Sebastián Piñera, actuel président du Chili, a demandé au gouvernement du Venezuela ce samedi 14 avril 2018 « de suivre la voie de la démocratie » et a appelé Nicolas Maduro à reconnaître la crise humanitaire dans son pays, une situation qui « condamne de nombreux citoyens à la faim et la mort ».

À l’occasion du VIIIème Sommet des Amériques, S.Piñera a déclaré lors de son discours depuis la capitale du Pérou, Lima, que la situation du pays sud-américain « n’est pas seulement un problème pour les Vénézuéliens » mais aussi pour « ceux qui aiment et s’engagent pour la démocratie ».

« Il n’y a pas d’indépendance des pouvoirs, de respect des droits de l’homme ou de démocratie, il y a des prisonniers politiques », a déclaré le président chilien, qui dénonce le manque de légitimité des élections présidentielles prévues au mois de mai prochain alors que l’opposition a été muselée. « Ne comptez pas sur l’Unité démocratique ni sur le peuple pour valider ce qui, jusqu’à présent, n’est qu’un simulacre frauduleux et illégitime d’élection présidentielle », avait affirmé dans un communiqué la Table de l’unité démocratique (MUD), la principale coalition d’opposition à l’annonce de l’organisation d’élections.

Le président a directement interpellé le pouvoir en place au Venezuela, héritier du chavisme, afin qu’il se replace  « sur la voie de la démocratie, des droits de l’homme, de l’État de droit et des libertés », tout en demandant à ce que soit « reconnue la crise humanitaire », qui selon le dirigeant chilien « cause des souffrances gigantesques et condamne à la faim et la mort ».

Il a par ailleurs déjà dénoncé ce qu’il présente comme un simulacre d’élections, à savoir le prochain scrutin présidentiel qui doit se tenir le mois prochain, évoquant un processus non transparent, « des élections qui ne répondent pas aux normes minimales d’une société véritablement démocratique » et affirmant, qu’à ce titre, aucun pays démocratique ne pourra reconnaître la légitimité du suffrage et du candidat élu.

« J’espère que nous aiderons le peuple vénézuélien à recouvrer ce qui lui appartient: sa liberté, son progrès, sa démocratie et sa qualité de vie », a lancé le président Piñera pendant le Sommet auquel n’a assisté aucun délégué Venezuela, rappelons que le pays organisateur, le Pérou, avait décidé de retirer au président Nicolás Maduro son invitation en guise de représailles pour dénoncer la situation de chaos régnant dans le pays.

Tout comme son homologue chilien, l’Argentine par la voix du président Mauricio Macri, a fait savoir qu’il ne reconnaîtra aucune élection issue de l’appel lancé par le gouvernement vénézuélien, car il ne s’agit pas une élection démocratique : « Nous ne pouvons pas regarder ailleurs, là il y a un processus politique sans garanties minimales, nous ignorerons toute élection qui découle d’un processus de ce type, parce que ce n’est pas une élection démocratique ».

Le président colombien Juan Manuel Santos, a également pris la parole lors du Sommet pour condamner la politique menée depuis Caracas qui asphyxie la population « nous serons implacables avec le régime oppressif du Venezuela […] la Colombie qui partage une frontière avec le Venezuela reçoit chaque jour un grand nombre de migrants qui fuient la misère ».

« La crise sociale et économique s’aggrave de jour en jour, ce qui a paradoxalement aidé le gouvernement à réprimer la population civile chaque jour un peu plus « , a déclaré M. Santos ajoutant au sujet de la crise migratoire « la Colombie est le pays qui souffre le plus de la situation désespérée que vivent les Vénézuéliens, c’est pourquoi nous sommes les plus intéressés par la restauration de la démocratie dans notre nation soeur ».

Le président mexicain, Enrique Peña Nieto, a appelé à la « restauration de la démocratie » au Venezuela et espère que cela pourra se faire par des moyens pacifiques ». Il a souligné qu’« aujourd’hui il y a des gouvernements démocratiques partout sur le continent » et que « dans ce contexte », « il est préoccupé par la grave situation au Venezuela ».

Le président du Panama, Juan Carlos Varela, qui a récemment expulsé son ambassadeur à Caracas a annoncé qu’il ne reconnaîtra pas les résultats de mai, et a condamné « l’affaiblissement de la démocratie » au Venezuela tout en dénonçant l’exode massif des citoyens de ce pays.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a dénoncé la violation des droits de l’homme au Venezuela, selon lui « totalement inacceptable », et a exhorté les autres pays membres de l’Organisation des États américains (OEA) à travailler ensemble pour restaurer la démocratie dans ce pays.

Le vice-président américain, Mike Pence, a personnellement remercié le président péruvien Martín Vizcarra (qui a remplacé Pedro Pablo Kuczynski quelques jours après sa démission) pour la position « forte » adoptée par Lima contre le gouvernement de Nicolás Maduro et a promis que Washington continuerait à faire pression sur Caracas politiquement et économiquement. « Merci pour votre position forte sur la tyrannie et la crise humanitaire que traverse le Venezuela », a déclaré Pence à Vizcarra, ce dernier a également fait savoir qu’il ne reconnaîtra pas non plus le résultat électoral des prochaines élections vénézuéliennes.

Comme attendu, seuls les régimes de Cuba et de la Bolivie n’ont pas condamné en termes identiques la politique jusqu’au-boutiste du président vénézuélien. Le chef de la diplomatie cubaine, Bruno Rodriguez, a déploré l’exclusion du président vénézuélien du sommet de Lima et ce qu’il a décrit comme « un affront à tous les peuples des Amériques et un revers historique imposé par les États-Unis ».

En marge du Sommet, ce sont seize pays qui,  ont signé la « Déclaration du Venezuela » pour adresser « un appel urgent » au gouvernement de Nicolás Maduro afin que les élections se déroulent selon un processus libre, équitable et transparent. La déclaration a été publiée par les chefs d’État et de gouvernement des pays suivants: Argentine, Bahamas, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Guyana, Honduras, Mexique, Panama, Paraguay, Pérou, Sainte-Lucie et le vice-président des États-Unis, Mike Pence.

Par ailleurs, les signataires « exhortent les agences spécialisées, les fonds et les programmes du système des Nations Unies et de l’OEA à mettre immédiatement en œuvre un programme d’assistance humanitaire pour soulager la souffrance et les pénuries du Venezuela », indique le communiqué. .

Les pays, qui s’inquiètent de «l’aggravation de la crise» au Venezuela, ont exhorté les membres de la communauté internationale à soutenir les efforts déployés par certains pays américains pour restaurer la démocratie sur le territoire vénézuélien. « Une fois l’ordre démocratique et constitutionnel rétabli, nous soulignons l’importance pour la communauté internationale de soutenir le redressement économique du Venezuela », conclut le communiqué.