Exemple de vestige pré-inca,
Huanchaco (Trujillo)

Une nouvelle découverte archéologique de l’époque précolombienne a été réalisée au Pérou, une chambre funéraire a été mise au jour dans le nord du pays sud-américain, elle se rapporte à la civilisation inca, et est d’une taille « exceptionnelle » selon les experts.

Rappelons que l’Empire inca, le « Tawantinsuyu » en quechua (langue native des Andes), fut le plus important d’Amérique préhispanique (période précédant l’arrivée de Christophe Colomb et le début de la Conquête), s’étendant sur un vaste périmètre géographique, depuis la ville de Cuzco au Pérou (le nombril du monde pour le peuple inca) jusqu’à la moitié sud de la Colombie, en passant par le nord du Chili et de l’Argentine.

Les archéologues pensent que cette tombe est celle d’un haut dignitaire, les experts ont en effet retrouvé la trace de spondyles, or ces coquillages accompagnaient toujours les tombes de personnages illustres de la période inca (du XIIe au XVIe siècle), le spondyle possédait aux yeux des Incas bien plus de valeur que l’or tant convoité par les conquérants espagnols à leur arrivée sur le territoire américain.

« La chambre funéraire a été découverte sur le site archéologique connu sous le nom de « Mata Indio », dans la région de Lambayeque« , (région qui se situe à environ 2 000 km de Cuzco, capitale de l’ancien Empire inca), a déclaré l’archéologue Luis Chero, directeur du musée du site Huaca Rajada-Sipán, à l’agence de presse d’État Andina.

Concernant cette chambre, L. Chero évoque « une architecture unique en son genre, qui montre que les Incas étaient installés dans la vallée de la Zaña avec splendeur », une découverte « transcendante pour l’histoire de Lambayeque ».

Le lieu en question a malheureusement été mis à sac à plusieurs reprises par des pilleurs de tombes, des « huaqueros » avides de trésors comme on les nomme sur le continent sud-américain, le chercheur a d’ailleurs précisé sur ce point :

« Ici, il y a deux périodes de pillage, l’une survenue pendant la colonisation alors que les autorités de l’époque ont donné leur aval pour piller ou extraire le métal, ils ont apparemment fouillé les fardeaux funéraires qui se trouvaient in situ, et l’autre, il y a environ 50 ans où ils ont de nouveau pénétré les lieux et pris des choses « , a déclaré L. Chero.

En outre, les restes des dépouilles humaines ont été dispersés et détériorés pendant ces fouilles clandestines détruisant des vestiges d’exception. Les archéologues présument qu’initialement les défunts avaient été enveloppés précautionneusement dans des ballots en textile et que des offrandes avaient été déposées à leurs côtés.

Malgré ces pillages, les archéologues ont pu récupérer des objets comme des vases et des aryballes ou aríbalos (pichet inca à fond conique surmonté d’un long col s’évasant vers le haut ). Ce sont précisément ces vases restants tellement typiques qui ont permis aux scientifiques de relier ces objets à la période inca, alors que des ossements appartenant à des enfants laissent à supposer qu’il s’agissait d’un lieu sacrificiel, une tradition courante à cette époque où la mort rituelle permettait de faire honneur aux divinités et d’implorer leur clémence.

« Les enfants ont été placés dans des fosses en dessous du niveau du sol rocheux, d’est en ouest, un axe symbolique très important pour l’époque », a expliqué le directeur de l’unité d’exécution Naylamp, Alfredo Narváez.

La chambre funéraire présente également des niches qui servaient à déposer des idoles et à adorer un défunt. Luis Chero a déclaré que ces découvertes « témoignent de la majesté et de l’importance de ce site ». Ladite chambre funéraire possède une superficie de plus de 60 mètres carrés, avec de grands murs d’adobe mesurant environ 8 mètres de long et 4,8 mètres de profondeur, des dimensions inédites pour une construction funéraire réalisée par les Incas. Au vu de la taille de ce lieu, les chercheurs estiment qu’il a servi à enterrer un personnage de l’élite inca en compagnie d’autres personnes.

Alfredo Narváez a affirmé que « le site a un grand potentiel scientifique, il est donc nécessaire de prendre des dispositions pour le préserver en raison de la nature monumentale de l’architecture funéraire, du symbolisme du lieu et du statut des personnages ensevelis ».

Cette mise au jour a été réalisée dans le cadre d’une action archéologique d’urgence, car des informations avaient été reçues en décembre 2018 selon lesquelles le site était en train d’être pillé. Les restes d’os et de céramique trouvés sont d’ailleurs fragmentés par des pillages constants.

L’espace découvert par les archéologues de l’unité d’exécution 005 Naylamp-Lambayeque, du ministère de la Culture, fait partie du complexe archéologique Mata Indio, situé dans la vallée de la Zaña, près des villes actuelles de Chiclayo et de Lambayeque, berceau des grandes civilisations pré-incas Mochica et Lambayeque.