277 morts, voici le bilan humain annoncé par la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), des victimes nicaraguayennes qui ont perdu la vie au cours des trois derniers mois dans le pays d’Amérique centrale dans le cadre d’une forte répression gouvernementale menée contre des opposants au pouvoir. Rien que la semaine dernière 11 personnes ont été tuées et plusieurs dizaines blessées lors d’interventions musclées des forces de l’ordre.

La crise sociopolitique qui secoue le pays gouverné par le président Daniel Ortega est marquée depuis plusieurs semaines par la violence, certaines organisations humanitaires évoquent même le chiffre de 351 morts.

Les manifestations contre Ortega ont commencé le 18 avril dernier, elle est née d’une volonté du gouvernement de réformer le système de retraites en optant pour  l’augmentation des cotisations et une diminution des pensions de retraite. Un projet qui a suscité de vives manifestations dirigées par des étudiants dans plusieurs villes, des mouvements d’opposition sévèrement réprimés.

Le refus de cette réforme a très vite débouché sur un rejet de la politique globale menée par le président Ortega après onze années passées au pouvoir sous fond d’accusations de corruption et d’abus de pouvoir.

La Commission a rappelé au Nicaragua son obligation de garantir la vie, l’intégrité et la sécurité de toutes les personnes qui manifestent et exercent leurs droits et leurs les libertés civiles dénonçant une répression abusive de la part des autorités.

De même, la CIDH rappelle que le Nicaragua doit démanteler les groupes d’autodéfense et adopter des mesures pour empêcher le fonctionnement continu de groupes armés qui attaquent et harcèlent la population civile, avec le soutien et l’assentiment de l’État. Pour ce faire, le gouvernement doit enquêter sur les événements auxquels ces groupes ont participé, identifier et punir les responsables qui articulent leur fonctionnement des structures de l’État.

La communauté internationale s’est prononcée et a condamné les pratiques gouvernementales. José Miguel Vivanco, directeur de la division Amériques de Human Rights Watch, attribue la violence,  cette « répression brutale » marquée par « toutes sortes d’atrocités » à Daniel Ortega et à son épouse, actuelle vice-présidente de la république.
L’Union européenne a appelé à la fin des violences et considère que « les actes commis contre les étudiants et les civils au Nicaragua, de même que le retard dans l’assistance médicale d’urgence aux blessés, sont déplorables », des propos tenus par Federica Mogherini, porte-parole du ministère.

Le conflit dans le pays d’Amérique centrale ne semble pas avoir une fin proche, puisque les citoyens exigent la démission du gouvernement, ce qui n’est pas à l’ordre du jour. Le niveau de violence a même augmenté et après plusieurs tables rondes, les escouades d’Ortega continuent à commettre des actes de violence dans les rues.
L’Organisation des États américains (OEA) a demandé à Ortega de «soutenir un calendrier électoral» pour organiser des élections anticipées, un moyen pour sortir de la crise avec l’intervention de l’Église catholique comme médiatrice majeure.

Le parti d’opposition Ciudadanos por la Libertad a également exigé « des élections avancées, transparentes et pleinement observées, afin que le peuple choisisse librement ses dirigeants », le but étant de surmonter la crise.
Les citoyens et divers secteurs de la société au Nicaragua ont également célébré cette résolution de l’OEA dans laquelle il est demandé d’avancer à mars 2019 les élections prévues pour 2021.

« Que ce vote (l’OEA) ait lieu en mémoire de ceux qui ne sont plus avec nous et pour les prisonniers politiques. Grande victoire pour le Nicaragua », a déclaré Juan Sebastián Chamorro, l’un des représentants du secteur des affaires dans l’Alliance civique.
« Merci, aux frères du continent américain qui ont montré leur solidarité avec la douleur et la lutte du peuple du Nicaragua!« , a déclaré l’évêque auxiliaire de Managua, Silvio Báez, sur les réseaux sociaux.

Selon Ortega, qui a tenu un discours de commémoration hier à l’occasion de l’anniversaire de la fin de la dictature de Somoza, les évêques ont révélé leurs intentions de « coup d’État » lorsqu’ils ont présenté une proposition pour surmonter la crise, qui inclut l’organisation anticipée des élections générales et la restructuration de l’État.
Les évêques ont proposé à Ortega, le 7 juin dernier, d’avancer la date du scrutin, sans lui permettre de se présenter pour sa réélection pour surmonter la crise.

Le président a également défié l’Organisation des États américains (OEA), dont le Conseil permanent a approuvé mercredi en session extraordinaire une résolution appelant à des élections anticipées.
« Les décisions du Nicaragua ne sont pas prises à Washington (siège de l’OEA), elles sont prises à Managua », a-t-il dit.
Le chef d’État nicaraguayen s’est dit victime d’un « complot armé et financé par des forces internes et externes » qui tentent de le renverser. Ces « forces », a-t-il dit, ont la « complicité » des évêques nicaraguayens, qui agissent en tant que médiateurs et témoins d’un dialogue national »