En Colombie, le président de la République, Iván Duque Márquez, a fait le déplacement le dimanche 28 avril, au sein du parc naturel national de la Serrania de Chiribiquete situé entre les départements de Caquetá et de Guaviare.

C’est depuis la base de la Force de déploiement rapide n° 1 de La Macarena, dans le département de la Meta (au centre du pays), qu’il a lancé la grande offensive contre la déforestation sur le territoire national.

Le choix de ce lieu n’est pas anodin, le Parc naturel national de Chiribiquete a été déclaré patrimoine mixte de l’humanité en 2018 par l’UNESCO, en raison de sa contribution importante à la préservation de la biodiversité et des écosystèmes naturels de la planète, et de la présence des communautés natives aux manifestations culturelles diverses. Cette réserve naturelle est le plus grand parc naturel en zone humide du continent sud-américain, avec une superficie totale de 4,2 millions d’hectares.

Le chef de l’État a ordonné de déployer toutes les capacités des forces armées et de la police nationale dans une zone d’environ quatre millions d’hectares, correspondant à la Serrania de Chiribiquete, zone privilégiée de la biodiversité mondiale et territoire ancestral des communautés autochtones.

Sous le nom “Artemis”, le président, en compagnie du procureur général et des ministres de l’Environnement et de la Défense, a présenté une campagne visant à mettre un terme à l’exploitation illégale du bois. Le chef d’État a assuré qu’il s’agit d’une stratégie militaire, judiciaire, mais aussi pédagogique ayant pour but de freiner drastiquement ce fléau écologique.

Le président a déclaré qu’il s’agissait “d’une journée primordiale pour le pays” précisant“nous avons conçu, planifié et donné vie à une campagne connue sous le nom d’Artemis, qui visait à combattre le crime de déforestation qui touche la Colombie”. Le choix du nom de cette campagne environnementale fait référence, dans la mythologie grecque, à la déesse de la nature sauvage, de la chasse et de la fertilité telle que l’on peut concevoir la “Terre-Mère” ou “Terre nourricière”.

Selon Duque, cette campagne, qui implique également le procureur général, le ministère de l’Environnement et l’ensemble du système environnemental national ainsi que le ministère de la Défense et les forces armées, a trois objectifs. Le premier vise à freiner “l’hémorragie” de ces dernières années, à savoir une déforestation qui a engendré une perte moyenne annuelle de 200 000 hectares de forêts.

Le deuxième objectif annoncé par le chef d’État est “la récupération de la forêt tropicale humide”. Enfin, le dernier objectif consiste à poursuivre pénalement ceux qui se cachent derrière ces pratiques illégales.

“Ceux qui ont l’intention de continuer à coloniser nos parcs naturels seront passibles de peines pouvant aller jusqu’à 12 ans de prison (…). Nous visons la richesse illicite de ceux qui amassent des fortunes au moyen de ces actes”, a déclaré le procureur général Martinez qui accompagnait le président Duque.

“Il est important de se souvenir que l’occupation des parcs nationaux naturels est une activité illégale. Cette pratique va de pair avec le trafic de faune et de flore, avec l’extraction illégale de minéraux, avec l’accaparement de terres et avec des cultures illicites”, a, de son côté, souligné le ministre de l’Environnement, Ricardo Lozano.

“Si le taux actuel de déforestation reste au même niveau, la Colombie perdrait, d’ici 2020, plus de 800 000 hectares de forêts: environ cinq fois la taillent de la ville de Bogotá”, une information donnée par l’ONG Dejusticia.

Le deuxième pays le plus riche en biodiversité de la planète

Pour comprendre les enjeux environnementaux de ce pays sud-américain, il faut savoir que la Colombie possède une superficie terrestre de 0,7% sur la surface de notre planète et abrite environ 10% de la faune et de la flore du monde.

Le pays occupe la deuxième place en matière de biodiversité et fait partie des 12 pays les plus mégadiversifiés, il est aussi très riche en ressources hydriques (troisième pays avec le plus d’eau au monde).

En lançant la campagne Artemis, Iván Duque a tenu les propos suivants :

“[…] Tout le pays doit être conscient de la nécessité de faire face à ce phénomène. C’est pourquoi, lorsque nous avons conçu notre politique de sécurité nationale, nous avons privilégié la protection de la biodiversité- sachant que nous sommes le deuxième pays du monde après le Brésil, avec la plus grande biodiversité par kilomètre carré-, à la protection des sources d’eau, des bassins, des páramos*, des rivières- un intérêt stratégique pour la sécurité nationale”.

I.Duque

Le prédécesseur d’Iván Duque, l’ex-président Juan Manuel Santos, récompensé du prix Nobel de la Paix pour avoir œuvré à la fin du conflit armé avec les FARC, confiait en 2018, après avoir quitté le pouvoir, que son plus grand regret était de ne pas être parvenu à réduire la déforestation.

Dans une interview accordée à El Tiempo, il avait répondu à la question “Quel objectif environnemental n’avez vous pas accompli ?” :

“Réduire la déforestation, les autres [objectifs], je pense que nous les avons accomplis. J’aurais aimé avoir moins de déforestation, mais si l’on analyse ce qui s’est passé, le taux de déforestation précédent était beaucoup plus élevé. Espérons que nous pourrons atteindre cet objectif de zéro déforestation, en particulier en Amazonie”.

J.M Santos

La Colombie a été l’un des pays les plus impactés par la déforestation en 2018 avec le Brésil, l’Indonésie, la République démocratique du Congo et la Bolivie, selon un rapport du World Resources Institute (WRI).

La Colombie a pour objectif d’atteindre “zéro déforestation” d’ici 2030 en Amazonie, avec ce programme, le gouvernement se donne les moyens de mettre fin à ce drame écologique que consiste la taille illégale en pleine forêt tropicale.

*Biotope néotropical d'altitude