Il était soupçonné par des natifs de l’assassinat d’une guérisseuse indigène âgée de 81 ans. Un Canadien a été lynché dans la région amazonienne du Pérou après que les habitants d’un village éloigné lui aient imputé la mort de la vieille dame par arme à feu.

Olivia Arévalo, une femme de la communauté Shipibo-Conibo, connue pour pratiquer une médecine traditionnelle, a été abattue de deux balles jeudi dernier près de son domicile dans la région amazonienne d’Ucayali, a déclaré Ricardo Palma Jimenez, responsable d’un groupe de procureurs. Suite à cet évènement dramatique, certains résidents ont imputé ce meurtre à un citoyen canadien de 41 ans vivant dans la région, et qui était censé avoir eu recours aux pratiques de la vielle dame, a déclaré Jimenez.

La police a découvert le corps de la victime canadienne enterrée à environ 1 kilomètre de la maison de la « curandera » samedi, après la diffusion d’un d’enregistrement vidéo dévoilant le lynchage à mort du quadragénaire, une scène insoutenable filmée sur un téléphone portable et partagée sur les réseaux sociaux, des informations données par M. Jimenez.

La vidéo montre un homme gémissant dans une flaque d’eau boueuse près d’une maison avec un toit de chaume tandis qu’un autre homme lui met une corde autour du cou et le traîne sur le sol jusqu’à son dernier souffle de vie devant des témoins impassibles.

Selon plusieurs sources canadiennes, l’homme originaire de Colombie-Britannique s’était rendu dans la forêt tropicale du Pérou pour se familiariser auprès de la représentante indigène à l’usage de la médecine hallucinogène, dont le rituel de l’ayahuasca, l’une des drogues psychédéliques considérées comme les plus puissantes au monde.

Or, les effets de cette consommation sont parfois dramatiques, ainsi un Britannique avait été poignardé à mort lors d’une cérémonie de l’ayahuasca alors qu’il aurait attaqué un Canadien qui participait également à la cérémonie.

Jimenez a déclaré que les enquêteurs exploraient toutes les pistes liées au meurtre d’Arevalo et qu’il était trop tôt pour nommer des suspects dans l’affaire du ressortissant nord-américain ajoutant qu’aucune arrestation liée à la mort de ce dernier n’avait été réalisée.

« Nous ne nous reposerons pas tant que les deux meurtres, celui de la femme indigène et celui de l’homme canadien, ne seront pas résolus », a déclaré Jiménez dans un entretien téléphonique.

Jiménez a déclaré que l’homme dans la vidéo, dont l’identité a été révélée dans la presse canadienne et péruvienne, allait être autopsié même si les causes de la mort ont été identifiées, il a reçu des coups violents et a été étranglé.

La mort d’Olivia Arévalo avait suscité l’indignation au Pérou après que d’autres meurtres non élucidés de militants autochtones ont été enregistrés dans le pays sud-américain, des activistes victimes de menaces de mort alors qu’ils se mobilisaient pour empêcher l’accès à leurs territoires à des bûcherons et producteurs illégaux d’huile de palme.

La présence policière est rare dans les Andes péruviennes et en Amazonie et les natifs punissent souvent les présumés criminels selon leurs coutumes locales et sans l’intervention de la police ou des autorités officielles, cette justice expéditive se soldant le plus souvent par la mort du présumé coupable.

Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Canada a exprimé dimanche ses condoléances pour l’assassinat de la représentante indigène, « une indigène âgée et défenseuse des droits du peuple Shipibo-Conibo ». Il a également évoqué la fin funeste du Canadien en proposant l’aide des services consulaires à ses proches.

La leader était une ardente défenseuse des droits culturels du peuple Shipibo-konibo et après son assassinat, le premier ministre du Pérou, Cesar Villanueva a dit qu’il était « très choqué » et a promis que cela ne restera pas impuni.

Jeudi, à la suite de l’annonce de sa mort, le Congrès péruvien a observé une minute de silence en mémoire de l’octogénaire, porte-parole de tout un peuple alors que le médiateur a annoncé qu’il contrôlerait les enquêtes de la police et du ministère public.

L’ethnie Shipibo-Konibo peuple les régions amazoniennes d’Ucayali, Madre de Dios, Loreto et Huánuco, avec 31 000 habitants, c’est l’un des groupes ethniques les plus peuplés d’Amazonie péruvienne.

Ce n’est pas la première fois qu’un chef indigène est assassiné dans la région d’Ucayali, en septembre 2014, quatre dirigeants de la communauté Asháninka d’Alto Tamaya-Saweto ont été tués à la frontière avec le Brésil.