Diablada Ferroviaria in the Carnival de Oruro, Bolivia, 2009
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Les explosions du week-end dernier dans la ville bolivienne d’Oruro (sud-ouest), qui ont fait 12 morts et plus de 50 blessés pendant les festivités de l’un des plus grands carnavals sud-américains, « ont été planifiées par des experts », a finalement déclaré vendredi le ministre du gouvernement Carlos Romero.

Il a affirmé lors d’une conférence de presse depuis la ville de Santa Cruz (dans l’est du pays sud-américain) « dans les deux cas, nous sommes confrontés à la manipulation d’explosifs par des experts ». Romero a donné une version des événements selon laquelle les deux explosions sont liées, évoquant dès lors des « attentats ». Les experts boliviens poursuivent les investigations à Oruro tandis que les autorités nationales assurent qu’ils trouveront les responsables de ces faits.

« L’explosion de samedi 10 février n’est pas nécessairement accidentelle, nous soutenons plutôt l’hypothèse selon laquelle cette explosion a été volontaire. Dans les deux cas, nous traitons la manipulation d’explosifs par des experts », a déclaré vendredi le ministre Carlos Romero.

Jeudi soir, Romero a affirmé qu’il possédait des preuves témoignant d’un lien entre les deux explosions qui ont eu lieu à 3 jours d’intervalle où 12 personnes sont mortes, dont six enfants , et qui ont fait plus de 50 blessés.

Parmi les détails fournis par Romero concernant l’explosion du samedi 10 février qui a entraîné la mort de huit membres d’une même famille, il est question d’une bonbonne de gaz; sur les vêtements des victimes des traces de GPL ont été retrouvées, mais aussi d’autres produits chimiques correspondant à des explosifs (azote, nitrites et sulfate). Ce scénario suppose que l’explosion ait été générée par un explosif léger, vraisemblablement en gel, un produit utilisé dans l’exploitation minière.

Lors de la seconde explosion de mardi, l’impact a créé un cratère de 46 centimètres de profondeur.

Le commandant de la police, Faustino Mendoza, a signalé qu’il y a au moins 50 spécialistes dans différents domaines chargés d’enquêter pour déterminer les motifs de ces deux explosions et trouver les responsables de ces actes criminels.

Le député de l’opposition, de l’Unité Démocratique (UD), Gonzalo Barrientos, a demandé un rapport écrit, technique et scientifique, au ministre du gouvernement, sur les deux explosions afin d’éviter d’entrer dans le champ des spéculations.

Les autorités départementales et municipales d’Oruro ont déclaré le 15 février sept jours deuil en hommage aux victimes, par ailleurs les festivités marquées par ces deux drames ont été suspendues. L’ordonnance 004 /2018 déclarant le deuil officiel a effet stipulé la suspension des activités et des événements du Carnaval 2018 dans la municipalité d’Oruro, afin de « protéger l’intégrité et la sécurité des citoyens ».

Le président Evo Morales, pour sa part, a exprimé sa consternation concernant ces évènements tragiques. « Toute notre solidarité aux familles des victimes, nous apporterons l’aide nécessaire aux blessés pour établir les causes de la tragédie », peut-on lire sur son compte Twitter. Le Carnaval d’Oruro, qui a attiré cette année quelque 450 000 visiteurs et 30 000 danseurs, attire également des milliers de marchands dédiés à la vente de nourriture et autres objets dans les rues.

Dans un premier temps, les autorités avaient donc évoqué la possibilité d’un accident le 10 février émettant l’hypothèse d’une bouteille de gaz appartenant à un marchand ambulant ayant malencontreusement explosé, mais la deuxième explosion  a crée un fort climat de suscpisions.

Le président Evo Morales, s’est très vite exprimé sur son compte Twitter, et a émis des doutes sur le fait qu’une simple bouteille aurait pu causer tant de dégâts. En outre, il a ordonné à la police et aux forces armées de prendre des mesures pour empêcher ces actes.

« L’enquête aidera à lever ce genre de doute », a déclaré M. Morales dans un tweet lors de l’annonce de la deuxième explosion.

Ces événements tragiques se produisent dans un contexte d’ébullition sociale croissante. L’ex-leader cocalero fait face à l’opposition de la population, alors qu’il ambitionne de se présenter aux élections présidentielles pour briguer un nouveau mandat, une démarche pourtant invalidée par la Constitution, mais récemment autorisée par le Tribunal électoral. La date prévue pour la manifestation anti-Morales est prévue le 21 février, deux ans après le référendum (2016) qui a rejeté la possibilité pour Morales de se présenter pour un quatrième mandat (en 2019).