Le président de la Bolivie, Evo Morales a annoncé fièrement il y a quelques jours qu’il a obtenu la restitution d’une statuette appartenant à la culture précolombienne tiahuanacota qui avait quitté le territoire sud-américain illégalement en 1858, et il a annoncé, parallèlement au retour de cette pièce archéologique, une croisade diplomatique visant à récupérer les pièces du patrimoine national dérobées au fil des siècles.

bolivie24112014-1
Statuette d’Ekeko

Le chef de l’État a présenté la pièce lors d’une conférence de presse et a remercié, à cette occasion, la collaboration des autorités suisses qui ont fait en sorte que ce bien culturel soit restitué.
Il s’agit d’une figurine en pierre taillée qui représente le dieu andin « Ekeko », une figure nationale, une déité porteuse de « l’énergie de l’abondance » appartenant à la culture Pucara antérieure à celle de la tiahuanacota, elle remonterait à deux siècles avant Jésus-Christ.
Evo Morales a rappelé que la statuette avait quitté la Bolivie de façon illégale, « victime de l’invasion européenne » lorsqu’en 1858 un diplomate suisse visitant Tiahuanaco est reparti avec cet objet après avoir « lamentablement » fait boire une liqueur appelée « cognac » à des natifs. En 1929, les petits-enfants de ce diplomate ont vendu la statuette au musée de Berne avant qu’elle ne soit finalement restituée après un an de tractations entre le ministère des Affaires étrangères et celui de la Culture de Bolivie et les autorités suisses.

« En Bolivie, la figurine monopolisera davantage l’attention du public et de la science », a souligné le directeur du Musée d’histoire de Berne, Jakob Messerli. La figurine sera présentée de façon officielle au peuple Bolivien lors d’une cérémonie organisée le 24 janvier prochain, par la suite on ignore encore si elle sera présentée au musée national de La Paz ou si elle fera son retour au site archéologique de Tiahuanaco situe à environ 90 km de La Paz.
« Durant la période coloniale, nos ressources naturelles ont été en permanence pillées. Des pays, des conquérants qui ont fait leur arrivée en 1492, un certain 12 octobre, sur le continent aujourd’hui appelé Amérique. Les biens culturels des peuples indigènes ont été volés dans des pays où sont arrivées ce qu’on appelle les puissances, les entreprises les personnalités, et spécialement d’Europe ».

Il a annoncé que son gouvernement et les diplomates en place à l’étranger ont commencé des pourparlers pour récupérer les biens qui ont été volés « à tous les pays qui dans le passé ont pillé les biens culturels des peuples indigènes, nous allons demander à ce qu’ils soient restitués à tous les peuples indigènes du monde de façon diplomatique » ajoutant qu’il y a des « milliers de pièces archéologiques aux mains de pays européens, mais aussi des États-Unis ».
« Il est désormais temps qu’ils nous les rendent, nous allons leur demander de les rendre dans le cadre de relations bilatérales, diplomatiques et sans aucune pression », a tenu à souligner le chef de l’État qui a insisté pour que cela se fasse dans le cadre de « l’amitié et de la fraternité ».

bolivie24112014-2
Le ministre de la Culture et le président Morales présentent la Illa « Ekeko »

« Comme l’a mentionné le président, nous avons organisé un parcours en traversant différents centres indigènes cérémoniels. Après on décidera si la pièce sera exposée au Munarq, dans le musée de Tiwanaku dans un autre espace culturel de l’État plurinational », a expliqué l’unité archéologique du ministère des Cultures, Julio Ballivián.
C’est en 1858 que le Suisse Johann Jakob von Tschudi a regagné son pays  avec la représentation d’Ekeko, 156 ans après son exil forcé, la statuette a fait son retour, le 7 novembre, dans son pays d’origine, elle mesure environ 16 cm de hauteur et est taillée dans une pierre de pyrite verte.

C’est donc le 24 janvier que la « illa » (divinité qui apporte la prospérité au peuple bolivien) sera présentée au public, une date qui n’est pas anodine puisqu’il s’agit de la célébration des fêtes des Alasitas (en langue aymara, cela signifie « achète-moi »), une célébration aussi importe que Noël, dont l’image d’Ekeko est au cœur des festivités.

Le ministre David Choquehuanca, avait d’ailleurs rappelé l’an passé, lors de la célébration annuelle, que l’un des « Ekekos » les plus anciens de Bolivie se trouvait dans un musée en Suisse en déclarant « C’est peut-être pour cela que la Suisse est ce qu’elle est, elle a l’énergie de l’abondance ».

Dans la mythologie de l’Altiplano, Ekeko est le dieu de l’abondance et de la prospérité, dans les Andes péruviennes et en Bolivie, il est désormais incarné par une poupée à l’esprit mercantile, il s’agit d’une expression populaire dans toute la région de l’ancien Tiwanaku.

bolivie24112014-3
Représentation moderne d’Ekeko

Chaque année, des milliers de Boliviens rendent hommage à Ekeko le 24 janvier et sollicite ses faveurs avec enthousiasme et ferveur, ils achètent une miniature de ce petit bonhomme enrobé, cigare entre les dents, chargé de biens (dont des billets de banque pleins les poches). L’effigie de ce « criollo » aux mains pleines est censée apporter l’abondance dans les foyers qui l’abritent : achat d’une maison, d’une voiture, d’électroménagers, les rêves peuvent devenir réalité sous sa bonne influence.

(Aline Timbert)