Région du Chocó, Colombie

Quelque 500 autochtones du département du Chocó, région de la frange Pacifique en Colombie, se sont rendus à Bogotá le mois dernier pour exiger des autorités du pays sud-américain le respect des accords gouvernementaux en matière de logement, de santé, d’éducation et surtout de sécurité.

La caravane des peuples autochtones appelée « Minga por la Vida » (« minga » qui signifie convocation générale en langue indigène), était composée de plus de 300 hommes, 100 femmes et 20 enfants appartenant à 30 communautés autochtones.

Dans une déclaration, l’ONIC (organisation de défense des peuples autochtones) a insisté sur le fait que les manifestants avaient pour but d’exiger le respect des accords convenus avec eux en août 2017 sous le gouvernement de l’ancien président, Juan Manuel Santos. Ils assurent que rien n’a été accompli comme convenu pour améliorer leurs conditions de vie et préserver leur intégrité physique.

L’ONIC a également dénoncé le fait que les violences entre groupes armés illégaux dans le Chocó, où le trafic de drogue fait rage, aient entraîné le déplacement de milliers d’autochtones depuis 2016, année de la signature de l’Accord de paix entre l’État et l’ancien groupe de la guérilla Forces armées révolutionnaires de Colombie.

Les peuples autochtones de Colombie ont également revendiqué leurs droits autour de ce qu’ils qualifient la « Restitution de leur Terre nourricière », des surfaces qu’ils considèrent comme leurs propriétés depuis plus de 500 ans.

La situation humanitaire due aux pressions des différents acteurs armés illégaux qui se disputent le territoire du Chocó rend la vie des communautés indigènes particulièrement infernale, beaucoup d’habitants craignent pour leur sécurité à juste titre.

Dans cette région, les peuples autochtones sont limités dans leur déplacement par les groupes armés qui luttent pour dominer le marché illégal de la culture de coca, ces derniers ont d’ailleurs, dans cette optique, multiplié la dépose de mines antipersonnel pour maintenir leur trafic à l’écart des locaux et des forces de police en instaurant un climat de terreur.

Dans le Chocó, une région pauvre les « paramilitaires, les guérilleros de l’ELN, les dissidents des FARC et les délinquants (…) se font face tous les jours pour contrôler les routes du trafic de drogue et le territoire des peuples autochtones », cite un communiqué de l’Organisation nationale autochtone de Colombie (ONIC) qui représente les peuples autochtones du pays.

Le bureau local des affaires humanitaires de l’ONU avait attiré l’attention en août dernier sur la situation critique au Chocó, où « au moins 3 682 autochtones (751 familles) » ont été contraints de se replier pour échapper aux affrontements entre les trafiquants de drogue du « Clan del Golfo » et les guérilleros de l’ELN.

Selon l’organisation, les habitants souffrent d’importantes « pénuries alimentaires » imputées en grande partie à la présence de groupes armés, aux menaces qui pèsent sur les dirigeants et aux champs de mines.

L’ELN est la dernière guérilla reconnue en Colombie après l’accord de désarmement des FARC, dans la région de la selva on retrouve également le Clan du Golfe, le plus important gang de narcotrafiquants du pays, composé de paramilitaires de droite démobilisés en 2006.

Sans commandement unifié, des FARC dissidents, qui ont rejeté l’accord de paix signé avec le gouvernement, environ 1 200 combattants dans tout le pays, se sont joints à ces groupes violents.

La Colombie, premier producteur mondial de cocaïne, connaît un conflit armé qui, en un demi-siècle, a fait huit millions de victimes parmi lesquels des morts, des disparus et des personnes déplacées de force.

Erika Guevara Rosas, directrice pour les Amériques d’Amnesty International, a rappelé dans une déclaration que ce n’était pas le premier déplacement forcé massif de minorités en Colombie et a demandé aux autorités nationales, départementales et municipales d’adopter des mesures immédiates pour garantir le respect de leurs droits alors que les natifs sont victimes d’une pénurie alimentaire et qu’ils manquent d’un accès aux services de base.

Amnisty International garantit que les affrontements entre les groupes paramilitaires et l’ELN placent les populations touchées dans une situation de vulnérabilité inacceptable.

« Les peuples autochtones du Chocó ont toujours été confrontés à la dure violence du conflit armé en Colombie et, aujourd’hui, cette violence s’intensifie avec la réorganisation de groupes armés tels que l’Armée de libération nationale (ELN) et des groupes paramilitaires sur leurs territoires ancestraux. Chaque jour, des milliers de personnes et de communautés sont victimes de déplacements forcés. Le gouvernement du président Duque doit prendre des mesures décisives et des mesures immédiates pour les protéger « , a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice pour les Amériques d’Amnesty International.

https://twitter.com/ErikaGuevaraR/status/1062834912124960768