Le successeur au pouvoir de Rafael Correa, Lenin Moreno, a clairement affiché ses objectifs fin février, poursuivre le développement de l’Équateur en exploitant ses richesses tout en préservant l’écosystème de ce pays aux multiples visages. C’est depuis la région amazonienne, écrin naturel de l’Amérique du Sud, que le chef d’État a lancé la mise en œuvre d’un ambitieux programme de reforestation qui vise à « reverdir » le pays dans un proche avenir.

Le président, à l’occasion d’un grand rassemblement organisé dans la ville de Macas, capitale de la province amazonienne de Morona Santiago (est), a déclaré que son plan « Reverdir l’Équateur » (« Reverdecer Ecuador ») est fondamental pour le modèle de développement requis par le pays sud-américain.

L’Équateur est considéré comme l’un des dix pays ayant la plus forte concentration de biodiversité sur la planète, un patrimoine naturel d’exception que le gouvernement se dit prêt à protéger à tout prix, alors que, parallèlement, le développement des activités minières, pétrolières et gazifières est en progression constante pour assurer le développement économique.

« Aujourd’hui, nous sommes réunis pour une cause vitale », a déclaré le président Moreno lors de l’annonce du plan et a déclaré que son programme est complémentaire à l’ensemble de la stratégie de développement du gouvernement.

Assurer la protection de l’environnement et le développement économique en exploitant le gaz, le pétrole et les minéraux

Ainsi l’exploitation minière devrait être soumise à la protection des forêts, a suggéré le président, pour calmer les esprits qui s’inquiètent de cette politique extractiviste, il a d’ailleurs souligné pour répondre à ses détracteurs que 2 000 concessions minières ont été « abandonnées », car jugées néfastes pour l’environnement : « 2000 concessions minières ont été remises à l’’État et abrogées ».

« En votre présence, je dis pas une de plus (concession) », a déclaré Moreno, rappelant qu’il avait demandé la démission de l’ancien ministre des Mines, Javier Cordova, pour avoir accordé des permis de façon inappropriée, mais n’a pas précisé quelles entreprises avaient vu leur permis d’exploitation retiré.

Cordova a démissionné quelques jours avant le référendum du 4 février, au cours duquel les Équatoriens ont approuvé, entre autres propositions, l’interdiction de l’extraction des métaux dans les zones protégées, les zones intangibles et les centres urbains.

« L’Équateur est l’un des dix pays les plus riches en biodiversité de la planète, mais il est également confronté à des problèmes environnementaux qui doivent être résolus d’urgence », a-t-il averti.

Il a commenté, par exemple, qu’au moins une centaine de rivières s’avèrent gravement polluées et que le taux annuel de déforestation atteint près de 100 000 hectares, soit l’équivalent d’une moyenne de «250 terrains de football professionnels tous les jours».

« Nous devons arrêter ces dommages causés par l’ambition humaine et aussi par l’ignorance du peuple », a ajouté Moreno pour défendre le programme environnemental de son gouvernement.

« Nous ne pouvons pas continuer à tuer la nature. Détruire notre propre maison. Nous ne pouvons pas continuer à détruire la planète où nos enfants et petits-enfants vivront demain « , a déclaré Moreno pendant cet évènement.

Ce plan est basé, a-t-il dit, sur la conservation, la bioéconomie, la construction de «villes durables», l’éducation environnementale, la gestion forestière, l’ordonnancement territorial et le reboisement.

De son côté, le ministre de l’Environnement Tarsicio Granizo, en présentant le plan, a rappelé que « la source de toute vie est l’équilibre » et que le programme « Reverdir l’Équateur » devrait être une opportunité historique pour le pays, et que ce projet écologique doit se développer conjointement avec d’autres programmes d’État.

En outre, le plan vise à renforcer les zones protégées, qui couvrent actuellement 20% du territoire équatorien, et à prendre les mesures appropriées pour transformer les villes en « villes écologiquement durables », a déclaré Granizo.

Le plan Reverdecer Ecuador est une invitation à générer de la recherche et de l’innovation. « Nous allons penser aux industries durables qui activent l’économie. Avec de nombreuses idées vertes, nous allons devenir une puissance », a déclaré Moreno le 26 février à Quito, invitant des universitaires, des entreprises privées et des entrepreneurs à se joindre à cette initiative.

100 000 hectares perdus chaque année en Equateur

Cette «intervention emblématique» est considérée comme une opportunité pour les communautés locales de renforcer et de proposer des politiques de protection des forêts, de réduire les taux de déforestation, d’atténuer les changements climatiques et de promouvoir la reconnaissance des services écosystémiques.

Selon le chef de l’environnement,  cette initiative vise également à renforcer la politique de promotion de la bioéconomie (un ensemble d’activités économiques liées à l’innovation, au développement, à la production et à l’utilisation de produits et de procédés biologiques).

« Ce n’est pas seulement une question de reboisement, bien que ce soit l’un des aspects les plus importants, mais c’est aussi une question de bioconomie, d’éducation environnementale, de nouveaux modèles de gestion du nouveau Système national d’aires protégées, de restauration. C’est un ensemble complet de mesures qui bénéficient du soutien politique du président de la République », a déclaré M. Granizo.

l’Équateur a ouvert l’exploitation minière à grande échelle en 2012 sous le gouvernement de l’ancien président Rafael Correa, et a lancé cinq projets d’exploitation dans la province andine d’Azuay et dans les provinces amazoniennes de Zamora Chinchipe y de Morona Santiago. La secrétaire d’État a déclaré qu’il est important de développer l’activité minière dans le pays, en réaffirmant la volonté de l’Équateur d’opter pour une exploitation minière socialement (avec la création d’emplois) et écologiquement responsable.

On estime également que l’exploitation minière est fondamentale dans la contribution au PIB, ainsi il devrait passer de 1,3% actuellement à 4%.

Le défi de concilier exploitation du sous-sol et préservation des ressources naturelles, y compris la protection des droits fonciers des peuples natifs,  est donc au cœur de la politique de croissance économique du pays, une tâche qui s’annonce complexe tant les objectifs ont pu sembler antagoniques jusque-là.