Chili : Les momies Chinchorro, les plus anciennes au monde, reconnues par l’UNESCO

Momie Chinchorro du Chili

Les momies Chinchorro : saviez-vous que les momies les plus anciennes au monde mises au jour par les archéologues ne sont pas égyptiennes ? 

Des momies plus veilles que celles d’Egypte !

En effet, beaucoup l’ignorent, mais les momies artificielles les plus anciennes jamais retrouvées ont été découvertes au Chili.

Il s’agit de représentants de la culture Chinchorro.  Et si ces momies sont aussi bien préservées, c’est qu’elles ont été oubliées depuis des temps immémoriaux dans le désert aride d’Atacama. En fait, des conditions climatiques exceptionnelles expliquent leur bonne conservation. Les Chinchorro ont évolué dans le désert d’Atacama entre 7000 et 1500 avant J.-C, un lieu dépourvu d’humidité.  Ils se sont établis entre le nord du Chili et le sud du Pérou en se concentrant finalement dans l’actuelle ville d’Arica et dans la vallée de Camarones.

Les momies Chinchorro préservées grâce à l’aridité du désert où elles ont été placées : le célèbre Atacama

Ces momies remontent environ à 5050 ans avant Jésus-Christ contre 3000 av. J.-C. pour les momies égyptiennes. Et même si les scientifiques ignorent avec précision leur lieu d’origine, les momies Chinchorro ont été principalement découvertes dans la ville chilienne d’Arica. En fait, il s’agit d’un lieu enclavé dans le désert le plus aride au monde où les sols possèdent une forte concentration en nitrates. Ces différents facteurs ont favorisé une bonne conservation des corps, comme a tenu à le préciser l’archéologue chilien Félix Olivares.

Les Chiliens eux-mêmes ne connaissent pas toujours très bien l’existence de ces momies ayant appartenu à un peuple semi-nomade qui a évolué sur ce territoire sud-américain il y a environ 8000 ans.

Les archéologues les ont appelés “momies de Chinchorro”, car c’est sur cette plage du même nom que les premiers restes de cette culture côtière ont été retrouvés. On parle d’une zone extrêmement sèche, mais à la fois très riche d’un point de vue océanique en raison de la présence du courant froid de Humbolt. Or,  la pêche constituait le principal moyen de subsistance pour ce peuple.

La présence de ces momies précolombiennes permet d’en savoir plus sur le culte funéraire pratiqué par les Chinchorro. Ainsi,  on sait qu’à la différence des anciens Égyptiens, qui momifiaient uniquement les rois et les nobles,  ces derniers effectuaient un processus de momification sur différents profils. il n’y a pas réellement de distinction d’âge ou de statut. Ainsi, même les bébés étaient momifiés !

Les Chinchorro ont occupé le littoral du désert d’Atacama depuis Ilo, au Pérou, jusqu’à Antofagasta au Chili

“Les Chinchorro étaient des peuples de chasseurs, cueilleurs et pêcheurs, des esprits simples, qui cependant surprennent, car ils possédaient une bonne connaissance de la décomposition cadavérique. En effet, il mutilait littéralement le corps pour parvenir à la momification”, a expliqué l’archéologue.

Pour parvenir à la momification, ils démembraient les corps, prélevaient les organes et les muscles qu’ils remplaçaient par des végétaux et des morceaux de cuir (peau).

Puis, ils ôtaient les os pour les fixer avec du bois, ils reconstituaient le corps en entier. C’est l’aspect le plus impressionnant d’un point de vue social, habituel et artistique”, affirme Félix Olivares au sujet de ces momies artificielles.

Pour information, une momification naturelle est produite suite à des circonstances environnementales particulières comme le froid extrême, l’acidité ou la salinité du sol ou encore la sécheresse sans intervention de l’homme.

Une fois le processus de momification achevée, des plumes ou encore des branchages étaient ajoutés. Ainsi, ils modelaient un individu “avec un nouveau visage”. “Des momies d’enfants ont été retrouvées avec une longue chevelure d’adultes”, a précisé l’archéologue. Si le processus de momification est bien connu, les modalités concernant sa réalisation sont plus floues.

“Tous les corps n’étaient pas momifiés, ce qui laisse à penser qu’il pouvait y avoir une hiérarchie sociale, mais il y a de nombreuses inconnues”.

https://twitter.com/ONUChile/status/1420018396763205637

Les méthodes de momification de la culture Chinchorro ont évolué au fil du temps

Les scientifiques ont distingué différentes formes de momification, comme l’a souligné l’anthropologue et chercheur Bernardo Arriaza dans différentes études. Les Chinchorro ont développé différentes techniques de momification au fil du temps :

  • tout d’abord, les momies noires ;
  • puis, les momies rouges avec une patine en argile.

Les plus anciennes momies Chinchorro sont les momies noires

Les momies noires sont les plus anciennes, elles datent d’environ 6000 ans avant Jésus-Christ et ont perduré pendant deux millénaires. Il s’agit de simples squelettes recomposés dans leur intégralité avec une structure interne confectionnée avec des bâtons, des roseaux, des végétaux, des fibres et une pâte à base de cendres, ce dans le but de redonner du volume. 

Lors de l’étape finale, les préparateurs funèbres peignaient le corps avec une pâte noire à base de manganèse, d’où leur nom de momies noires.

Les momies rouges Chinchorro impliquaient une grande destruction des corps

Les momies rouges étaient confectionnées avec “une grande destruction du corps”, comme indiqué dans une étude parue en 1994. Cette momification impliquait l’extraction des organes avec des incisions, et afin de redonner une rigidité corporelle, ils glissaient des bâtons de bois pointus sous la peau. Une fois les incisions refermées, le corps était peint avec de l’ocre rouge, et souvent le visage restait noir.

Par ailleurs, le visage était paré d’une longue perruque de cheveux humains maintenue avec un bouchon d’argile, une technique apparue en 4000 avant Jésus-Christ et qui a perduré plus de 500 ans.

Finalement, après cette période rouge, les techniques de momification se sont simplifiées. En effet, les corps étaient alors desséchés, puis avec cette méthode, ils étaient enduits des pieds à la tête d’une patine faite de boue pour prévenir la décomposition. Cette technique a existé durant deux siècles environ.

Cet art funéraire suppose non seulement que les Chinchorro vouaient un profond culte aux morts, mais aussi qu’ils avaient une vaste connaissance empirique de l’anatomie humaine leur permettant de pratiquer la dissection, l’éviscération ainsi que le prélèvement d’organes, des faits relevés par Jaime Vera dans son étude “Momias Chinchorro”.

chili31032014-4

De la momification naturelle à la momification artificielle

On estime qu’entre 1880 et 1500 avant Jésus-Christ, la culture Chinchorro a adopté la momification naturelle (rendue possible par les conditions climatiques), un procédé qui a perduré 380 ans. Enfin, la momification artificielle aurait été pratiquée au moins pendant 4140 ans. On estime que sur les 208 corps momifiés Chinchorro identifiés dans différentes études, 61 d’entre elles sont des momies naturelles et 147 sont des momies artificielles (Arriaza, 1994).

Comment la culture Chinchorro a-t-elle disparu ?

Les raisons de la disparition progressive de cette culture restent à déterminer, comme bien d’autres aspects. C’est pourquoi les scientifiques de l’Institut de haute recherche de l’Université de Tarapacá cherchent depuis de nombreuses années à mettre davantage en lumière la culture Chinchorro. L’exposition des momies fait partie de ce travail de réhabilitation patrimoniale afin de susciter l’intérêt du public.

https://twitter.com/carlos_maillet/status/1420123228513705987

Les momies de Chinchorro font la fierté du musée chilien Museo Arqueológico San Miguel de Azapa.  En 2005, les archéologues de l’Universidad de Tarapacá ont mis au jour 50 momies Chinchorro, la première découverte dans le secteur de Morro de Arica (à 2051 kilomètres au nord de Santiago) a eu lieu en 1983.

2021 : la reconnaissance d’un patrimoine d’exception par l’UNESCO avec l’inscription de trois sites

En ce mois de juillet 2021, l’UNESCO a distingué trois sites de cette culture : Faldeo Norte del Morro de Arica et Colón 10 et Desembocadura de Camarone. Des lieux témoins de cette culture aussi fascinante que mystérieuse. De quoi mettre en lumière ce patrimoine culturel exceptionnel du Chili !

https://twitter.com/UNESCO_es/status/1420011379617058817

(Aline Timbert)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.