colombie27092016
Colombie, ville de Bogotá

Le président de la république de Colombie, Juan Manuel Santos, et le chef des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) ont signé hier, lundi 26 septembre, un accord historique pour mettre fin à plus d’un demi-siècle de violence en Colombie, il s’agit maintenant pour les autorités de conduire les rebelles de la guérilla marxiste sur le chemin de la vie civile en continuant leur lutte contre trafic de drogue et le paramilitarisme (ELN).

A Carthagène des Indes, la ville ou s’est conclue l’accord historique, Santos et le chef des FARC Rodrigo Londoño, encore connu par son surnom de « Timoshenko » ont signé cet accord devant 15 dirigeants et des dizaines de personnalités du monde entier qui ont assisté à cet événement historique.
L’accord a été signé devant quelque 2500 invités qui étaient vêtus de blanc comme un symbole de paix lors d’une journée qui a également rendu hommage aux victimes du conflit armé.

Le 2 octobre, les Colombiens seront en mesure de rejeter ou d’approuver l’accord lors d’un référendum visant à mettre fin à une guerre interne qui a laissé plus de 220 000 morts, des milliers disparus et des millions de déplacés, la plupart des paysans pauvres, qui se sont repliés vers les villes.

Le ministre européen des Affaires étrangères Federica Mogherini a annoncé que l’Union européenne a supprimé de la liste des organisations terroristes les FARC. Pendant ce temps, le secrétaire d’État américain John Kerry qui se trouvait à Carthagène, a déclaré que son pays envisage une mesure similaire. Le gouvernement Santos et les FARC ont officiellement lancé en novembre 2012, un processus de négociation, qui a pris forme le 23 juin dernier avec la signature du cessez-le à Cuba et s’est poursuivi avec la signature de l’Accord de paix lundi.

Parmi les dignitaires présents, nombreux sont ceux d’Amérique latine qui ont participé à la cérémonie, on peut citer le Cubain Raul Castro, hôte des négociations parrainées également par la Norvège, mais aussi les chefs d’État du Venezuela, du Pérou et du Chili; le chef de la diplomatie américaine, John Kerry; Le Secrétaire général à l’ONU Ban Ki-moon; le roi émérite d’Espagne, Juan Carlos, et de nombreux représentants d’organisations internationales.
Tous les invités ont reçu en cadeau une réplique du « balígrafo » (des balles transformées symboliquement en stylos) utilisé pour signer l’accord. Le pacte, un texte de 297 pages qui a pour objectif de faire disparaître « les balles au profit des bulletins de vote » vise le désarmement de la guérilla et leur transition vers la vie politique légale. La journée a commencé par un hommage à la police, que Santos a remercié pour « leur sacrifice et de courage. »

Puis, dans l’église de San Pedro Claver, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican et envoyé du pape Francisco a prié « pour la réconciliation entre les Colombiens ». A Bogotá, des centaines de personnes ont participé à 14h00 (19h00 GMT) à un « concert de la paix » sur Plaza de Bolivar, où ils ont suivi la signature sur grand écran.

« Pas davantage de morts, ni de jeunes mutilés par une guerre absurde, » a déclaré le président lors de son discours en invitant massivement les Colombiens à participer au référendum de dimanche prochain afin de valider l’accord de paix, il a ajouté avec émotion « la population choisira entre les souffrances du passé… et les opportunités qu’apporte la paix ».
Vendredi dernier, « Timoshenko » a présidé un congrès des FARC lors d’une région éloignée connue sous le nom de Los Llanos del Yari. Là, les délégués des FARC ont approuvé le document d’accord avec le gouvernement colombien. Deux hélicoptères de la Croix-Rouge internationale ont recueilli les dirigeants de la guérilla pour les emmener à Cartagena pour préserver leur sécurité.

Bien que l’Organisation des Nations Unies et le reste du monde se montrent favorables au processus de paix en Colombie, une partie du pays parvient difficilement à digérer certains aspects des négociations de l’Accord de paix, jugés controversés. Le fort courant contre le processus de paix est dirigé par l’ancien président de Colombie, Alvaro Uribe, aujourd’hui sénateur.
Uribe et ses partisans promeuvent une campagne pour rejeter les accords. L’un des points les plus controversés est le fait que les FARC, afin d’assurer la transition vers une force politique, ont acquis des sièges au Congrès colombien, au moins dix. Les anciens guérilleros peuvent participer aux élections de la prochaine période constitutionnelle (2018) et auront la « représentation minimale garantie pour deux mandats », même si elles n’obtiennent pas des résultats satisfaisants dans les urnes.

En outre, les anciens guérilleros reçoivent de l’argent de l’État (environ 8000 $ par tête) pour revenir à la société civile colombienne, entre autres choses. Il reste donc le défi des réparations post-conflit aux victimes et les garanties de non-répétition, ainsi que la conformité à respecter l’exercice politique des ex-militants et les négociations déjà annoncées (mais non amorcées encore entre le gouvernement et l’Armée de libération nationale), et les actions des autres groupes illégaux à neutraliser pour atteindre une paix complète avec des changements durables.