Vue aérienne de la ville de Bogotá

Iván Duque vient de remporter les élections présidentielles en Colombie, au terme de sa victoire dans les urnes, il a assuré qu’il ne « mettra pas en miettes » les accords de paix signés en Colombie après d’âpres négociations entre le gouvernement de celui qui cède sa place, Manuel Santos, et les guérilleros, mais il a annoncé qu’il y aurait des « ajustements », une thématique au cœur de la campagne électorale.

Le président élu du parti du Centre démocratique a battu hier, dimanche 17 juin, lors du second tour des élections présidentielles, le candidat de gauche, Gustavo Petro; Iván Duque a déclaré que son gouvernement chercherait en exerçant le pouvoir à « garantir la vérité, la justice et la réparation » pour les victimes du conflit armé qui a ensanglanté durant plusieurs décennies le pays sud-américain. « Je donnerai toute mon énergie pour unir ce pays », a-t-il ajouté dans un discours qui se voulait rassembleur.

Dans un pays de 49 millions d’habitants, où le taux de pauvreté atteint 27%, le candidat de gauche n’a pas su rassembler les électeurs autour de sa candidature alors qu’il promettait une série de réformes visant à « approfondir la paix ». Le candidat de gauche a néanmoins fait un score trois fois supérieur à celui réalisé en 2006 par le candidat du moment, Carlos Gaviria.
Après avoir remporté un peu moins de 40% des voix au premier tour, Duque a obtenu 53,98% des voix au second tour, dépassant de 12 points le candidat de l’opposition, Gustavo Petro.

Hormis à Bogotá et sur la côte du Pacifique où vit majoritairement une population afro-colombienne et autochtone, l’ancien sénateur a gagné dans pratiquement toute la Colombie. Autre point marquant de cette élection, la Colombie aura pour la première fois une femme en tant que vice-présidente: la politicienne expérimentée Martha Lucía Ramírez, ancienne sénatrice, ancienne ministre du Commerce et de la Défense et ancienne ambassadrice.

(Vidéo du 18/06/2018)

Iván Duque, du Centre démocratique, a déclaré, après l’annonce de sa victoire sans appel, qu’une « une nouvelle génération arrivait pour gouverner avec tout le monde et pour tout le monde », ajoutant dans son discours « je mettrai toute mon énergie pour unir ce pays. Aujourd’hui, aucun citoyen n’est vaincu, je veux être le président qui transmettra le même amour à ceux qui ont voté pour nous, qu’à ceux qui ne l’ont pas fait ou encore qui ont voté blanc ».

L’avocat de 41 ans, le plus jeune président à être élu en Colombie depuis 1872 et le plus plébiscité dans les urnes de l’Histoire avec plus de dix millions de voix, a témoigné de sa volonté de réunir le pays et d’assurer un climat apaisé, loin des scandales qui ternissent la vie politique. A ses concitoyens, il leur a promis un combat frontal contre la corruption et le clientélisme, « nous serons le gouvernement qui affrontera comme jamais auparavant le cancer de la corruption », a-t-il lancé à la foule.

En ce qui concerne les accords de paix signés par le président sortant, Juan Manuel Santos et les FARC, le disciple de l’ancien président Alvaro Uribe a déclaré que la paix se doit avant tout de  « préserver le désir de démobilisation, de désarmement et de réinsertion des guérilleros« .
Juan Manuel Santos, qui a été récompensé du Prix Nobel de la paix pour avoir mis fin au conflit armé durant son double mandat (huit années passées au pouvoir), a déclaré sur Twitter qu’il avait appelé son successeur « pour le féliciter et lui souhaiter le meilleur », à cette occasion, il lui a offert « la collaboration du gouvernement pour une transition ordonnée et sereine ».

Le nouveau chef d’État a prononcé les mots suivant après son arrivée en tête des urnes « vous pouvez être sûr que je vais travailler en tant que commandant en chef de tous les Colombiens pour défendre la constitution », ajoutant « nous allons devenir la nation de la justice sociale et de l’équité ».
Le président élu a également remercié son mentor politique Álvaro Uribe Vélez, leader du Centre démocratique, pour son soutien « nous allons former un cabinet avec les meilleures », a-t-il déclaré.
La lutte contre la corruption et le trafic de drogue, mais aussi le flux migratoire depuis le Venezuela, ont été des thématiques clés de cette campagne électorale qui a donné la victoire à la droite conservatrice.

L’ancien sénateur qui vient d’accéder aux plus hautes fonctions a affirmé pendant la campagne que les chefs rebelles, coupables de crimes atroces, devaient être punis d’une peine minimum de prison et a affirmé qu’ils ne devraient pas être autorisés à occuper l’un des dix sièges parlementaires désormais réservés au parti des FARC.

Les anciens guérilleros ont déjà déposé les armes et ont participé aux élections législatives de mars, avec un résultat marginal de 0,5% des voix, bien que la représentation au Congrès soit garantie par le pacte.

Mais il reste à clarifier des aspects clés de l’accord comme la réparation aux millions de victimes ou encore les réformes rurales visant à éviter de nouveaux conflits. Parmi les autres points délicats que le nouveau chef d’État devra prendre à bras le corps, il y aura la poursuite ou non des négociations avec l’autre guérilla persistante du pays, à savoir l’ELN.

(Vidéo du 18/06/2018)