Découverte majeure, d’autant plus qu’elle reste exceptionnelle, un groupe d’archéologues péruviens a mis au jour deux momies préhispaniques en parfait état de conservation datant de plus de 1000 ans (Horizon moyen) dans une enceinte sacrée appelée Huaca Pucllana, dans le district de Miraflores, un quartier résidentiel de la capitale, Lima.

La révélation a eu lieu à la fin du mois d’octobre, il s’agit de deux momies parfaitement conservées correspondant à un adulte et à un enfant, les corps ont été retrouvés au sommet de la tombe d’un ancien complexe religieux, la grande pyramide de Huaca Pucllana haute de plus de 20 mètres.

perou04112013-1« Il s’agit de l’une des plus grandes découvertes en plus de trois décennies de fouilles, car les deux momies sont intactes », comme l’a précisé avec engouement l’archéologue Gladys Paz à la presse. La responsable des fouilles, Isabel Flores, a quant à elle souligné que 40 % de la Huaca (lieu sacré précolombien) était encore inexplorée à ce jour, ce qui permet de nourrir l’espoir de découvrir de nouvelles raretés susceptibles d’enrichir le patrimoine dans les prochaines années.

L’enfant momifié a probablement été victime d’un sacrifice, il aurait même pu être enterré vivant, « la tombe où ont été retrouvées les momies n’a pas été pillée, elle est complète, avec les offrandes et un accompagnateur sacrifié ».

Selon les scientifiques, ces deux momies remontent à la culture pré-inca Wari, une civilisation qui s’est développée entre 800 et 1 000 ans ap. J.-C.

Les dépouilles appartenant à la culture Wari reposaient depuis plus de 1000 ans

Huaca Pucllana
Huaca Pucllana

Le site archéologique connu actuellement comme Huaca Pucllana a constitué un important centre de culte de la culture Lima (200-700 après Jésus-Christ) qui était dédié à une divinité féminine véhiculée à la mer. Cela n’exclut pas que le site ait pu remplir d’autres fonctions liées, par exemple, à des aspects administratifs, mais il ne fait aucun doute que l’activité rituelle était prédominante. Pucllana était un temple consacrée exclusivement à cette divinité maritime que l’on peut identifier comme Urpaywachak, Mamakucha ou Pocyena.

Huaca Pucllana a été abandonné vers l’an 700 après de grands changements dans son architecture où les traits d’identité si emblématiques ont laissé place à des constructions plus simples. À partir de l’an 800, les parties les plus hautes du site sont devenues un cimetière pour l’élite de la culture Wari. L’architecture originale de l’ancien temple Lima est passée au second plan, une grande partie étant détruite pour accueillir les fardeaux funéraires Wari, constitués d’une dépouille entourée de nombreuses couches de tissus et de vêtements. Une tombe peut-être individuelle, mais peut aussi réunir jusqu’à quatre personnes sans compter les offrandes humaines que constituent les enfants, sacrifiés pour tenir compagnie aux dignitaires dans l’autre monde. Dans les tombes, les scientifiques retrouvent également divers éléments comme des vêtements, des poteries, mais aussi des aliments à la portée rituelle. L’analyse de tombes restées intactes a permis aux scientifiques de définir les professions exercées par des personnages importants de l’époque comme des prêtres ou encore des tisseuses œuvrant pour les hauts dignitaires…

perou04112013-2Il s’agit de la troisième tombe mise au jour dans la Huaca Pucllana, enceinte construite par les anciens habitants de la culture de Lima, puis récupérée par les Wari. En 2010 la tombe d’une femme accompagnée de quatre enfants avait été découverte, deux ans plus tôt que c’était la momie d’une fillette âgée d’environ 13 ans.

Environ 70 tombes Wari ont été fouillées par les archéologues, seules 10 d’entre elles n’avaient jamais été visitées. Dans la capitale, Lima, près de 300 Huacas sont protégées, des groupes d’experts tentent de percer ainsi le secret des civilisations passées.

Des analyses scientifiques poussées permettront d’en savoir plus sur les deux momies retrouvées

perou04112013-3Les scientifiques, d’après leurs premières observations, estiment que la momie adulte était un membre de l’élite ou un prêtre et, qu’à ce titre, l’enfant a été sacrifié en guise d’offrande pour l’accompagner dans l’autre monde.

Les momies ont été retrouvées accroupies et emmaillotées, entourées de cordes, autour des défunts les chercheurs ont découvert les restes de trois cochons d’Inde, du maïs, des vases ornés de félidés, des vêtements et des débris végétaux. Le cochon d’Inde est encore aujourd’hui consommé au Pérou, la chair de « cuy » est fortement appréciée, pour la population rurale c’est encore un aliment courant et une source importante de protéines tandis qu’il est consommé pour les grandes occasions dans les plus grandes villes du pays. Le maïs constituait l’aliment de base des populations précolombiennes et revêtait également une fonction rituelle sous la forme de bière de maïs fermenté, la chicha.


Deux momies de la civilisation wari découvertes… par Gentside

Les dépouilles ont été transportées, telles quelles, dans un laboratoire pour déterminer avec plus de précision leur sexe et leur âge au moment du décès, des analyses qui pourraient prendre entre quatre et six mois.

« D’ici le mois de mai, nous connaîtrons leurs âges, les maladies dont ils souffraient, nous saurons quelles étaient leurs professions et s’ils avaient un lien de parenté », a affirmé l’archéologue Gladys Paz. Les fardeaux funéraires ont été retrouvés dans une cavité, dans un mur de la septième plate-forme de la grande pyramide de Pucllana « les Waris démontraient leur prédominance en enterrant leurs morts dans des murs qu’avait construit des siècles auparavant la culture Lima », a déclaré Isabel Flores.

Les recherches archéologiques au sein du complexe Pucllana seront menées par la municipalité de Miraflores et supervisées par le ministère de la Culture grâce à un accord signé par les institutions en 1991. Les  fouilles et les tâches de conservation sont financées par les revenus récoltés par le Musée Huaca Pucllana et par la concession du restaurant Huaca Pucllana.

En 2012 le temple a reçu 60 000 visiteurs et cette année les administrateurs attendent près de 100 000 personnes sur place.

(Aline Timbert)