Plus de 39 millions d’habitants en Amérique latine ont souffert de la faim en 2017, c’est ce qu’indique un récent rapport de la FAO qui pointe également du doigt l’augmentation de l’obésité sur le continent, un surpoids qui constitue la plus grande menace nutritionnelle en Amérique latine selon les experts en alimentation.

Chaque année, il y a 3,6 millions de personnes obèses en plus sur le territoire latino-américain et caribéen et le surpoids affecte 250 millions de personnes, soit 60% de la population totale de la région.

Alors que l’Objectif de développement durable fixé au niveau mondial vise à mettre un terme à la faim et à la malnutrition sous toutes ses formes d’ici 2030, l’Organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) indique que la faim en Amérique latine et dans les Caraïbes a augmenté en 2017 pour la troisième année consécutive et est devenue un problème impactant 39,3 millions de personnes, soit 6,1% de la population de la région.

Le pays où la faim a le plus augmenté en Amérique du Sud est le Venezuela, où le nombre de personnes souffrant de malnutrition a augmenté, en effet entre 2014 et 2017, 600 000 personnes en plus ont été impactées par le manque de nourriture. La FAO est particulièrement préoccupée par cette situation, selon les chiffres de l’organisme, la crise politique, économique et sociale au Venezuela a ruiné les progrès réalisés en matière de réduction de la faim par le pays sud-américain entre 2000 et 2010, le nombre de sous-alimentés atteint ainsi 3,7 millions de personnes soit 11,7% de la population totale.

Berdegué, le représentant régional de la FAO, a déclaré que la FAO avait exhorté le gouvernement vénézuélien à « envisager la possibilité de recourir à la coopération humanitaire internationale » pour remédier à la pénurie alimentaire, mais les autorités vénézuéliennes ont écarté cette possibilité.

Ces chiffres font partie du rapport intitulé Panorama sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Amérique latine et dans les Caraïbes 2018, préparé en collaboration avec l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), L’UNICEF et le Programme alimentaire mondial (PAM). Le document souligne également que l’obésité est devenue la plus grande menace nutritionnelle en Amérique latine, où l’on compte chaque année 3,6 millions de personnes obèses en plus, alors que le surpoids touche 250 millions de personnes, soit 60% de la population de la région.

Le rapport publié au siège régional de la FAO à Santiago du Chili, souligne que la faim a également connu une tendance à la hausse ces dernières années, avec une augmentation de la sous-alimentation entre 2015 et 2016 (+ 200 000 individus touchés), mais aussi une flambée entre 2016 et 2017 (+ 400 000 individus touchés), les chiffres montrent que « le rythme de la détérioration s’accroît ». En Argentine, en Bolivie et au Venezuela, en outre, le nombre de personnes sous-alimentées a augmenté d’année en année depuis 2014.

La situation est particulièrement inquiétante au Venezuela, le nombre de personnes sous-alimentées dans ce pays est passé de 1,1 million au cours de l’exercice biennal 2010-2012 à 3,7 millions sur la période 2015-2017, ce qui signifie que le Venezuela est proche de la réalité du début du siècle et perd les progrès réalisés au cours de la décennie précédente a noté la FAO.

Haïti est toujours le pays de la région où l’incidence de la faim est la plus forte avec 5 millions d’habitants frappés par ce fléau ce qui représente 45,7% de la population, suivi par le Mexique avec 4,8 millions d’individus frappés par la sous-alimentation (soit 3,8% de la population).

Malgré cela, Haïti, le Mexique, la Colombie et la République dominicaine sont les quatre seuls pays d’Amérique latine où la malnutrition a diminué depuis 2014. Onze autres pays affichent un pourcentage de sous-alimentation plus ou moins stable : le Panama, le Paraguay, le Pérou, le Chili, le Costa Rica, le Salvador, l’Équateur, le Guatemala, le Honduras, la Jamaïque, le Nicaragua. Selon le rapport, le Brésil, Cuba et l’Uruguay sont les trois seuls pays de la région présentant un pourcentage de sous-alimentés inférieur à 2,5% de sa population totale.

Outre la faim, le surpoids et l’obésité sont devenus la principale menace nutritionnelle en Amérique latine et dans les Caraïbes. Près d’un adulte sur quatre est obèse et le surpoids touche 7,3% des enfants de moins de 5 ans, ce qui est supérieur à la moyenne mondiale, qui est de 5,6%, indique le rapport.

« L’obésité augmente de manière incontrôlable. (…) La situation est effroyable », a déclaré Julio Berdegué, lors de la présentation du document.

Parallèlement, en Amérique latine, le secteur agricole a connu une croissance quatre fois plus importante, mais l’achat d’aliments de qualité est de plus en plus difficile pour les populations qui n’ont pas les ressources nécessaires pour répondre à leurs besoins alimentaires, a averti l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

La FAO déplore également l’utilisation croissante des produits agrochimiques qui occasionnent un grand nombre de maladies chaque année.

« En Amérique latine, la faim n’est pas due à l’absence de nourriture, mais bien parce que – les gens – n’ont pas assez de ressources pour pouvoir se procurer de la nourriture de qualité. C’est pourquoi il est nécessaire de faire avancer les programmes de développement sur les territoires qui génèrent des opportunités économiques » , a déclaré Tito Díaz, coordonnateur de la FAO pour la Méso-Amérique.

Il a ajouté que dans ce combat contre la sous-alimentation, qui touche 821 millions de personnes dans le monde, dont 39 millions dans la région, il est nécessaire de créer des alliances entre les institutions locales, les agriculteurs, les différents organismes pour éliminer la faim et la malnutrition d’ici 2030, et atteindre ainsi les objectifs de développement durable.

« Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire de cibler de nombreuses politiques sur les populations vulnérables, de travailler avec les communautés autochtones, les exploitants familiaux, les femmes rurales et d’articuler les réglementations de manière intégrale, afin d’éliminer la pauvreté », a déclaré Díaz.

La FAO estime qu’il est nécessaire de changer radicalement les modèles alimentaires afin de se fixer comme objectif principal de parvenir à une alimentation saine, ce qui permettrait de lutter à la fois contre la faim et le surpoids.

En ce qui concerne les chiffres de la malnutrition figurant dans le rapport de la FAO, Berdegué a jugé « inacceptable » que plus de 39 millions de personnes d’Amérique latine souffrent de la faim dans une région où la grande majorité des pays ont un revenu moyen.

Le représentant de la FAO a rappelé que l’Amérique latine constituait « une région du monde longtemps en tête en matière d’éradication de la faim », principalement au début de ce siècle, bien qu’elle ait maintenant perdu la dynamique de ces années.

« Bien sûr, nous pouvons revenir à cette dynamique, nous l’avons fait une fois et il n’y a aucune raison pour que nous ne puissions pas le faire maintenant », a souligné Berdegué.

Pour cela, a-t-il ajouté, la « volonté politique » est essentielle, elle doit permettre de retrouver des taux de croissance économique plus élevés, l’une des raisons de la stagnation actuelle.