague à proximité du poste de police de Buenavista, une localité de Santa Rosa, au sud du département de Bolivar.

Meurtri pendant par plus d’un demi-siècle de conflit, le pays sud-américain a fait un grand pas vers la fin des hostilités en signant un accord de paix avec la guérilla des FARC, aujourd’hui devenue un parti politique, mais aussi en lançant des pourparlers similaires avec les rebelles guévaristes de l’ELN. 

Cependant, contrairement aux FARC, cette organisation a une structure fédérée, avec des unités militaires autonomes, ce qui, de l’avis des experts, rend le processus beaucoup plus difficile.

Par ailleurs, l’accord de paix colombien a encouragé les groupes criminels qui reprennent vigueur depuis que les Forces armées révolutionnaires de Colombie ont déposé leurs armes l’année dernière dans le cadre de l’accord de paix. Pendant longtemps, les FARC ont en effet joué un rôle prépondérant dans le monde criminel pour financer leur insurrection, et son retrait a libéré les voies convoitées du trafic de drogue.

Le Front de guerre urbain national de l’ELN a indiqué sur un site internet qu’elle avait commis l’attentat de samedi qui a touché un poste de police à Barranquilla. « Les forces de police ont été attaquées à partir de la station de San José dans le sud de Barranquilla, avec 5 policiers tués et 43 autres blessés », a indiqué le groupe. Sur son compte Twitter, le président colombien Juan Manuel Santos a indiqué dimanche que « la véracité du supposé communiqué de l’ELN était en train d’être confirmée » après l’arrestation d’un suspect.

Au début, la police et le maire de cette ville des Caraïbes ont émis l’hypothèse qu’il s’agissait de représailles menées par les trafiquants de drogue. 

Cette revendication met logiquement en péril l’avenir des pourparlers de paix menés avec les guérilleros depuis la ville équatorienne de Quito.

Santos, qui quittera ses fonctions en août, avait déjà suspendu les pourparlers suite à une infraction beaucoup moins grave datant du 10 janvier (sabotage d’une infrastructure pétrolière) mettant fin à une trêve de 100 jours.


(vidéo du 11/01/2018)

Les guérilleros ont soutenu que l’attaque avait été perpétrée « dans l’exercice légitime du droit à la rébellion » arguant « il n’y a pas un jour où une attaque contre la dignité et la vie des habitants n’est pas imputable (…) à la force publique, démontrant que sa fonction est de défendre les intérêts des riches et puissants ».

Ce samedi, le président Juan Manuel Santos, qui a rendu visite aux blessés à Barranquilla, a ordonné de renforcer la sécurité dans cette ville en déployant 1 500 policiers supplémentaires dans les prochains jours.

Les forces de sécurité ont arrêté un homme de 31 ans soupçonné d’avoir activé la bombe qui a tué les cinq soldats samedi. Il s’agit des pires attaques de ces dernières années dirigées contre les forces de sécurité dans l’une des plus grandes villes du nord de la Colombie, une vague de violence qui survient alors que gouvernement s’emploie à surmonter les stigmates d’un conflit armé d’un demi-siècle financé en grande partie par le trafic de drogue.

Les attaques ont secoué Barranquilla alors que la région se prépare à vivre au rythme de son grand carnaval, tous les ans, entre février et mars (pendant les quatre jours qui précèdent le carême), période des carnavals, la cité sud-américaine s’anime plus que jamais et offre l’une des plus belles manifestations festives du continent sud-américain… Une perspective de joie populaire d’ores et déjà entachée par ce climat de violences.