Le conflit armé, qui sévit en Colombie, est la première cause de mortalité pour les populations indigènes qui résident dans les régions de Cauca, Nariño, Risaralda et Chocó, telles sont les conclusions révélées dans un rapport émis par l’Organisation nationale indigène de Colombie (ONIC).

Selon l’organisation, les individus décédés ont été les victimes d’assassinats ciblés, de mines antipersonnels, de combats armés entre forces de l’armée régulière et guérillas (« victimes collatérales »), mais aussi de dénutrition ou encore d’un manque de soins médicaux en particulier pour les mineurs, un secteur de population particulièrement vulnérable. Parmi les communautés les plus touchées, celles de Awá, Nasa et Embera. Dans ces régions, les actes de violence sont particulièrement âpres, cependant d’autres régions du pays sont également frappées par le conflit armé souvent intimement lié au trafic de drogue. Une lutte pour des territoires entiers, souvent riches en minerais  qui se font aux dépens des populations natives. En 2012, 104 indigènes sont décédés des conséquences de ce conflit, parmi lesquels 21 leaders indigènes.

colombie27042013-1Un rapport du Haut commissaire aux Nations unies pour les réfugiés souligne également la propension d’assassinats parmi les chefs indigènes colombiens, une augmentation notable en 2012 qui a été pointée du doigt. Le document souligne que l’intérêt des groupes armés illégaux pour le contrôle territorial a généré en 2011 un risque élevé pour tous ceux qui, au sein des communautés et organisations, occupent des rôles prépondérants de leaders ou encore « caciques » prenant des décisions dans différents domaines. En 2011, 18 leaders communautaires ont été assassinés contre 7 en 2010. (document en espagnol : http://cms.onic.org.co/wp-content/uploads/downloads/2012/10/Reporte-Enero-Septiembre_2012.pdf )

Dans un rapport de septembre 2012, l’ONIC a alerté sur ces chiffres inquiétants qui témoignent d’une croissance de la violence à l’encontre des chefs indigènes en soulignant que les zones du Chocó et de Risaralda, où les combats ont été sévères, sont particulièrement touchées par le phénomène. À Risaralda, deux événements ont été à l’origine du déplacement forcé de 1185 indigènes parmi les peuples Embera Katio et Chami, tous ont été contraints de quitter leurs terres pour rester tout simplement en vie, ce sans le moindre soutien économique, logistique ou encore moral des institutions.

Les leaders indigènes sont dans la ligne de mire des groupes illégaux

Populations déplacées
Populations déplacées

En juillet 2012, un bombardement survenu dans la réserve de Alto Andágueda a entraîné le déplacement de plus de 3000 indigènes vers la communauté de Aguasal où rien n’avait été prévu en matière d’accueil, le manque de nourriture a constitué le problème majeur de cette population en exil forcé. Selon des chiffres récents, l’ONIC a annoncé que l’intensité du conflit armé a été à l’origine de 44 déplacements massifs en Colombie qui ont contraint plus de 2500 familles, soit environ 12 304 individus, à abandonner sans crier gare leurs foyers sans recevoir la moindre aide ou encore compensation. Des flux enregistrés en particulier dans les départements de Cauca et Nariño. En janvier 2013, l’ONIC a présenté une requête devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme en raison du risque majeur d’extermination physique et culturel qu’encourent près de 66 communautés indigènes, soit environ 62,7 % du total des communautés natives présentes sur le territoire (au nombre de 102). Selon le Département administratif national des statistiques (DANE), la Colombie abrite une population totale d’indigènes d’environ 1,4 million d’individus, un chiffre qui représente 3,4 % de la population totale du pays.

ELN
ELN

Ce pays d’Amérique du Sud est confronté depuis plusieurs décennies à différents conflits armés qui opposent forces de l’ordre et guérillas d’extrême gauche, groupes paramilitaires d’extrême droite, narcotrafiquants et bandes criminelles organisées. Outre les déplacements forcés, les natifs se heurtent également à l’enrôlement de force de certains de leurs membres en particulier les sujets les plus jeunes. À titre d’exemple, des troupes du Bataillon de Ingenieros No. 15 ont récupéré au mois d’avril cinq indigènes âgés de 10 à 17 ans qui avaient été recrutés par le front « ‘Manuel Hernández el Boche’ de l’ELN. L’Armée de libération nationale est le deuxième groupe rebelle en importance impliqué dans le conflit armé colombien après les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie). Ses effectifs seraient de l’ordre de 1 500 combattants (une estimation effectuée en 2009). Cette libération est survenue durant des opérations militaires menées par le « corregimiento de Profundó » de la municipalité de Tadó (Chocó). Pour les autorités colombiennes, cette action prouve une nouvelle fois que l’organisation illégale bafoue les traités et accords internationaux pour le respect des droits de l’homme, et des droits des enfants.

Un conflit qui a un impact direct sur le mode de vie des populations autochtones

L’ACNUR se préoccupe également du sort des indigènes déplacés dans ces régions en prise à la violence armée, selon des chiffres révélés par le Haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, entre 2011 et 2012, 13 dirigeants zenúes ont été assassinés dans le département de Antioquia, six membres de la communauté Emberá ont perdu la vie dans ce même département et trois autres dans le Chocó. 80 victimes ont été à déplorer parmi les awá entre 2009 et 2011. L’impact de la violence sur les peuples indigènes est directement relié aux intérêts économiques engendrés sur leurs territoires : présence de mines d’or, d’argent, le charbon… Ou encore exploitation de la feuille de palme pour la production de biocombustibles. Entre mai et septembre 2011, les populations autochtones du Chocó ont été confrontées à de multiples manifestations de brutalité, la présence de mines antipersonnels menace directement leur intégrité physique, leur mode de vie est totalement bouleversé par cette épée de Damoclès. Celles-ci sont installées par les groupes illégaux pour empêcher la pénétration des forces armées irrégulières sur leur zone de contrôle. Dans ces zones où la mobilité est restreinte, le manque d’aliments est une préoccupation constante, la possibilité de pêcher et de chasser est fortement réduite induisant une forte détérioration des conditions de vie des communautés, sans compter l’accès aux soins qui est quasi inexistant.

Communauté de Nariño
Communauté de Nariño

Le conflit armé a également un impact direct sur les populations nomades et semi-nomades qui peuplent l’Amazonie, en particulier dans la zone de l’Orénoque. Ces populations se voient dans l’obligation de se sédentariser, les plus jeunes sont confrontés au recrutement forcé, alors que les violences sexuelles à l’encontre des femmes et les jeunes filles ne sont pas rares. L’impact sur l’approvisionnement en nourriture est également perceptible en raison de cette sédentarité, les peuples jiw, dans la Meta, nukak et Sicuani dans le Guavaiare, embera katío et kofán à Caquetá, les peuples kankuamo dans la César, iguanitos à Arauca, awá dans le Nariño et bari à la frontière avec le Venezuela, sont directement menacés.

Les femmes sont les premières à subir ces déplacements forcés

Ipanoré, le rassemblement communautaire le plus important du continent américain, situé à Mitú (Vaupés) a été, à ce titre, le centre d’une mobilisation pour venir en aide aux indigènes victimes d’un déplacement forcé en Amazonie colombienne. Le plan élaboré par 1800 femmes indigènes d’Amazonie, Guaviare, Guainía, Caquetá, Putumayo et Vaupés, a pour aspiration de contrecarrer les violations faites aux droits de l’homme dans le cadre du conflit armé. Après trois années de consultation des communautés, un programme de protection des droits des femmes indigènes déplacées en situation de risque a été adopté fin avril. Des programmes concrets dans le domaine de la santé, de la prévention des violences sexuelles, d’accès à l’éducation et autres vont être mis en place en faveur de femmes chefs de famille. Le processus de consultation des femmes d’Amazonie s’est organisé avec l’instauration de 26 ateliers au sein desquels les femmes indigènes ont livré leurs propres expériences et celles des communautés en général et ont sollicité de l’aide dans différents secteurs, en particulier dans les domaines de la santé, l’éducation et l’habitat. L’événement a été mené par le président de l’organisation des peuples indigènes de l’Amazonie colombienne OPIAC), Henry Cabria Medina et le directeur des affaires indigènes du ministère de l’Intérieur, Pedro Santiago Posada, et ainsi que les représentantes de six départements amazoniens.

En 2008, la Cour constitutionnelle a rendu l’ordonnance 092, qui précisait que les femmes autochtones et d’origine afro représentaient le segment de la population déplacée le plus sévèrement touché par la violence (http://www.acnur.org/t3/uploads/pics/2357.pdf?view=1).

En novembre 2011, le nombre de déplacés internes officiellement enregistrés dans le pays s’établissait à plus de 3,8 millions. La majorité des déplacements sont concentrés dans les zones bordant l’Équateuret la République bolivarienne du Venezuela, ainsi que dans des régions de la côte du Pacifique

(Aline Timbert)