Colombie, tombe Tierradentro (Wikipédia, inyucho)

En Colombie, dans le département de Cauca, tristement connu pour être un bastion du conflit armé qui a ensanglanté le pays pendant des décennies, se trouve un trésor archéologique entre les municipalités de Belalcázar et Inzá, une zone appelée Tierradentro.

Elle se situe sur le versant est de la Cordillère centrale, un lieu difficile d’accès, entre pics abrupts et canyons profonds, ce qui ajoute encore du mystère à la beauté des lieux.

Dans cette région luxuriante du sud-ouest du pays sud-américain, il existe de nombreux hypogées (tombe creusée dans le sol) ou tombes souterraines collectives. Ces constructions atteignent une profondeur allant jusqu’à neuf mètres et sont constituées de puits dotés d’escaliers étroits en spirale qui servent d’accès à la chambre funéraire. Les murs de ces cavités sont parés de dessins géométriques, anthropomorphes ou encore zoomorphes, certains en relief, d’autres peints avec des pigments rouge et noir.

Ces vestiges archéologiques, principalement concentrés sur cinq zones situées autour de San Andrés de Pisambalá (Alto del Aguacate, Alto de San Andrés, Alto de Segovia, Alto del Duende et El Tablon), sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1995. Ce site précolombien est logiquement perçu comme un héritage précieux et préservé d’une civilisation éteinte.

Tierradentro, vestige de la culture précolombienne dans le département du Cauca

Cette zone historique, qui forme une réserve protégée par l’Institut Colombien d’Anthropologie et d’Histoire (ICANH), était peuplée, à une époque antérieure à l’an 1000 apr . J.-C. ( entre 600 et 900 de notre ère), par des sociétés agricoles aux caractéristiques culturelles similaires à celles identifiées sur le site archéologique de San Agustín.

Des points communs qui ont pu être identifiés grâce à l’étude d’objets céramiques, de statues, des pièces d’orfèvrerie, mais aussi à l’aide de la datation au carbone 14 réalisée sur de la matière organique retrouvée dans l’hypogée. Il faut souligner, en revanche, que les hypogées sont des éléments singuliers de cette région, ils sont regroupés sur le sommet des collines ou sur le flanc des montagnes.

Ces immenses tombes souterraines sculptées dans le tuf* volcanique (certaines chambres funéraires peuvent atteindre jusqu’à 12 m de large) sont parsemées de motifs qui reproduisent le décor intérieur des bâtisses de l’époque. Elles témoignent d’une société andine complexe et de l’éclat culturel des sociétés préhispaniques.

La délimitation géographique du parc archéologique national de Tierradentro a été réalisée pour inclure tous les hypogées monumentaux connus de ladite culture et assurer de cette façon leur préservation.

162 tombes souterraines inscrites au patrimoine de l’UNESCO

Ces 162 tombes souterraines précolombiennes sont protégées au sein de 4 sites : l’Alto de Segovia avec 64 hypogées, l’Alto de San Andres avec 23 tombes, l’Alto del Duende avec 13 sépultures, et l’Alto del Aguacate avec 62 hypogées recensés et repartis le long d’une ligne de crête de 250 mètres de long. Ce parc d’exception intègre également le site d’El Tablón où des sculptures monumentales et des plus petites en pierre, associées aux sépultures des périodes antérieures, sont également préservées et dévoilées.

À l’arrivée des conquérants espagnols, dans cette région reculée, au XVIe siècle, les habitants, à l’origine des hypogées, avaient été supplantés par d’autres communautés indigènes: paeces, pijaos, yalcones et timanaes, qui avaient mis de côté leurs dissensions internes pour faire face à l’ennemi commun venu de l’étranger. Les colons venus de l’Ancien Monde ont fait face à une résistance acharnée pendant près d’un siècle, les natifs s’opposant avec force à l’envahisseur.

De nos jours, les indigènes nasas revendiquent leurs liens avec leurs ancêtres à l’origine des hypogées de Tierradentro, en français “la Terre de l’intérieur”, surnommée ainsi par les Espagnols en raison de sa situation enclavée difficile à atteindre. Actuellement, c’est dans un musée local que l’on peut découvrir les richesses de ces habitants qui ont peuplé ces terres reculées avant l’influence espagnole.

Les indigènes nasas, dignes héritiers de ce patrimoine précolombien

Le Musée Ethnographique de Tierradentro expose quelques éléments de la culture matérielle des natifs paeces (aussi appelés nasas) qui habitent cette région aujourd’hui. On y évoque par exemple les pratiques quotidiennes de cette culture indigène, comme la production agricole de la feuille de coca, plante sacrée, qui entre dans de nombreux actes rituels.

Le musée revient également sur l’histoire de Juan Tama, l’un des leaders paeces les plus reconnus, un accent particulier est mis sur l’importance de la lagune qui porte son nom au sein de la réserve indigène de Mosoco (municipalité de Belarcázar) en tant qu’espace rituel où l’on procède, entre autres, à la purification des bâtons de commandement des caciques (leaders) autochtones.

 *roche généralement tendre et poreuse résultant de la consolidation de débris volcaniques