Production de feuilles de coca

Le président de Colombie, Ivan Duque, a réaffirmé ses objectifs en matière de lutte contre le trafic de drogue, ainsi il envisage la destruction au cours des quatre prochaines années de 140 000 hectares de cultures illégales de coca, la matière première de la cocaïne, pour cela le recours à des pulvérisations de glyphosate, herbicide controversé, devrait avoir à nouveau lieu sur le territoire.

« Je dirai que, dans les quatre prochaines années, nous pourrions réduire de 140 000 à 150 000 hectares la surface des cultures en question, ce n’est pas facile, mais c’est l’objectif que nous voulons nous fixer », a affirmé le chef d’état sud-américain fraîchement élu alors que la pression de Washington se fait de plus en plus présente.

Les déclarations de M. Duque sur ce point ont eu lieu après qu’il se soit entretenu, mardi, à Bogotá avec de hauts responsables du gouvernement américain pour évaluer l’augmentation de la coopération bilatérale dans la lutte contre le trafic de drogue.
La délégation était dirigée par Jim Carroll, rattaché au Bureau de lutte antidrogue (ONDCP), il a souligné l’urgence de cette action alors que le nombre d’hectares illicites de coca en Colombie a augmenté de 11% entre 2016 et 2017, passant de 188 000 à 209 000, et que le chiffre de 240 000 hectares pourrait être atteint d’ici la fin de l’année. De plus, selon ce bureau, la production de cocaïne a augmenté de 19%, passant de 772 tonnes en 2016 à 921 tonnes en 2017. Dans un communiqué, le président américain Donald Trump a exprimé son inquiétude face à l’augmentation des cultures illicites en Colombie, au Mexique et en Afghanistan, il a inclus la Colombie dans la liste des principaux pays producteurs de drogues illicites ou de drogues de transit.

Le gouvernement colombien affiche sa volonté de traquer et de détruire les zones de cultures illicites en ayant recours à la pulvérisation aérienne avec du glyphosate, dont l’usage a pourtant été interdit par la Cour constitutionnelle en octobre 2015 après que le président sortant, Juan Manuel Santos (2010-2018), ait fait part de sa préoccupation concernant les risques induits sur la santé humaine, débat plus que jamais d’actualité en France concernant le secteur agricole.
La Haute Cour avait alors jugé que l’utilisation du glyphosate lors de l’épandage aérien pouvait affecter la santé humaine et nuire considérablement à l’environnement.
Selon Duque, son administration cherchera à employer de nouveau la méthode de fumigation aérienne, mais celle-ci devrait être adaptée aux protocoles de la Cour. 

Le ministre de la Défense colombien, Guillermo Botero, a indiqué que le gouvernement élabore donc des protocoles permettant la reprise des pulvérisations aériennes de glyphosate. Le fonctionnaire a également déclaré que l’éradication aérienne des cultures illicites serait financée par la coopération internationale, étant donné que le ministère de la Défense dispose seulement d’une partie des ressources financières nécessaires.

« La Colombie a pulvérisé pas moins de deux millions d’hectares de glyphosate depuis de nombreuses années, c’est l’un des herbicides les plus rentables (…) Nous étudions les protocoles, nous voulons procéder à de nouvelles fumigations », a déclaré M. Botero. Le ministre de la Défense a également affirmé que la Cour constitutionnelle n’avait pas « déclaré que le glyphosate ne pouvait pas être fumigé ». De même, il a signalé que des tests de fumigation avec des drones étaient effectués par la police dans le département de Tolima.

(Vidéo du 29/06/2018)

En avril dernier, la Cour constitutionnelle avait interdit l’utilisation ou la réutilisation de l’herbicide à base de glyphosate dans le cadre du programme d’éradication des cultures illicites sous la forme de pulvérisations aériennes.

« La fumigation peut se produire si les protocoles sont suivis. Dans la politique globale que nous souhaitons mener pour lutter contre les cultures illicites, ces protocoles sont reflétés de telle sorte que toute action est soutenue par les directives de la Cour », a déclaré le président. Le tribunal de grande instance, dans une décision de tutelle, a rappelé que le glyphosate avait des effets cancérigènes, il était donc recommandé au gouvernement de chercher des alternatives à la fumigation.

« La Cour constitutionnelle a déclaré que la fumigation au glyphosate peut être effectuée si certains protocoles sont respectés et 7 éléments établis. Dans la politique intégrale que nous développons, nous voulons que ces protocoles soient pris en compte, de sorte que toute action entreprise par nos soins soit soutenue dans le respect fidèle des directives de la Cour », a t-on rappelé aux plus hautes sphères de l’État.

La Cour a également émis la possibilité de recourir à d’autres substances non-toxiques ou d’effectuer des épandages avec le même herbicide, mais sous un contrôle strict « en veillant à minimiser les effets négatifs potentiels que cela peut avoir sur les communautés ethniques ». Dans la même décision judiciaire, la Cour a interdit la pulvérisation aérienne de glyphosate au sein de parcs naturels ou encore de zones de réserves paysannes et autochtones.

Selon les propos de l’ancien ministre de la Justice, Yesid Reyes, dans une récente interview, les zones où l’on dénombre la plus forte concentration de cocaïne sont précisément ces lieux où la fumigation n’est pas rendu possible pour des raisons écologiques, le défi pour les autorités reste donc entier entre politique anti-drogue et impératifs environnementaux et sanitaires.