Les fouilles archéologiques réalisées par des scientifiques belges et boliviens (mais aussi péruviens, espagnols, français et italiens) au lac Titicaca se sont avérées fructueuses. Des vestiges archéologiques « d’une grande valeur historique » ont été mis au jour comme a tenu à le souligner, le 8 octobre, le responsable des recherches, l’archéologue Christophe Delaere, lors d’une conférence de presse effectuée en présence du président de la République de Bolivie .

bolivie25102013-1Parmi les objets retrouvés au fond du plus haut lac d’altitude au monde, situé dans la cordillère des Andes à 3820 m au-dessus du niveau de la mer, une ancre appartenant à une embarcation préhispanique datant d’environ 1500 ans, mais aussi des céramiques, des bijoux et métaux précieux en provenance d’Équateur et du Chili. Des fouilles qui permettent d’avoir une idée des échanges commerciaux qui pouvaient exister dans cette zone d’Amérique du Sud. « La présence de coquillages importés du littoral Pacifique équatorial et de lapis-lazuli du Chili montre l’importance et la complexité des échanges régionaux et continentaux entretenus durant les périodes préincas », précise le communiqué envoyé début octobre par l’Université Libre de Bruxelles.

Avec ces fouilles menées dans le cadre du projet archéologique subaquatique « Wiñay Marka » ( ce qui signifie en langue aymara « Peuple éternel »), les chercheurs ont davantage d’indices concernant les civilisations passées qui ont évolué en ces lieux. Près de 2000 objets ont été répertoriés, et d’autres fouilles sont d’ores et déjà prévues avec le soutien du ministère de la Culture bolivien dont l’objectif est de « récupérer le patrimoine culturel » bolivien. Parmi les pièces retrouvées et présentées lors de la conférence, des pots en céramique, des lamelles en or taillées en forme d’animaux et des petites têtes de puma sculptées dans la pierre.

Christophe Delaere a expliqué que son équipe a travaillé durant six semaines aux abords des localités de Tiahuanaco, Tiquina et Copacabana, à proximité du lac Titicaca. Les objets ont été retrouvés sur une couche de sédiment à 130 km au nord de l’île du soleil, un site connu comme « Arrecife de Khoa », un lieu qui accueillait de nombreuses offrandes pendant le règne des civilisations de Tiahuanaco et des Incas.

 2500 objets et fragments ont été mis au jour

bolivie25102013-2Des explorations avaient déjà été menées en 1968 par l’océanographe français Jacques Yves Cousteau, mais aussi par des équipes d’archéologues dirigées par le Bolivien Carlos Ponce Sanjinés et l’Américain Johan Reinhard respectivement en 1989 et 1992.

Selon l’archéologue belge de l’Université libre de Bruxelles, les pièces portées à la lumière correspondent aux cultures tiahuanaco et inca, mais il y a aussi des objets remontant au XIXe et XXe siècle. « Nous avons 2500 ans d’histoire », a affirmé l’expert précisant que le projet se poursuivrait avec l’analyse au carbone 14 et des études complémentaires devant permettre de dater plus précisément le sédiment et le matériel retrouvé.

« Avec un total de près de 2500 objets et fragments, ces découvertes documentent non seulement une pratique rituelle méconnue d’offrandes au lac pour certaines périodes d’occupation, mais fournissent également de précieuses informations sur la transmission orale du savoir et l’importance de la pérennité culturelle en Bolivie. Le patrimoine du bassin lagunaire a été régulièrement pillé jusqu’au 19e siècle et une partie de ce patrimoine disparu, détruit ou oublié, a donc été redécouvert dans des conditions de conservation idéale », précise également le communiqué officiel.

Le ministre de la Culture bolivien, Pablo Groux, s’este réjoui de cette découverte durant l’acte de présentation en insistant sur le fait qu’elle témoigne « de la grandeur, de l’importance et de la transcendance historique au temps de la civilisation de Tiahuanaco », affirmant « au-delà des pièces… Il est important que les Boliviens comprennent qu’au sein de notre patrimoine archéologique se trouve l’origine vérifiable de notre identité et de la grandeur des cultures et civilisations de nos peuples originaires ».

Pour sa part, le président de la République Evo Morales, s’est déclaré « surpris » par les résultats de ce projet et a chargé le ministre de la Culture de travailler ardemment afin de « récupérer le patrimoine archéologique bolivien se trouvant en Europe, aux États-Unis et sur d’autres continents ».

bolivie25102013-4Au mois de mai passé, la première campagne de fouilles subaquatiques avait été rendue publique dans le cadre du projet Wiñaymarka planifié depuis trois ans et développé par des experts belges et boliviens, les premières recherches géophysiques ayant eu lieu en avril 2012. La première opération sur le terrain a permis de rechercher de nombreux emplacements côtiers précolombiens remontant spécifiquement à la culture préinca tiahuanaco, dont de nombreux vestiges se retrouvent actuellement sous l’eau. Les premières immersions ont été effectuées en février 2013 pour localiser et identifier ces gisements archéologiques submergés dans le lac mineur où se trouvent par ailleurs de grands murs domestiques. Il y a trois mois, les premières pièces ont été sorties de l’eau, de quoi combler les scientifiques.

bolivie25102013-3Dans la localité de Santiago de Oje (municipalité de San Pedro de Tiquina), non loin du lac, des murs de 3 à 6 m de profondeur ont été révélés, ce qui pousse les scientifiques à penser qu’il pourrait y avoir un temple sous les eaux situé à environ 12 m de profondeur. L’un des principaux problèmes est la conversation de ce matériel fragile qui est finalement extrait. Parmi les autres obstacles, les conditions géographiques du lac situé dans une zone isolée à haute altitude et qui est marquée par des températures basses, à titre d’exemple, plonger à 10 m au Titicaca revient à une plongée de 20 m en Europe, ce qui réduit le temps de prospection sous l’eau de moitié. Bien qu’il reste encore beaucoup de travail, les avancées liées à ces fouilles sont majeures « Les prochaines opérations, programmées dans le courant de l’année 2014, auront pour objectifs de compléter l’étude sous l’eau, de restaurer et d’analyser le mobilier conservé en surface » (retrouvez l’intégralité du communiqué de presse http://crea.ulb.ac.be/images/PDF/2013-Titicaca-presse.pdf.)

Cette épopée subaquatique fera par ailleurs l’objet d’un documentaire présenté prochainement, qui est réalisé par Frédéric Cordier, réalisateur, scénariste et coproducteur de documentaires coproduits par la RTBF, France 5 et la télévision espagnol.

Le lac Titicaca est pour les civilisations précolombiennes le lieu où est né le soleil (le dieu Inti) et où s’est constitué l’univers, il remplit avec le Tiwanaku la fonction de lieu d’origine… Cet endroit sacré révèle enfin une partie de ses secrets !

(Aline Timbert)

Pour faire un don au CENTRE D’ARCHÉOLOGIE SUBAQUATIQUE ANDINE – CASA, c’est ici http://casa-titicaca.com/faire-un-don/