View of Iquique, Chile 2016 Wikipédia

Deux momies incas, enterrées il y a plus de 600 ans et retrouvées il y a plus de 40 ans sur le sol sud-américain, pourraient s’avérer dangereuses pour ceux et celles qui les approchent, il ne s’agit pas d’une malédiction inspirée du célèbre album d’Hergé « Tintin et les sept boules de  cristal » pesant sur des scientifiques bien trop curieux, mais d’un paramètre beaucoup plus pragmatique puisque les deux dépouilles retrouvées au nord du chili sont porteuses de poussières toxiques.

En effet, après avoir étudié les deux momies Incas, âgées de 9 et 18 ans, qui ont vécu entre 1399 et 1475, il s’avère que leurs vêtements étaient recouverts de cinabre ou sulfure de mercure. Les deux femmes, retrouvées en 1976, ont été enterrées dans une position fœtale à Cerro Esmeralda, dans la ville d’Iquique, au nord du Chili.

En raison du luxe de ces artefacts, les archéologues estiment que la mort des deux femmes pourrait être un Capacocha ( Qhapaq hucha « sacrifice solennel » en quechua, langue indigène andine) , un type de sacrifice impliquant le plus souvent des enfants que les Incas pratiquaient pour commémorer des événements historiques dans la vie de l’empereur Inca ou bien pour répondre à des catastrophes naturelles. Les momies en question étaient entourées de fines céramiques, de coquillages, d’ornements en argent et de figurines en métal. De plus, les momies étaient habillées d’élégants textiles rouges, témoignant de leur importance et de leur rôle à jouer auprès des divinités dans l’autre monde.

Un groupe de scientifiques de l’Université de Tarapaca, dirigée par l’anthropologue Bernardo Arriaza, a analysé les tissus des momies et a conclu que le pigment rouge vif retrouvé était du cinabre, un minéral contenant de grandes quantités de mercure. La présence de cinabre est rare parmi les découvertes archéologiques du Chili, et les experts pensent, à ce titre, qu’il ait pu être importé du Pérou.

« Ce type de matériau dangereux peut être unique dans sa relation avec les rituels incas », a souligné un spécialiste en charge de l’étude des momies, l’anthropologue Bernardo Arriaza.
« La découverte possible de cinabre à Cerro Esmeralda est importante, car, à notre connaissance, cette composante toxique n’a pas encore été identifiée chimiquement dans le nord du Chili », écrivent les auteurs de l’étude parue dans la publication spécialisée Archaeometry.

Les chercheurs ne savent pas avec certitude pourquoi les momies étaient couvertes de poudre de cinnabre sur leurs vêtements. Il est probable que cela faisait partie d’un rituel qui était utilisé pour protéger la tombe des pillards. L’utilisation du cinabre a été documentée sur plusieurs sites archéologiques du monde entier.
Dans les cultures de la région andine, ce minéral a été utilisé dans des tombes, des peintures murales, des masques, des ornements et des métaux précieux.

Au néolithique, il a été trouvé dans des artefacts et sur des restes humains. Dans la Rome antique, il était utilisé dans l’art et l’architecture. Son utilisation dans la médecine traditionnelle chinoise et indienne a également été rapportée.

Selon les chercheurs, le contact avec du cinabre peut causer divers problèmes de santé, affecter le système nerveux et musculaire, ainsi que le tractus gastro-intestinal. Selon ses niveaux de concentration, il peut même être mortel.
« Très peu d’études archéologiques ont spécifiquement abordé l’utilisation de matériaux toxiques dans les temps anciens », soulignent les archéologues. C’est pourquoi ils avertissent les autres chercheurs d’être prudents lorsqu’ils manipulent des artefacts et des restes humains avec des pigments rouges. L’exposition au mercure peut causer des problèmes sérieux sur la santé humaine.

Le cinabre était couramment exploité dans la région de Huancavelica dans l’ancien Pérou (à 450 km au sud-est de l’actuelle Lima). Après la conquête espagnole du Pérou en 1564, la mine de cinabre de Huancavelica été connue comme une des plus importantes sources de mercure au monde : elle aurait produit 36 000 tonnes de mercure jusqu’à sa fermeture en 1974.
« Les Incas – et, en général, toutes les sociétés approvisionnées en cinabre de Huancavelica – ont toujours utilisé ce minéral dans des contextes sociaux prestigieux et d’élite », écrivent les chercheurs.
Actuellement, les deux momies sont exposées au public dans le musée régional d’Iquique, portant les tuniques et les effets personnels avec lesquels elles ont été sacrifiées il y a six siècles.